Un monde sans viande : l’utopie californienne

Un monde dans lequel 100% de notre consommation alimentaire serait affranchie de toute trace animale : voilà le rêve de grands idéologues de la Silicon Valley pour qui le futur de notre planète passera par la viande synthétique. Idée de génie ?

A gauche : viande cellulaire / A droite : viande végétale

Tout d’abord, il est nécessaire de séparer l’industrie (naissante) de la viande synthétique en deux catégories bien distinctes : d’un côté la fausse viande végétale, généralement basée sur des plantes riches en protéines comme les pois, le blé ou le soja. De l’autre, la viande cellulaire, obtenue en laboratoire via des procédés d’extraction cellulaires à partir de fœtus animaux. Si ces deux méthodes convergent pour former ce que certains nous promettent comme l’avenir de l’agro-alimentaire, la première est la seule à véritablement exister d’un point de vue économique ; les procédés d’extraction cellulaire n’étant pas encore assez matures pour être exploités à des fins commerciales.

Steaks de petits pois, poulet au soja, le grand-remplacement des animaux.

Le 21ème siècle est celui du bien-être animal. Depuis les années 70 et l’avènement de la culture de masse, les modes de vie basés sur l’altruisme (si ce terme peut s’appliquer à autre chose que l’humain) animal se sont multipliés. Au premier rang, le régime alimentaire ! Si le végétarisme existe depuis des milliers d’années en Asie, mais aussi en Occident, comme chez les épicuriens helléniques, sa version post-moderne dite « vegan » n’a, elle, officiellement qu’une cinquantaine de bougies à son actif. Imaginée dans les années 50 par le militant américain Donald Watson, le véganisme rejette tout bien ou service dont la production impliquerait un animal. Pour les vegan, le lien sacré et plurimillénaire qui lie hommes et animaux est relégué au rang « d’exploitation » qu’il nous faudrait percevoir, si l’on veut rester fidèles aux conceptions hyper anthropomorphiques du véganisme, comme une forme d’esclavage. Comme tout bon courant de pensée post-moderne, le véganisme se veut un système révolutionnaire et éveillé (l’idéologie « woke » est partout) et qui s’appuie une idée de culpabilité. Là encore, l’homme est coupable d’avoir esclavagisé les animaux à ses propres fins, quand bien-même sa survie en aurait dépendu…

Donald Watson, à gauche, serrant la main au syndicaliste paysan Cesar Chavez en 1929.

Le véganisme dépasse le stade de simple régime alimentaire, statut pour lequel il ne peut concourir tant ses impacts sur la santé sont réels. Il est nécessaire de le répéter à nouveau : un régime affranchi de toute forme de protéine animale peut avoir des conséquences néfastes sur la santé, à court comme à long terme. En réalité, l’idée vegan prend la forme d’une philosophie de vie mettant sous la lumière de ses projecteurs la morale et le ressentiment. En grossissant un peu les traits, nous pourrions résumer la conception végan de la question alimentaire comme ceci : « La souffrance des animaux me fait souffrir moi ; je juge donc qu’il est mal de tuer les animaux ». Rassurons-nous légèrement toutefois, les adeptes du véganisme constituent une infime minorité, en effet, le bon sens commun n’incite pas les masses à se convertir à des régimes alimentaires qui nuiraient à leur santé. Là où le bât blesse, c’est lorsque l’idéologie végan pénètre en profondeur les mœurs et conduit à une vision erronée de la problématique de l’élevage et de l’abattage des animaux. Gandhi avait certainement raison lorsqu’il disait que « l’on reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux”, mais l’essence du véganisme réside dans l’affranchissement total des animaux vis-à-vis de l’homme, autrement dit la relégation des animaux d’élevage à l’inutilité la plus absolue, soit la disparition. La négation des 15 000 ans d’histoire commune que nous partageons avec les animaux, qu’ils soient d’élevage ou de domestication, semble être une réponse totalement nihiliste au problème éthique auquel nous faisons face aujourd’hui, à savoir assumer nos responsabilités d’êtres humains face à la dignité des animaux que nous consommons.

