Cinéma

Glass ou la foi dans le super-héros

17 juin 2019

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Glass ou la foi dans le super-héros

Comme le dit le vendeur de BD à la moitié du film : « et soudain, en 1938, le monde change… ». C’est le début du super-héros en Comics. Glass, troisième volet d’une trilogie, se veut être un hommage au super-héros et aux Comics.

Trois super-héros sont capturés et on tente de les neutraliser dans un hôpital psychiatrique.

Pour que les trois hommes perdent leurs super-pouvoirs, il suffit de leur faire admettre que toutes ces histoires de super-pouvoirs sont des croyances qu’ils se racontent et qu’ils ne sont pas aussi infaillibles qu’ils ne le pensent.

Les super-héros en question

En abandonnant leur représentation de super-héros, ils en perdent immédiatement les pouvoirs. C’est une bonne métaphore de ce qui arrive actuellement à l’Occident, aux mâles blancs, aux Européens. Bien que le film, lui, se contente de diffuser une sorte de foi aux valeurs américaines assez simplettes mais efficaces.

Croire aux super-héros, c’est croire à nos dieux, à nos valeurs et à notre patrie, suggère-t-il.

Pour leur faire admettre leur statut de simples être humains, on utilise la psychologie comme arme. Il s’agit de fouiller dans leur passé pour y faire surgir un refoulé. C’est une femme en charge de les rééduquer et de leur rappeler leurs failles. En effet, tout récit national a ses parts d’ombres, sans cesse revenir sur sa propre histoire pour s’excuser n’a pour conséquence que d’affaiblir la Nation au présent. Le patriotisme est une foi impliquant de ne pas s’y arrêter et de ne retenir que le mythe national fondateur.

C’est un Bruce Willis revenant – l’archétype du Mâle Blanc justicier et viril dans le cinéma des années 90 – qui endosse le rôle du Bon Héros.

On sermonne à son fils qu’il doit cesser de croire que son père est un super-héros. En somme, on lui demande d’abandonner ses représentations américaines stéréotypées du bon, du bien, du mal, du fort. On demande à la jeunesse de ne plus croire à l’Amérique trop sûre d’elle et de ses valeurs.

On pourrait suggérer que la critique de l’homme d’action, du super-héros va jusqu’à la critique de sa virilité, de sa masculinité
« toxique » ou encore son appartenance aux « Mâles Blancs », bref de sa « domination », mais le film n’a clairement pas l’envergure pour pousser jusque là.

Quelques remarques secondaires

Le jeune homme blanc, Kevin, est une trans-personnalité de 24 identités différentes : allant de la féminité, en passant par l’enfant, jusqu’à la Bête, sa forme la plus forte physiquement et la plus criminelle (toxique), son super-pouvoir (= la masculinité exacerbée).

Quant au vieux mâle joué par Samuel L. Jackson, il dissimule sa puissance dans un corps paralysé. C’est lui qui déclare que les Comics sont l’équivalent des récits des temps anciens, relatant ce que certains hommes sont capables de faire. La comparaison avec une mythologie fondatrice est perceptible.

Il est, par ailleurs, atteint de la maladie des os de verre. Il est faible physiquement et dépendant car peu mobile. Lorsque Kevin lui demande quel est son super-pouvoir, il répond : le cerveau.

Oui, c’est cela, notre supériorité est notre cerveau.

Le patriotisme civique : la Foi en ses valeurs

Cesser de croire aux super-héros, c’est abandonner des représentations mentales et sociales, c’est cesser de croire à la mythologie américaine, c’est cesser de croire à l’Amérique. La personne en charge de leur faire perdre leurs pouvoirs, le docteur psychologue, s’avérera être membre d’un comité chargé d’intervenir quand les super-héros s’affrontent sur terre. Elle veille à la Justice, à l’équilibre des forces. Sorte de régulateur international, ou Etat profond, venant entraver les USA – si l’on voulait poursuivre la comparaison – mais elle n’y arrivera pas.

