Dune : la Technologie comme fondement de la Réaction

En 1965 sort le roman de science-fiction Dune, dont la saga sera la plus vendue de l’histoire dans sa catégorie, du haut de ses 20 millions d’exemplaires. Ce géant de la littérature américaine sort peu à peu de son statut d’œuvre de niche oublié des nouvelles générations pour obtenir une place plus étendue dans la culture populaire, comme en attestent les dernières productions de Denis Villeneuve, l’essai mitigé de Lynch ou les multiples références videoludiques rendant hommage à ce média, à commencer par Warhammer 40K et son « empereur-dieu » comme référence frôlant le plagiat.

Ce roman étant une référence absolue, il est pertinent de comprendre les éléments qui justifient son succès et dans quelles mesures ses prédictions se voulaient novatrices, tant au niveau de l’imaginaire qu’au regard des différents apprentissages que comporte ce roman que l’on peut aisément qualifier de « didactique ».

Indétachable de la figure de Frank Herbert, auteur conservateur proche de Reagan, encarté chez les Républicains et théoricien d’une théorie de la « Tradition Primordiale » (rappelant les travaux de Julius Evola et René Guénon malgré qu’il ne s’agisse officiellement que d’un homonyme hasardeux) le récit se trouve à mi-chemin entre l’éloge de l’eugénisme et la technophobie, entre le traditionalisme obscur et le progressisme forcené.

Herbert construit son roman sur une structure conventionnelle et se distingue principalement par le fond de son univers. Loin d’un exercice de style, c’est avant tout une description froide et rationnelle du monde futuriste qui captivera les lecteurs. Focus sur l’une des œuvres de science-fiction les plus marquantes de la seconde moitié du XXème siècle, propulsant Herbert au même rang qu’Asimov ou K.Dick.

Le conventionnel mythe du Héros

Commençons par un vague synopsis. Le monde de Dune nous plonge dans une Humanité propulsée de quelques millénaires vers l’avenir. La conquête spatiale et la colonisation de multiples mondes est effective. L’éloignement titanesque de ces mondes ainsi que la complexification des liens commerciaux (ainsi qu’un autre élément que nous traiterons ultérieurement) ont amenés au retour d’un modèle féodal. Les mondes humains sont unifiés sous l’égide d’un empereur et décentralisés, laissant à chaque noble la liberté d’organisation de chaque monde, tant que les nécessités impériales (sous forme de dotation de ressources, hommes;..) sont atteintes.

Dans cet univers hostile où complots politiques, guerres intestines, banditisme, sectes religieuses et guildes commerciales s’opposent dans une guerre latente, au moyen de conflits directs, commerciaux, d’eugénisme ou de diplomatie, la planète Arrakis joue un rôle primordial.

Arrakis, surnommé Dune par les autochtones, est une gigantesque planète désertique. L’eau y fait office de substance d’autant plus précieuse qu’elle est nécessaire à la perpétuation de l’existence. Les indigènes côtoient les colonisateurs de la famille “Harkonnen” les traquant afin d’avoir libre accès à la ressource la plus précieuse de la planète : l’épice.

Cette épice est une substance permettant d’augmenter les capacités cognitives et la longévité jusqu’à offrir la prescience à ses utilisateurs les plus coutumiers. Il est nécessaire d’en user pour assurer le voyage effectif des vaisseaux à travers l’espace par le biais de navigateur consommant sous l’effet de cette substance psychotropique entrainant une dépendance à long terme (pour ceux qui se demandaient où Game Workshop avait tiré son inspiration pour les navigateurs de l’Impérium.)

Le roman débute lorsque le Duc Leto, tête de file d’un mouvement confederal visant notamment à l’abolition de taxes impériales pour favoriser le libre échange, se voit offrir la planète Arrakis par l’Empereur. S’en suivra une longue énumération de péripéties focalisées autour de son fils et héritier Paul Atréides.

Le Duc Leto accompagné de ses conseillers

Le dit Héritier jouera le rôle de protagoniste. Fils d’un Noble et d’une Sorcière Bene Gesserit. Eduqué aux armes comme le nécessite son statut de noble, sa mère lui enseignera différents arts mystiques. Les Bene Gesserit apparaissent comme une secte composée exclusivement de femmes pratiquant une psychologie appliquée si efficace qu’elle permet de soumettre n’importe qui à sa volonté. Leur objectif sur le long terme est de produire le Messie « Kwisatch Aderach » sur fondement de métissage et de sélection génétique, soit un être capable de prescience et de voir dans le passé génétique de n’importe qui, science devenue accessible par l’eugénisme.

