La conquête spatiale et le rêve identitaire

Cette semaine, les premiers clichés du nouveau télescope James Webb, projet lancé en 1989 par les États-Unis, l’Europe et le Canada, ont émerveillé la toile. Si nous pouvons être fiers de cette prouesse des pays occidentaux, qui malgré toutes les contraintes qui pèsent sur eux prouvent encore leur génie, il existe une petite musique qui monte dans le monde scientifique et politique auquel il faut commencer à prêter attention. Rosetta, Perseverance, James Webb. Les succès des missions spatiales auprès du public, notamment français, qui compte parmi les populations les plus intéressées par les étoiles, ne va pas sans un certain enjeu politique.

Le télescope James Webb, outre sa capacité à produire de magnifiques photographies de notre univers proche, est surtout un outil remarquable pour la science. Il a déjà détecté la présence d’eau dans l’atmosphère de la géante gazeuse WASP-96b, située à plus de 1120 années lumières de la Terre.

En effet, la communication des dirigeants politiques sur le projet a été assez abondante, et ces dernières années, face à la montée de l’instabilité politique en Occident, de nouveaux discours se construisent autour de l’aérospatial. Le mondialisme actuel tente de se refaire notamment une jeunesse en harponnant l’imaginaire de la colonisation spatiale et en imposant sa propre lecture sur le sujet, alors même qu’il démolit méticuleusement tous les fondements qui permettent de tels accomplissements.

Le rêve spatial comme utopie mondialiste

Il y a bien désormais plusieurs rêves de l’espace contradictoires. L’un d’eux est hérité du communisme, qui veut que l’espace soit un objectif unificateur, et que tous les accomplissements soient ceux de l’Humanité entière. Elon Musk lui-même dit qu’il faut désormais que la conquête spatiale soit un but pour unir l’Humanité entière derrière une bannière commune. Mais on peut déjà noter deux effets à cet idéal.

Le premier est de déposséder les Occidentaux de leurs accomplissements. Ils font, mais c’est l’Humanité qui en prend le crédit. L’occasion d’être fiers de leurs propres accomplissements leur est retirée. Leur mérite est purement et simplement socialisé. En outre, la propagande pour accuser les Occidentaux de tous les maux, elle, ne cessera pas.

Tweets d’Elon Musk du 6 Juillet 2022

Le second effet est de ne pas voir la nature profondément élitiste de la conquête spatiale. Ce n’est pas un projet capable d’unifier. C’est même tout le contraire. Ce domaine a toujours été celui de la concurrence, et le jardin des peuples les plus avancés. l’Humanité ne pourra jamais être égale face à un tel objectif. Faudrait-il alors là aussi systématiser les quotas pour adoucir les jalousies, décoloniser l’espace de l’Homme Blanc comme dans les dernières productions hollywoodiennes, comme dans les concerts de musique classique ?

D’autre part, coloniser Mars, se laisser rêver à la terraformation, oui. Mais il faut se poser la question de l’objectif au-delà de la simple croissance. Si Mars est le contenant, quel serait le contenu ? Le résultat de la mondialisation actuelle qui nous pose déjà tant de problèmes ? Faudrait-il alors étaler la Matière Humaine Indifférenciée jusqu’aux confins de l’univers, répandre les zones commerciales et le bidonville global sur la Lune, Vénus, Mars, et plus loin encore ? Est-ce vraiment, quand on y pense, une utopie ?

Ad Astra, ou bien le rêve spatial mondialiste déchu

Cet idéal spatial mondialiste est très bien mis en scène par le film Ad Astra, réalisé par James Gray, sorti en salle en 2019. Dans ce film, point d’émerveillement, l’espace n’est qu’une duplication à l’infini de ce qui ne fonctionne pas sur Terre. Le film peint une conquête spatiale qui se révèle n’être qu’un prolongement du cauchemar mondialiste terrestre.

Chaque spatioport se retrouve avec ses femmes voilées, son subway, son multiculturalisme, son insécurité, ses mesures antiterroristes, ce même néant qui prend à la gorge les Occidentaux d’aujourd’hui. Le protagoniste du film joué par Brad Pitt, un homme blanc isolé dans ce monde, abandonné par son père (soixante-huitard) alors qu’il était enfant, habité par une rage liée au vide laissé dans son être par ce qui ne lui a pas été légué, va chercher dans l’espace des réponses dans sa quête de soi. Mais il n’y a pas de réponse possible. Il est seul. Il ne trouve dans l’immensité de l’espace que le désert identitaire qu’il a laissé sur Terre. Qu’une corruption qui s’étend.

Dans ce film, l’infini n’a jamais semblé si petit. Face à cet échec, le protagoniste retourne sur Terre pour se reconstruire, en prenant la décision de fonder la famille qu’il n’a pas eue. Le film incite alors à revenir à la réalité, plutôt que de nourrir des rêves aussi tristes.

Arrivée du protagoniste au spatioport de la Lune, simple zone commerciale mondialisée, dans le film Ad Astra. Il décrit alors toute son amertume pour ce qu’est devenue la conquête spatiale. Une simple corruption.