Non seulement les deux enfants ne cesseront pas d’y croire et feront la sourde oreille aux injonctions de la psychologue mais, plus encore, ils se chargeront de diffuser au monde entier – ou à l’Amérique – les images de l’existence des super-héros (cad : perpétuer la croyance dans les valeurs américaines).

Un film en forme de profession de foi

Pour finir, le film est curieusement manichéen et patriotique : le mâle blanc représenté par Bruce Willis, ne croit plus en lui-même (archétype de l’Amérique), il a donc perdu ses pouvoirs de super-héros. C’est en les retrouvant qu’il pourra vaincre le Mal coalisé, incarné par l’homme noir (Glass) qui manipule le jeune homme (la Bête). Glass projette de commettre un attentat sur une tour de Philadelphie, ce qui fait bien entendu écho avec le moment traumatique du World Trade Center, qui stimula l’élan patriotique autour des « valeurs américaines » au début des années 2000.

En réalité, le film est trop simple et de courte vue pour être en mesure d’aller jusqu’à évoquer les critiques du super-héros comme l’équivalent du concept de « surhumanité » réactualisée. Il ne fait pas vraiment le lien non plus entre « mythologie culturelle » et les représentations mentales stéréotypées qu’elle implique. Le film est une simple profession de foi aux Comics et à l’Amérique. Il y croit, sans se poser les questions des ressorts de cette croyances.

Les déconstructivistes se les posent, eux, et s’activent beaucoup pour abattre toute forme de mythologie nationale, civilisationnelle et même occidentale. Il faut déconstruire le « mythe de la virilité », de la masculinité, déconstruire l’identité « blanche », réviser l’histoire, la rendre « inclusive », déconstruire les mythes nationaux (affaire du déboulonnement des statuts du Général Lee) etc.

Leurs conclusions : les Blancs doivent céder la place, le vieux récit national doit être réécrit, l’histoire du monde aussi et les descendants d’Européens, ou les Mâles, coupables d’avoir dominé, doivent en recevoir la part la plus réduite.

Non, ce film est un simple film patriotique civique et républicain un peu simplet, car trop « croyant », qui dit aux Américains : croyez à vos valeurs, à votre patrie, à vos Dieux, à vos super-héros, à votre culture, au Bien et au Mal et surtout en vous-mêmes. Et ce n’est déjà pas si mal.

One Comment
  1. yoananda

    Bon article, mais je trouve qu'il manque un développement important : pourquoi le gauchisme a-t-il pris un tel essors ? pourquoi ce consensus contre la domination du mâle blanc ? Il y a eu les 2 catastrophes des guerres mondiales. Le nationalisme, le virilisme, la domination blanche, le patriarcat, dans l'esprit de nombreuses personnes ont échoués. Échoués parce qu'ils amené la guerre industrielle et la Shoah. L'anti-racisme, l'anti-famille, et plus tard, la virilité toxique, l'intersectionnalité et les LGBTQPZ sont venus parce que le mâle blanc avait le pouvoir et l'a utilisé pour une catastrophe absolue. Tant qu'on ne s'attaque pas à CE problème, CETTE racine, et bien, les SJW continueront de tenir le haut du pavé jusqu'à ce qu'ils nous amènent à leur tour à une nouvelle catastrophe. Les fachos utilisent le révisionnisme ou le négationnisme pour remettre en cause ce nouveau péché originel qu'est la Shoah. Cependant leur position n'est pas cohérente : d'un coté ils nient que Hitler ai eu un plan pour une "solution finale" de l'autre coté ils ne cessent de l'encenser pour avoir voulu éliminer les juifs de l'Europe. Faudrait savoir. Donc, tant qu'on ne se plonge pas au coeur de ce problème (je ne parle pas de nier la Shoah, mais d'en proposer une autre lecture) l'histoire continuera de dérouler sa logique jusqu'à son terme. Ce terme sera l'effondrement (il est déjà bien entamé) de l'occident. Après, quelque chose d'autre pourra renaître, mais, vu les dégâts qui s'annoncent, ça risque de ne pas être évident.

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