Ayant à traverser des empires déchus, des planètes ravagées, les châteaux dorés comme les tentes rapiécées au milieu du désert, affrontant tour à tour mercenaires, moudjahids modernes du désert, soldats, esclaves ou vers géants, ce roman se construit comme un classique roman d’apprentissage. Le héros suivra sa route et son destin jusqu’à en tirer différentes expériences qui l’aideront à mieux comprendre le monde, et indirectement à transmettre ces dites connaissances au lecteur, fidèle à la locution que l’on trouve de façon récurrente.

« La vie n’est pas un mystère à résoudre, mais une réalité à expérimenter. »

Paul jouant le rôle classique de « l’élu » guidé à travers des péripéties dangereuses par son entourage censé l’amener à accomplir sa destinée, c’est une structure conventionnelle sur fond de complots politico-religieux qui nous est offert. On retrouve à quelques détails près les éléments universels du Mythe décrits dans Le Héros au Mille visages. Si la forme n’a rien de transcendant, c’est plutôt du fond que l’ouvrage tire sa popularité.

Dune fait office de laboratoire de papier sur lequel Herbert vient exposer différentes pratiques, tant à échelle individuelle que mondiale. Commençons sur l’importance sous-jacente de l’économie.

L’économie comme point d’origine des péripéties à venir.

Le premier élément paraissant aisément compréhensible dans Dune est la description de l’Economie comme arme et objectif. Ici, des planètes entières sont mises à disposition de seigneurs qui risquent à tout moment l’assaut des troupes d’élites de l’Empereur en cas de résultats trop faibles. Ce règne de Terreur économique oblige à un régime global d’équilibre financier permanent.

Se faisant, le monde de Dune ne connaît pas de monopole économique impériaux, le secteur régalien étant lui aussi décentralisé et propre à chaque monde. A l’inverse, tout l’univers est traversé d’intérêts défendus par des Conglomérats privés, visant en priorité le profit, mais ce dernier loin d’être une fin, apparaît comme un moyen.

Ainsi, tout comme le monopole des transports anglais fait d’office du propriétaire des lignes un interlocuteur d’intérêt vis à vis de l’Etat, on peut observer en France la portée des grèves menées par la SNCF ou Engie, immobilisant la nation en cas d’inaction. Ces principes défendus par Georges Sorel dans Réflexions sur la violence amènent l’idée que l’action syndicale violente est d’autant plus efficace lorsqu’il s’agit d’un secteur clé avec lequel l’Etat doit dialoguer. Dans cette optique, l’Etat (perçu comme instrument de la bourgeoisie) n’a d’autre choix que de négocier avec les travailleurs des transports, sous peine de voir tout le complexe industriel s’immobiliser. Dune se construit sur une base similaire.

La Guilde s’occupant des voyages spatiaux possède un monopole à l’échelle de la galaxie. Ce faisant, elle génère un profit monstrueux et garde un œil attentif sur Arrakis, source de tout leur pouvoir. Cette Guilde est la seule à pouvoir fournir les navigateurs spatiaux et la seule à pouvoir ouvrir des ponts entre les planètes. Il lui suffit donc de refuser de laisser circuler un vaisseau pour l’immobiliser. Ce trait inverse le statut de soumission entre l’empereur et son statut de conglomérat tout puissant, dont ils profitent allégrement, modifiant leurs allégeances en fonction de leur intérêt. Mais l’argent, loin d’être une fin n’apparaît que comme un moyen. Les propriétaires de la Guilde cherchent à obtenir des alliances fructueuses avec la famille royale afin d’incorporer le pouvoir politique, en accompagnant le pouvoir financier. L’acceptation d’un tel pacte rapprocherait l’Empire de la Monarchie de Juillet bâtie sur l’alliance de l’Aristocratie d’Antan dépositaire du pouvoir politique d’avec la Bourgeoisie nouvelle, dépositaire du pouvoir économique, les deux pouvoirs s’entre-mêlant en cultivant chacun les intérêts de l’autre.

Représentants de la Guilde, baignant en permanence dans des masques contenant de l’épice

L’intérêt économique structure également l’organisation locale sur Arrakis. Expliquons-nous.

L’épice étant la pierre d’achoppement de tout l’Empire, le vassal s’en occupant obtient dès lors une arme à double tranchant. Si cette place lui assure une proximité particulière avec la Tête de l’Exécutif, et un des plus hauts statuts possibles, il conduit également aux nécessités les plus impérieuses. Un manquement à une livraison de carburant pouvant conduire à une rupture du bon fonctionnement des infrastructures étatiques, chaque retard est sévèrement châtié. Ce fait induit plusieurs obligations.

Premièrement, un investissement lourd permettant des réparations et un entretien constant concernant le matériel de traitement des différentes ressources.

Deuxièmement, une dépense accentuée dans les forces de sécurité afin d’éviter tout trafic, tout terrorisme et globalement toute action violente susceptible de mettre à mal le commerce.

Finalement, la nécessité d’une surveillance approfondie de la part de l’Entité-Mère sur l’Entité-Fille concernant les risques accentués de corruption.