Un autre rêve, le rêve spatial identitaire

Il existe un autre rêve possible. Plus élitiste. Plus intime. L’idée que nous pourrions créer de la beauté, de l’Europe, ailleurs. Quelque chose qui soit meilleur que le chaos terrestre, qui soit enfin centré sur nous. Dans un espace infini, nous n’aurions plus de contraintes. Une page blanche ou nous pourrions enfin nous livrer. Un projet qui nous aiderait à trouver ce qui serait entièrement nous. L’espace doit rester un rêve de grandeur et de beauté, comme il le fût. Mais il peut devenir, si on le veut, une renaissance.

En effet, le premier et le plus important pas vers le retour à la continuité historique, vers l’européanité, est de refuser la médiocrité ambiante. Le seul rêve qui nous est permis aujourd’hui, la seule utopie, est l’unification de l’Humanité, qui s’est révélée être un terrible nivellement par le bas. Aujourd’hui nous savons que si plus aucun rêve de civilisation ne nous tire vers le haut, il en résulte un incommensurable désastre.

Les rêves des anciens au XIXe siècle étaient de découvrir de lointains ailleurs, des contrées perdues, des civilisations englouties. Ils rêvaient d’explorer sur Terre ce qui leur était encore caché. Cette curiosité, ce désir de s’étendre chez d’autres peuples, ce goût pour l’exotisme, ce désir d’ouvrir une nouvelle ère, a abouti à deux profondes déceptions. Le progrès technique a abouti aux guerres mondiales. L’exotisme a abouti à l’immigration de masse, la tiers-mondisation, l’échec du colonialisme et de l’universalisme en général. Mais il est impossible, pour nous qui portons un héritage aussi immense, de choisir de stagner et de se morfondre de ces fausses routes. Il est possible de se relever de ces déceptions, de renouer avec une continuité historique délaissée, et de se fixer de nouveaux horizons. L’espace pourrait être la terre promise de l’identité européenne. En cherchant à nous dépasser nous-mêmes, nous ferions naître les Européens de demain.

La conquête spatiale comme rêve élitiste

« Pourquoi aller coloniser l’espace ? C’est impossible, il y a déjà bien assez à faire sur Terre ! »

C’est parce que la conquête spatiale est impossible qu’elle est intéressante. Ce n’est pas un but de répandre une Humanité errante, comme nous l’avons vu. Le but est de nous grandir nous-mêmes. Réaliser des objectifs aussi exigeants implique de renouer avec le meilleur de nous-mêmes et avec la volonté de voir fleurir à nouveau notre civilisation, de nous éloigner de l’idée que notre destin serait simplement d’être assimilés au reste du monde.

C’est seulement à partir de ce nouvel imaginaire identitaire que nous pourrons redevenir élitistes et aller de l’avant. Avoir des enfants qui rêvent d’espace et de grandes civilisations antiques, c’est déjà l’essentiel. La logique identitaire ne doit pas être un retour en arrière mais un bond en avant. Certes, le rêve identitaire a toujours une part de nostalgie. Mais l’idée est surtout sortir de la société multiethnique qui ne raconte rien, qui nous appauvrit en promouvant ce qu’il y a de commun entre des groupes d’individus qui n’ont rien en commun, et renouer avec la société européenne qui nourrit cet imaginaire très riche qui fut le nôtre.

Bien sûr, il reste des problèmes à résoudre sur Terre. Mais ces problèmes, osons le dire, sont liés à un affaiblissement des populations occidentales, à l’extension de populations qui portent en elles des cultures dysfonctionnelles. Nous pourrions dépenser mille ans à essayer d’unifier et d’élever l’Humanité que probablement peu de progrès seraient effectués. En revanche, notre régression, elle, est bien réelle.

Chaque jour nous nous exténuons et nous nous affaiblissons à la poursuite de ce rêve d’unification impossible, jusqu’à ce qu’un jour il ne nous reste plus la moindre force. Plus que jamais, nous avons besoin d’un élan, de taper du pied pour remonter à la surface. Refuser de nous noyer dans les eaux profondes du cataclysme démographique actuel, refuser de disparaître sans laisser de trace. Notre présence effacée, notre histoire réécrite.

Pourquoi la Grèce, la Rome antique, l’Histoire des nations européennes et la conquête spatiale sont-elles une continuité ? Parce que ce sont des exemples d’excellence et d’accomplissements dont ont été capables notre civilisation et nos peuples. Des accomplissements qui nous semblent parfois irréalistes tant ils sont immenses. C’est cette envie d’appartenir à cet héritage de géants qui nous tire vers le haut. C’est lorsque les rêves deviennent médiocres que tout est perdu.