Beyond Meat et Impossible food : parangons des nouveaux business de l’éthique

Sur la vague de moralisation que connaît la société occidentale, certains entrepreneurs avides de nouveaux et juteux marchés ont vu dans le « vegan spirit » l’occasion de se remplir les poches. Ce n’est pas pour rien si l’on compte parmi les millionnaires de la fausse viande le cofondateur de Facebook et si les noms de Bill Gates ou Google reviennent en permanence. Les élites californiennes gafamisées ont bien l’intention de révolutionner l’alimentation mondiale, et cette révolution se fera sans les animaux. L’abandon total. De nombreuses start-up se sont lancées sur l’eldorado de la viande artificielle mais c’est le succès des deux sociétés californiennes Beyond Meat et Impossible food qui retiendra ici notre attention. La première a été fondée par le jeune Ethan Brown en 2009 et à très rapidement été soutenue par de grands acteurs de la tech, comme la Obvious Corporation, sorte d’incubateur créé par les cofondateurs de Twitter et destiné à financer des start-up « prometteuses pour le futur de la planète ». Obvious Corporation semble s’obstiner à vouloir remplacer tout ce qui existe naturellement par des substituts artificiels pour gagner des gros sous puisqu’en plus de Beyond Meat, l’incubateur compte parmi ses pupilles Diamond Foundry, une société productrice de diamants synthétiques. En 2013 c’est la société Kleiner Perkins qui jette son dévolue sur Beyond Meat en investissant gros sur la start-up et projetant cette dernière sur la scène de la finance. Kleiner Perkins est connu aux Etats-Unis pour avoir contribué au succès financier d’Amazon, de Twitter, Snapchat ou encore d’Electronic Arts. Il faut dire que le business de la viande artificielle à de quoi faire saliver : en 2019, après dix ans d’existence, Beyond Meat réalisait un chiffre d’affaires de 90 millions de dollars.

Quant à Impossible Food, cette dernière incarne parfaitement le succès commercial que peut être la viande synthétique. Cette start-up née à Redwood, au cœur de la Californie, affiche une croissance impressionnante depuis sa fondation en 2011. Les dirigeants d’Impossible Food ont très vite perçu l’avantage qu’ils auraient à produire de la viande de bœuf artificielle dans une Amérique convertie à la malbouffe depuis des années. Les élites économiques des côtes Est et Ouest étant très sensibles au discours progressiste, la perspective de donner à cette Amérique-là des hamburgers 100% veggie avait de quoi séduire. C’est de cette manière qu’Impossible Food a imposé son produit phare, l’Impossible Burger, aux yeux des consommateurs américains. D’abord distribué en grandes surfaces, Whole Market notamment, l’Impossible Burger s’est retrouvé dans de nombreuses chaines de fast-food jusqu’à ce que le géant Burger King l’adopte, avec son « Impossible Whooper », dont la fausse viande est produite par les usines d’Impossibe Food. La société de Redwood, là encore, à été propulsée vers le succès grâce à des levées de fond magistrales et à l’assistance économique des GAFAM. Derrière ceux qui ont investi dans Impossible Food, les noms commencent à être récurrents : Bill Gates, l’incubateur « Googles Ventures », relié directement à la maison-mère Alphabet ou encore le conglomérat bancaire UBS. Impossible Food, avec trois levées de fonds, est parvenue à récolter près d’un milliard de dollars en moins de 5 ans. La start-up en pèse aujourd’hui trois.


« Tout comme le bœuf, mais pas le bœuf ! » : la recette du succès

La grande hypocrisie de la fausse viande réside dans son entêtement à vouloir, à tout prix, paraître réelle. Les ingénieurs et les chimistes de chez Beyond Meat comme de chez Impossible food s’entêtent à vouloir reproduire un artifice de viande dont les caractéristiques tactiles, olfactives ou gustatives seraient exactement les mêmes qu’une pièce de viande animale ; on remplace pour mieux recopier. Ici, les grands acteurs de la viande synthétique assument totalement s’affranchir des animaux pour leur production alimentaire. Pourtant, ces mêmes individus font tout leur possible pour que le consommateur ait l’impression de manger de la viande animale. Prenons l’exemple de l’hème. L’hème est, grossièrement, la structure contenant des atomes de fer présente dans l’hémoglobine. C’est cette dernière qui caractérise l’aspect sanguin de la viande, rouge notamment. Lorsque vous cuisez un steak à la poêle, l’hème est présente dans le jus rouge qui s’échappe de la viande car c’est une composante majeure de la viande animale, c’est aussi cette molécule qui contribue au goût si particulier et reconnaissable de la viande animale. Afin de la reproduire au mieux, des ingénieurs spécialisés dans la viande de synthèse ont su reproduire l’hème en laboratoire et sont parvenus à l’incorporer dans les mélanges végétaux qui composent la fausse viande. Chez Impossible Food, c’est en utilisant une levure génétiquement modifiée du soja que les chimistes sont parvenus à synthétiser la l’hémoglobine. Résultat, un steak à base de soja ou de pois peut aujourd’hui contenir de l’hème de manière totalement antinaturelle et ressembler mot pour mot à un steak de bœuf. L’injection de produits additifs afin d’imiter les caractéristiques restantes de la viande à base d’animaux, comme l’huile de coco pour le gras, vient ternir, là-encore, le portrait de la viande de synthèse pourtant vantée comme « healthy » par beaucoup de ses défenseurs.