Remplacez maintenant le Terme Epice par « pétrole », vous obtenez respectivement les erreurs du Venezuela de Chavez, du Koweït lors de la Guerre d’Irak et du Reich selon Speer.

L’épice est donc traité au-delà de ce qu’elle permet (devenant le fondement de la crédibilité du monde imaginaire) comme n’importe quelle ressource d’importance capitale soumise à un monopole. Elle amène donc une complexité de nécessités et autant de points faibles à cultiver. Si le sabotage de matériel et l’exploitation de la population sont mis en scène, on sous-entend également des sanctions en cascade de la part des autres puissances en cas d’absence de livraison. Entre une armée impériale menaçant de ravager la planète, une secte dont les membres ont investi toutes les sphères du pouvoir et une guilde capable de forcer à l’immobilisme toute une population, les dangers sont menaçants. Dune apparaît ici comme une version 2.0 des « Rois maudits » autant pour le jeu et le conflit des lignées, que pour les aspects insoupçonnés intrinsèques au pouvoir, tel que le rôle de la séduction. On peut remarquer que le roman se permet également d’exercer des analyses sur les structures économiques archaïques en en énonçant les intérêts primordiaux, qui bien que dépassés sur les territoires modernisés, peut toujours trouver du sens ailleurs. L’extension des territoires habitables ne va pas sans une hétérogénéisation des niveaux et styles de vie. Les “jeunes planètes” deviennent des vecteurs d’écologie cherchant à équilibrer les dérives et abus des autres territoires, ou tout du moins à ne pas dépasser leurs propres capacités.

« La véritable richesse d’une planète est dans ses paysages, dans le rôle que nous jouons dans cette source primordiale de civilisation : l’agriculture. »

Le récit imaginaire comme parabole de périls politiques concrets.

Ainsi, bien que traité avec beaucoup de légèreté dans le film de Villeneuve, le contexte politique et les leçons associées sont indétachables de l’intrigue. Si certains hésitent à faire entrer Dune dans le Critère de Hard Science-Fiction au nom du rapport à l’écologie, il me parait de bon ton d’y voir de la Hard Politic, tant les interactions paraissent calquées sur des événements passés, ou tout du moins vraisemblables.

Littérairement, l’intérêt est de ne jamais briser la suspension volontaire de l’incrédulité. L’idée est la suivante : un spectateur d’une œuvre d’art accepte de tolérer des éléments fantasques pour entrer dans l’univers de l’œuvre de fiction. En contrepartie, cette œuvre se doit d’être cohérente et vraisemblable envers ses propres règles.

L’univers peut être fantasmagorique et merveilleux à l’image d’un Dark Souls, il ne doit en aucun cas être absurde et doit obéir à ses propres règles, ce que Herbert réussit très bien.

La trame de fond de l’œuvre se situe donc sur un conflit latent entre l’Empire et sa tendance dirigiste, voire centralisatrice, tandis qu’une confédération libérale et décentralisatrice se structure. L’éternel conflit jacobinisme/girondisme mis en lumière. Le conflit n’est pas encore ouvert, mais les tensions et les factions sont marquées. Assassinats, accidents malencontreux, guerres économiques, espionnage industriel ou conflits entre féodalités, tous ces éléments déchirent l’univers de Dune aussi sérieusement que ne l’ont fait les deux blocs durant la guerre froide, se battant par Etat interposé, ici d’envergure planétaire. De même, toujours dans la continuité de la guerre froide, l’on peut observer Dune comme étant une parabole décrivant l’usage potentiel des grandes puissances des colonies en voie de libération. Le colon peut être tour à tour un bourreau sanguinaire (Harkonnen) comme une faction altruiste messianique (Atréides) correspondant tour à tour aux perceptions des différentes factions.

Le conflit énonce la différenciation profonde entre les Globalistes et les Confédérés. D’un côté, la volonté d’uniformiser la politique interplanétaire sous un modèle hiérarchique commun, de l’autre la volonté de laisser primer la liberté individuelle et l’auto-détermination des planètes. Le Duc Leto se voyant offrir la planète Arrakis, étant le chef désigné des confédérés, il a toutes les raisons de penser que le don de l’empereur est un cadeau empoisonné. Arrivé sur Arrakis, les machines sont brisées, la récolte entamée, une partie détournée par les anciens propriétaires à des fins purement économiques. Bref la politique s’est servie du sabotage économique pour tenter de faire disparaître dans la légalité un vassal.

Le livre se montre également plutôt fin dans l’analyse des instruments du pouvoir. Ainsi, les Benne Gesserit comme secte eugéniste vise deux buts. Si le premier est une tendance mystique à la production du surhumain, disposant d’un contrôle total sur ses actions, ceux d’autrui, et la connaissance absolue du temps, le second est, bien que plus prosaïque, beaucoup plus crédible.