De jolis rêves ramèneront toujours à une certaine forme d’élitisme, à une volonté de réaliser des choses, et par capillarité, à l’envie de retrouver la liberté de pouvoir les accomplir. Vouloir être libre, c’est déjà vouloir retrouver l’homogénéité ethnique européenne. On n’est pas libre lorsqu’on habite un pays du Tiers-monde où plus rien n’est possible, on habite juste une prison à ciel ouvert qui petit à petit empêche tout rêve de grandeur de se réaliser.

La conquête spatiale comme rêve de beauté

Mais pour toutes ces raisons, la conquête spatiale doit aussi être un retour de la beauté. C’est une esthétique profondément européenne à redéfinir. Faisant la synthèse entre nos esthétiques anciennes et l’avenir. Ce sont des villes profondément européennes qui défieraient l’entendement qu’il faudrait imaginer construire. Des villes aussi improbables et fascinantes que Columbia ou bien Rapture. Cette conquête pourrait être le meilleur de nous-mêmes. Notre cathédrale de Florence moderne, avec sa coupole impossible. Inachevable dans le présent, mais portée par une confiance profonde dans le génie européen et nos générations futures. Un héritage. Et s’il y a rêve d’unification, ce pourrait être celui des Européens autour de cet objectif. Ils travaillent déjà ensemble. Ce rêve est, pour le coup, déjà une réalité.

C’est ce que m’évoque l’artiste Jeanne Morel. Lorsque je la vois danser avec sa grâce incroyable en apesanteur, elle m’inspire une image très forte de l’avenir de la civilisation occidentale. La science, la technologie, au service du rêve, de la beauté et de la grâce. J’aime cette manière dont elle habite l’Espace. Cet environnement hostile qui se laisse apprivoiser et devient pour le moment de sa danse notre maison. Ce que l’Espace devrait devenir pour nous.

C’est aussi l’idée que je me fais de la civilisation. Une construction qui malgré les difficultés, s’élève si haut que parfois, pendant une seconde, il se passe une chose d’une incroyable beauté. Beaucoup se focalisent sur la laideur, alors qu’elle est la base de notre condition. C’est la beauté qui apparaît ponctuellement là où la civilisation se trouve. Par le travail, l’exigence, l’acharnement.

Une seconde peut justifier toute une civilisation. Et vouloir une seconde de plus peut justifier tout un combat. C’est pour moi la quintessence de ce que serait ce rêve identitaire. Nous pourrions être ceux qui créent la beauté et la mettent en orbite. Les autres peuples, je crois, nous en remercieraient, comme ils sont heureux aujourd’hui de choisir en masse comme destination touristique l’Europe, comme ils apprécient de consommer notre culture à travers nos films, nos jeux vidéos, nos musiques, nos univers. Personne, au fond, ne souhaite l’appauvrissement, et surtout pas celui des Occidentaux, qui rend plus triste qu’autre chose.

Conclusion

Le mondialisme, ici, est en train de nous prendre en tenaille, imposant son égalitarisme d’un coté, s’accaparant de l’autre, sans concurrence encore, les derniers rêves de civilisation. Il ne faut pas le laisser faire. Un rêve alternatif, plus sain, plus européen, est nécessaire.

Qu’irions nous chercher si loin ? Qu’avons-nous donc à découvrir dans ces espaces lointains et désolés? Ce que nous sommes, tout simplement. Notre propre réalisation de nous-mêmes. Notre destin. Refuser d’être le Dernier Homme. Planter le germe de la plus haute espérance. Laisser un Homme Européen meilleur et une œuvre impérissable. Retrouver l’esprit européen que nous avons perdu au cours du XXe siècle. Retrouver notre continuité historique.

2 comments
  1. Bravo.

    Sachez toutefois que le projet de la NASA pour le retour sur la lune est bel et bien d’envoyer un noir poser le pied sur l’astre mort. C’est officiellement le premier objectif :
    https://www.rmg.co.uk/stories/topics/nasa-moon-mission-artemis-program-launch-date
    Key NASA mission objectives include:
    Equality: a chief aim for NASA is to land the first woman and first person of colour on the lunar surface.

    Il est donc clair que personnellement, étant un fan de conquête spatiale, je ne soutiens plus du tout ce projet. L’occident est mort à mes yeux. Si un peuple blanc doit survivre à ce désastre, il faut lui donner un nouveau nom, et laisser l’ancien mourir, vu que c’est son seul souhait au fond : disparaître.

    Il se passe quelque chose d’épique en ce moment, je pense. Après avoir les sommets philosophiques (Heidegger), après avoir dompté un pouvoir démiurgique (la bombe A), nous avons été pris de vertige existentiel, nous sommes devenus des “altéritaires” ou lieu d’être des identitaires. Je crois qu’au fond, nous avons eu peur de notre propre divinité révélée (un peu, car à mon avis, nous n’avons rien vu).

    1. Tout à fait d’accord avec le commentaire de Yoananda. La transformation de notre civilisation est épique, c’est le mot. Le renouveau est en train d’apparaître, mais sous forme de germe, tandis que les “wokes” ne font qu’arracher des branches mortes.

      On manque encore de recul pour bien comprendre.

      Très bon article au demeurant !

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