L’Impossible Burger de chez Impossible Food

Des produits ultra-transformés : toujours plus loin de la nourriture locale.

Une réalité bien terne se cache derrière l’explosion de l’industrie alimentaire veganfree ; c’est la poursuite de pans entiers de l’industrie alimentaire qui ne produisent plus que des aliments ultra-transformés. Ces gigantesques acteurs s’affranchissent de tous intermédiaires locaux en proposant des produits qui, sortis d’usine, sont commercialisés et communiqués façon à ce que le consommateur ait l’impression d’agir et sur l’environnement et sur sa santé. En réalité, il ne fait ni l’un ni l’autre. Tout d’abord, l’idée qu’abandonner l’élevage au profit de l’importation massive de substituts végétaux comme le soja, le blé ou la betterave permettra à long terme de diminuer les émissions de CO2 est une idée assez bancale. En effet, c’est la manière dont nous produisons notre alimentation qui influence sur la pollution plus que la nature de ce que nous mangeons. Manger un burger dont le steak provient d’un producteur local est autrement moins polluant que consommer un burger Impossible Food ou Beyond Meat dont le cocktail de composants a nécessité l’intervention d’une dizaine d’intermédiaires, bien souvent étrangers au pays de production. Quant à l’impact sur la santé, là-encore, il n’existe aucun consensus sur la question. Ceux qui avancent que la viande végétale est moins nocive pour l’homme que la viande animale semblent nier la nature ultra-transformée de la première. Selon FoodRevolution.org, un blog de référence internationale sur l’alimentation, les produits à base de viande végétale, lorsqu’ils ne sont pas certifiés BIO, contiennent quasiment toujours des traces de pesticides, dont le glyphosate. La viande végétale, dans sa folle course à la ressemblance avec l’animale, s’est changée en un gloubi-boulga d’additifs, de conservateurs, de sucres raffinés, d’exhausteurs de goût, d’édulcorants et d’amincissants, bref, la panacée de ce que l’industrie agro-alimentaire à de pire à offrir. Le spécialiste culinaire américain, longtemps chroniqueur au New-York Times, Mark Bittman, dira justement de la viande artificielle d’Impossible Food qu’elle se « rapproche plus d’une chips que d’une salade ». Selon les analyses, un Burger de chez Beyond Meat contient 18 produits ajoutés tandis que l’Impossible Burger en contient plus de 21.

Voici donc que le mythe de la viande végétale saine et respectueuse de la planète s’effondre déjà tant il s’appuyait sur le mensonge. Croire que c’est en se passant de l’animal que l’homme sauvera sa peau montre à quel point les élites californiennes sont déconnectées du réel depuis des décennies… Si nous voulons agir en vertu de l’homme et de la planète, nous devons à tout prix nous éloigner de ces grands consortiums qui ne cherchent que l’ultra-rentabilité, au détriment souvent, de notre santé. Les produits ultra-transformés représentent l’un des plus grands dangers alimentaires actuel. Refuser la viande synthétique c’est faire valoir l’idée qu’animaux d’élevage et activité humaine sont liés par des milliers d’années d’évolution commune. Et si personne ne peut nier le problème éthico-moral sous-jacent à l’élevage et l’abattage de masse, il est nécessaire de s’élever contre ceux qui veulent la disparition des animaux !

Sources : ActforFood / FoodPlant.org / L’Obs / Heated / Le Figaro

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Dark Souls, le diamant brut du jeu-vidéo