Les Bene Gesserits par leur statut d’experte en psychologie maîtrisent les arts de la séduction. Devenant des courtisanes de choix, susceptibles autant d’influencer un auditoire que de déjouer des complots, leurs sensualités les conduits à devenir de parfaites épouses, comme autant de compagnes de nobles. De lignée en lignée, l’objectif parait double : dans un premier temps, la possibilité d’investir la totalité des sphères du pouvoir, montrant une nouvelle fois la perméabilité des intérêts publics et privés, mais, également, l’éventualité d’un univers pacifié sous le règne d’une famille totalement métissée, contenant les gênes de la totalité des nobles, endiguant par le sang la possibilité des guerres de territoires. Ainsi, Jessica, la femme du duc Leto cherchera à organiser sur le long terme le mariage de la fille de l’empereur avec Paul, afin que l’antagonisme familial s’estompe. Cependant, Herbert joue sur ces espoirs en révélant au spectateur à un moment clé que le patriarche de la famille antagoniste Harkonnen est de la même lignée que Jessica. La foi en la pacification par le sang ne saurait résister à l’expérience comme l’ont assez bien montrées les conséquences du traité de Verdun sur l’empire Carolingien, rappelant que les guerres civiles sont d’autant plus sanglantes que les prétendants sont frères.

Jessica, Sorcière Bene Gesserit

« On ne manipule pas une marionnette avec un seul fil. »

Un dernier élément semblant capital pour comprendre la portée du roman est la recrudescence des corps de métiers. Tout le récit est parcouru de guildes, de corporations et d’autres collectifs destinés à l’organisation du travail. Les professions sont à nouveau fortement héréditaires. Les épéistes, les mentats, les caravaniers d’eau, les sorcières Bene Gesserit comme les membres de la guilde : les métiers dépendent à nouveau de longues lignées. Herbert introduit universellement ce rapport à l’importance de la lignée et du sang comme déterminisme des potentialités des individus, mais par l’organisation des métiers, il nous informe sur une nouvelle donnée. Le monde de Dune, vieux de nombreux millénaires a atteint une telle performance technique et technologique qu’il a enterré la possibilité de la multidisciplinarité. Ainsi, une technique professionnelle devient si difficile à maîtriser en intégralité qu’il est nécessaire de s’y limiter. Les meilleurs moyens de transmission deviennent la filiation, comme le montre le personnage de Kynes, Planétologiste (comprendre « écologiste » au sens scientifique du terme, comme l’était son père avant lui.)

Ainsi, le monde de Dune s’est enfermé dans un retour aux anciennes structures économiques malgré un haut niveau technologique. Frank Herbert, loin de laisser cette zone sombre ou d’en faire une simple licence littéraire vient expliquer rationnellement que si son univers se fonde sur le Triomphe de la Technologie, cette technologie fonde à son tour de manière rationnelle une réaction dans l’organisation politique.

La Technologie comme fondement de la Réaction

Dune a cela de fascinant que l’univers reste cohérent en décrivant un modèle moyenâgeux malgré un dépassement technologique. Il serait long d’énumérer les différents éléments conduisant à cette situation, mais ayant déjà abordé le statut de la spécialisation économique découlant d’une complexification des techniques destinées à la production de richesse, il semble important d’en préciser certaines teneurs. Par exemple, dans un univers aussi hostile rempli d’intérêts contraires et dans lequel la vie individuelle perd en valeur au-delà des représentants nobles, il paraît rationnel pour les professionnels de s’unir dans des grands consortiums visant des monopoles pour obtenir à leur tour du pouvoir, soit un gage de survie.

Les ornithoptères imitant la libellule

L’éducation par précepteur personnel redevient une norme pour les hautes castes, comme le montre le personnage du docteur Yueh, un peu en retrait dans le film. La totalité de l’univers étant strictement hiérarchisé, l’on opère un retour au fonctionnement quadripartite des castes.

Le découpage quadripartite originaire du Védisme (polythéisme indien parfois perçu comme au fondement des différents polythéismes européens) différencie le Clergé, la Noblesse, les Marchands et les Serviteurs (respectivement Brahmanes, Khsatriyas, Vaishyas et Shudras). Le Clergé est censé être le plus proche de la Métaphysique, et servir de gardiens de la morale. Les nobles ont la tâche d’administrer la Cité, et de faire régner l’ordre si besoin par l’épée. Les marchands (également confondus avec les artisans) ont pour nécessités de permettre la circulation et la production de marchandises, tandis que les serviteurs doivent offrir des services aux castes supérieures. Chaque catégorie est présentée sous différents termes dans l’œuvre de Herbert, et vient légitimer certaines postures du pouvoir, tel que la légitimité de maintenir dans l’ignorance certains représentants de la population. L’information devient (au même titre que l’argent) une monnaie d’échange, ce qui prend une tournure différente quand on sait que le roman induit également l’échange d’information génétique, soit l’information matérielle.

« Il y a quatre choses pour supporter un monde. La connaissance du sage, la justice du grand, les prières du pieux et le courage du brave. »

Les Bene Gesserits sont des Brahmanes, préparant l’arrivée de divinités et la production ex nihilo de mythologies avant d’organiser moralement un territoire des siècles avant la colonisation d’une planète, habituant la population à un habitus par la culture. Les différents Féodaux et l’Empereur organisent la cité en se battant si besoin, incarnant l’épée de la Civilisation. Les différentes Guildes représentent bien les marchands et producteurs, tandis que les serviteurs apparaissent la plupart du temps comme les professions malchanceuses du tertiaire, soit ici bien souvent les autochtones écrasés par leurs maîtres. Mais comment expliquer le retour au féodalisme dans un univers où les humains ont les capacités cognitives d’ordinateurs, où les vaisseaux circulent à travers l’espace profond tandis que les fusils et autres canons capables de ravager des cités depuis l’orbite sont utilisables par n’importe quel gringalet, rendant inutile la formation physique ?

Toute la Réaction de Dune se base sur une donnée unique : l’invention d’un bouclier.

L’idée est simple, il s’agit d’un objet capable d’augmenter la densité de l’air autour d’une certaine zone . Ainsi, venir à bout d’un bouclier nécessite une entrée particulièrement lente pour s’habituer au différentiel de pression sous peine de voir le coup ou le projectile dévier. D’ici, les armes à projectiles deviennent obsolètes, les « armes lasers » tournent également à l’inutile en cela que le contact entre un bouclier et un projectile laser engendre une réaction atomique en venant fissurer les atomes immobilisés par le bouclier. Une seule possibilité apparaît pour percer ce bouclier: une escrime usant de parades rapides et d’attaques lentes. Par ce simple artifice, toute l’organisation politique de Dune fait sens.

Si les animaux et les êtres sous-développés ou mal équipés peuvent continuer à souffrir des méthodes traditionnels, les conflits féodaux nécessitent la restructuration de toutes les armées passant par l’élaboration d’armées d’épéistes destinées à s’opposer à l’innovation de l’égide.

Dés lors, une nouvelle catégorie d’hommes, forts, musculeux et préparés exclusivement au combat physique apparaît. De là, une caste destinée uniquement au conflit reprend sens, spécialisée dans les tâches régaliennes, le féodalisme revient avec un vernis futuriste.

Projet préparatoire des Guerriers Harkonnen, famille Antagoniste de la saga.

Pour autant, il s’agit d’une innovation presque mineure comparée au reste de l’ouvrage, parsemée de nouveaux véhicules et de recherches biologiques. De même, les particularités d’Arrakis, à commencer par la vie dans le désert profond, sont rendues possible par l’invention de distille, des tenues destinées à recycler la totalité de l’eau du corps par un savant syncrétisme de tissus de contention et de tuyaux associés à des surfaces de condensation. Une fois encore, Herbert met en avant de véritables procédés scientifiques pour augmenter la véracité des technologies dépeintes, la mobilisant avec vraisemblance malgré une portée encore inaccessible de nos jours. Cette logique permet d’initier des réflexions sur l’application future de sciences nouvelles, telle que la physique quantique, prenant de plus en plus d’ampleur au long de la saga, venant rapprocher l’œuvre du genre littéraire de la Hard Science Fiction, se voulant proche d’une perception réaliste de sciences futures. On compte de nombreuses innovations merveilleuses, tels que les célèbres ornithoptères imitant mécaniquement les modes de déplacements des libellules, ou les planétologistes essayant de comprendre les interactions complexes entre faune, flore et météo afin de maîtriser les codes de la terraformation. Se faisant, Herbert se fait chantre de l’écologie (en tant que science), mais également d’une recrudescence de la spiritualité, s’opposant à toutes les prédictions scientistes d’un athéisme triomphant faisant suite au règne de la Technique.

On peut d’ailleurs noter que la pratique du spirituel se fait conjointe de la compréhension matérielle. Ainsi, la capacité cognitive des mentats apparaît comme une application pratique de la physique quantique. L’univers de Dune conçoit effectivement une guerre passée particulièrement douloureuse s’étant conclu sur l’interdiction et la destruction systématique de toutes les Intelligences Artificielles et de tous les ordinateurs, les remplaçant par des transhumains aux capacités de calculs décuplés par modification génétique, différents implants et l’usage de l’épice. La Technique devient dès lors indissociable de la colonisation de ce milieu hostile, lui-même inhérent à la dangerosité et au défi humain censé rapprocher du Sacré.

« Il comprit que sa prescience était une illumination qui recouvrait les limites de ce qu’elle lui révélait. Tout à la fois source de précision et d’erreur significative. Une sorte de principe d’incertitude d’Heisenberg intervenait ici : la dépense d’énergie qui lui révélait ce qu’il voyait le modifiait en même temps. »

Dieu et la Terre comme guides pour une Ecologie Spirituelle

Le personnage de Kynes endossant le rôle du héros vertueux dédie sa vie à une unique chose : améliorer la condition de vie des Fremens, habitants locaux d’Arrakis subissant en permanence la faim, la soif et la chaleur. Pour se faire, plusieurs possibilités s’offrent à lui.

La première est de totalement modifier le climat de la planète, le second est de reconstruire les conditions climatiques d’Arrakis sur une autre planète. Encore une fois, l’intérêt est surtout économique. Une économie dépendante d’une ressource ne peut se permettre de laisser disparaître la source de cette ressource sans risquer de s’écrouler à son tour. Tout l’enjeu de ce personnage est donc de comprendre dans un premier temps le rôle et le fonctionnement des écosystèmes. Une autre possibilité consiste donc à recréer les conditions d’Arrakis ailleurs. L’épice étant indétachable du cycle de reproduction des vers des sables, l’objectif du pouvoir devient ici de reproduire les conditions propices à la vie de ces organismes.

« Ce que ne comprend pas celui qui ignore tout de l’écologie, c’est qu’il s’agit d’un système », disait Kynes. « Un système ! Un système qui maintient une certaine stabilité et qui peut être rompu par une seule erreur. Un système qui obéit à un ordre, à un processus d’écoulement d’un point à l’autre. Si quelque chose vient à interrompre cet écoulement, l’ordre est rompu. Et celui qui ignore l’écologie peut ne pas intervenir avant qu’il soit trop tard. C’est pour cela que la plus haute fonction de l’écologie est la compréhension des conséquences. »

L’on peut noter également que le ver (nommé « Shai-Ulud » par les locaux) incarne une figure théocrate dans la perception des Autochtones de Dune, initiant l’omniprésence de la spiritualité dans le roman. Car, effectivement, on ne peut comprendre l’intégralité de Dune sans prendre en compte que l’univers est intégralement teinté de religions, à un tel point que des cultes réels sont cités dans la diégèse du roman.

Les Fremens (pour free men), peuple natal de Dune au centre du récit, ont été influencés par un syncrétisme entre le bouddhisme zen et l’islam sunnite d’où découle une fascination pour le désert et une philosophie de vie éloignée de tout ego. Loin de là, les Atréides descendent comme leurs noms l’indique d’une population grecque, influant sur leur règne inspiré par la raison, les arts et l’importance de l’individu qui complète celle de la cité. S’il est dit que les Harkonnen descendent d’une branche slave aux tendances païennes semblant corrélée avec la propension pour la cruauté du Baron Vladimir Harkonnen que pouvait identifier un Xavier De Maistre dans « les prisonniers du Caucase ». Le Baron Harkonnen a cela d’intéressant qu’il semble construit sur le modèle d’un Néron, souverain calculateur à la rationalité amorale machiavélienne vivant par hédonisme et pure utilité matérielle, l’opposant de facto aux différentes factions teintées de spirituel dans un dualisme manichéen. Nous pouvons également noter que le Bene Gesserit suit la doctrine de « la Bible catholique orange » comme autant de réécritures de textes ancestraux.

La spiritualité est d’ailleurs au centre du récit, si bien qu’on peut légitimement se demander si ce n’est pas Dune qui a été le premier à introduire le fait spirituel dans la science-fiction, à une époque où elle se qualifiait principalement par l’adoration pour l’atome, les civilisations technicistes ou les horreurs cosmiques tandis que certaines factions pratiquent activement le soufisme. Ainsi, il est dit que les Intelligences artificielles et les Ordinateurs ont été annihilées après le Djihad butlérien, événement mystérieux mettant fin au règne du binaire au profit des ordinateurs-humains produits par eugénisme. (Les Mentats)

Les éléments de langage présent dans le récit tendent à exercer un parallèle entre la vie de Paul et de Mohammed. Un élu ayant à traverser les périls du désert aboutissant à une conquête territoriale transmettant la foi par l’épée au moyen d’un Etat dominant ses voisins. Les éléments de langage cités dans le récit ne permettent pas le doute. Les empereurs Padishah et Shaddam inspirés respectivement des titres Shah et du prénom Saddam, les guerriers sains du Djihad (Fedayins) deviennent sous le règne de Paul les Fedaykins, tandis que les usages de la population incluent Ramadhan, port de Bourka et appel au Djihad. Ce fait tend à rapprocher Dune de l’école Perrenialiste de René Guénon. Partisan de la théorie d’un fond cosmologique commun, ce philosophe et métaphysicien du XXème siècle organisera une critique de la civilisation occidentale techniciste au profit de l’orientalisme mystique soumis à une métaphysique. Dune apparaît ainsi comme l’incarnation d’un Archéofuturisme islamisé, où la technologie avance tout en découlant de la morale islamique. Cela paraît d’autant plus cohérent lorsque l’on sait que Herbert partage avec Guénon l’obsession d’une « Tradition Primordiale » (qui donnera lieu à un essai) et le mépris des machines, expliquant leur quasi-disparition dans le monde de Dune. Ainsi, la tradition se fait l’alliée du progrès technologique, mais ennemie de la robotique et, en un sens, de la cybernétique, n’ayant de cesse que de remodeler et de modifier le langage non pas dans un but d’efficience, mais d’ésotérisme permettant de laisser le réel savoir accessible à quelques castes limitées.

Islamo-futurisme selon MidJourney, ou comment créer des fanart de Fremens.

Paul, quant à lui, décide d’instrumentaliser un culte dont il semble être le messie présumé pour monter une croisade et renverser l’Empire. Le fondement spirituel ayant cela d’être incorruptible. Les Hommes de Paul une fois fanatisés n’obéissent plus qu’au culte, étant insensibles aux tentatives de corruption de la guilde ou au jeu de pouvoir de l’empereur. Ainsi la religion, bien que pas totalement niée par ceux qui la mobilisent, se voit ouvertement appliquée dans ses aspects les plus utilitaires d’organisation sociale par ceux-là même au centre du culte.

« La religion participe souvent du mythe du progrès qui nous protège des terreurs d’un futur incertain. »

Cela s’incarne jusque dans le rapport à l’épice. Une fois la planète en la possession de Paul, il n’hésite pas à piéger ses propres ressources, levant la plus haute épée de Damoclès possible, usant une fois de plus de la sempiternelle dissuasion.

« Le vrai maitre d’une chose n’est pas celui qui la crée, mais celui qui a la possibilité de la détruire. »

Le spirituel dans Dune n’est pas antagoniste de la Technique comme à l’accoutumée, mais se fait un grand allié de la religion. L’eugénisme et la purification des gènes aident à percevoir la création divine et à se rapprocher de la genèse du messie. La compréhension du monde devient un moyen détourné de comprendre le Divin, et chaque humain a à traverser une voie mystique pour s’accomplir. Ainsi, le monde de Dune se retrouve rempli de symboles destinés à élever métaphysiquement chaque personnage.

Le sacrifice de Leto et de ses soldats pour ralentir la progression ennemie a tout des Thermopyles, l’aventure de Paul dans le désert n’est pas sans rappeler les 40 jours de Jésus, le tentateur Satan prenant ici les traits d’un titanesque ver tandis que Sodome peut apparaître comme la ville capitale des Harkonnen, les mauvais détruits par les vers, dont le surnom « Shai-Ulud » est censé faire référence à une divinité comme autant d’Apophis. Les premiers enseignements du peuple des sables apparaissent dans la construction comme plus proches d’un psaume que d’un dialogue, et le Djihad à venir déterminant l’expansion de la Sainte Vérité comme une Analogie du périple musulman au centre du Coran.

« Tu apprendras à connaître les plaines funèbres, les déserts absolument vides, les vastes étendues où rien ne vit à l’exception des vers de sable et de l’épice. Tu en viendras à ternir tes pupilles pour atténuer l’éclat du soleil. Le moindre creux à l’abri du vent et des regards te sera un refuge. Et tu te déplaceras sur tes jambes, sans véhicule ni monture. »

Le Baron Harkonnen comme version modernisée de Néron

Le rapport à la filiation est auréolé d’un attrait mystique, la descendance découlant de l’ascendance en en altérant les traits et la destinée, la notion d’élu prend tout son sens. Détail à noter, mais à l’instar d’Aldous Huxley, la drogue psychédélique prends une place particulière dans le récit. Elle devient pour une sorcière le moyen de s’oublier par déréalisation et dépersonnalisation et de remonter toute sa trame génétique, rappelant une nouvelle fois le rapport entre altération de la conscience psychotropique et la méthode divinatoire religieuse. La cérémonie Bene Gesserit, la consommation de la baupe lors des mystères d’Eleusis, la consommation de cannabis des Haschischins musulmans ou le peyotl aztèque partagent tous cet objectif de dissoudre momentanément l’idée d’Ego et de Soi pour prendre conscience des éléments nous composant et nous dépassant : en l’espèce, la lignée génétique, qui sert de fil rouge à la totalité de la série.

« Il est des choses que les mots ne peuvent expliquer. Il faut les absorber sans l’aide des mots. »

Pourquoi lire (et voir) Dune?

La sortie du film m’amène plusieurs réflexions. L’œuvre, bien que particulièrement dense, a été bien adaptée par Denis Villeneuve. Une musique lancinante, de grands plans en 35mm ; une colorimétrie adaptée aux différentes ambiances, doublée d’un jeu d’acteur convainquant et d’une musique appuyant le gigantisme et le mysticisme des différentes successions d’éléments rendent le tout jouissif.

Bien que sobre, voire avare en dialogues et en explications directes, le film réussit à exprimer beaucoup en quelques images. Il suffit d’un plan sur un ver et le gigantisme des usines mobiles pour percevoir le danger du premier et l’enjeu colossal de la survie des seconds.

Le grand spectacle se mêlant efficacement à un cadre tantôt plus intimiste, tantôt dans une énumération de rites ésotériques tendent à imprimer dans l’œil du spectateur le découpage tripartite du film. Le rapport à la famille et la lignée, la lutte entre civilisations et la portée métaphysique du héros. La camera sait se servir de plans larges pour laisser le protagoniste isolé au milieu du désert et écrasé par l’environnement dans une impression de solitude. D’autres moments permettent l’apparition de deux personnages dans un échange intime conditionné par leur milieu social finement dépeint par la construction du cadre laissant apparaître les souvenirs de famille et l’architecture abîmée des murs, dépeignant implicitement l’état psychologique d’un patriarche au bord de l’épuisement. Les affrontements à mort des différents militaires servent un intérêt dantesque, auréolés et illuminés par les explosions de véhicules les dominant en taille, ils dépeignent dans un réalisme froid l’agissement commando de troupes régulières. Le message est clair : ici, même la guerre conventionnelle passe par le perfide et la trahison.

Si l’on peut regretter un léger recul de l’intrigue politique au profit du grand spectacle d’escrime, force est de constater que le film est réalisé en finesse et qu’il s’en dégage une esthétique léchée qui n’est pas sans rappeler les tableaux de Cogniet.

Ainsi, Dune apparaît comme l’incarnation de ce que le récit peut transmettre de bon. Si le logos est la capacité réflective, le mythos apparaît comme la transmission inconsciente de sens par le jeu du symbole et de la description, en bref : le mythe. C’est une mise en abîme habile en cela que les protagonistes se savent eux-mêmes au centre d’un jeu de rôle mythologique, tout en l’incarnant hors diégèse par la construction du récit.

Dune est un mythe moderne, permettant au lecteur de découvrir des vérités difficiles sur le rapport à la famille et à la génétique, de dures leçons d’organisation politique sans oublier le sens de la vie indétachable ici d’une portée métaphysique, mais également la méfiance et le doute à l’égard des faux prophètes et des dérives potentielles de toute religion, se focalisant notamment sur les cultes du désert.

A ceux qui n’ont pas lu le livre, je ne saurai que conseiller de s’y pencher tant les apprentissages qui y sont placés sont utiles. De même, il s’agit d’un univers original dans lequel Tradition et Technique cohabitent efficacement, les périls traversés par les différents personnages ne découlant pas directement d’un système conditionnant un destin, mais plutôt d’une lutte mythologique entre différents personnages dantesques faisant chacun chair avec une idée, une cause, ou une lutte collective.

Paul et Jessica comme Moudjahid du futur perdu dans le désert.

A ceux qui n’ont pas vu le film, je ne saurai que vous le conseiller, car s’il permet moins de détails que le livre, il s’agit d’une bonne entrée en matière, globalement fidèle, cinématographiquement bien réalisé et permettant de mettre des images et une esthétique lumineuse sur des concepts jusque-là cantonnés à l’imagination.

Pour ceux ayant fait l’un des deux médias, je ne saurai que vous conseiller de vous attaquer à l’autre tant ils paraissent complémentaires désormais. (Tout en prenant soin d’éviter l’anomalie de Lynch.)

C’est une œuvre intemporelle, universelle, dépassant de loin l’optimisme technophile béat ou le néo-luddisme collapsologiste défaitiste, en offrant la possibilité d’une troisième voie transformant la Science en domaine teinté la totalité du réel sans pour autant le remplacer. Si la nouvelle Olympe paraît désormais composée de véhicules d’acier et de planètes aux différentes teintes, on y trouve toujours les mêmes éternels questionnements, et toujours Olympiens et Titans s’y affrontent. Pour autant, rappelons que Herbert cherchait à critiquer les déviances potentielles de tout culte, mettant en garde face au fanatisme et appelant à ne jamais substituer sa foi à la raison individuelle, au risque de voir toute civilisation se détruire dans des tempêtes de flammes, le spirituel étant ici à la fois potentielle Solution et potentiel Problème de l’Humanité.

Si Herbert tendait à vouloir définir une méfiance vis à vis du culte, il en décrit également la portée. Le regard n’est pas caricaturalement en opposition, mais nuancé. La famille Atréides incarne tour à tour l’usage raisonné du culte et le fanatisme religieux comme outil de lutte.

« Le besoin pressant d’un univers logique et cohérent est profondément ancré dans l’inconscient humain. Mais l’univers réel est toujours à un pas au delà de la logique. »

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