Lettre ouverte aux hédonistes

Le Lapin Taquin, dans un tweet à présent supprimé, a fait l’éloge de l’hédonisme, ce qui lui a valu une volée de bois vert. Je ne suis pas hédoniste pour ma part, mais je pense que les raisons que j’y oppose méritent un article. Dans tous les cas je pense qu’on gagne à expliciter nos désaccords rationnellement plutôt que via des invectives en 280 caractères.

C’est le mieux que j’ai pu trouver sur les internets

L’hédonisme est prôné aujourd’hui par beaucoup de technophiles et surtout les transhumanistes. Parfois en réaction à la folie écologiste qui voudrait contrôler nos faits et gestes, comme quand le Dr. Laurent Alexandre donnera pour titre à son livre “Jouissez jeunesse”, mais parfois comme idéal comme dans l’ouvrage du confondateur de Humanity+, David Pearce, Hedonistic imperative, voulant anéantir la souffrance. Il occupe une place proéminente dans la pensée des cofondateurs du parti occidentaliste qui repose sur le tryptique Liberté-Progrès-Hédonisme. Pourtant, ce dernier ne me semble pas permettre de créer et soutenir une civilisation.

Historiquement, l’hédonisme fut formulé par Aristippe de Cyrène dont les écrits ne nous sont pas parvenus. Il était lui-même fortement influencé par Démocrite qui fut le premier à proposer une vision atomiste et matérialiste de l’Univers. L’hédonisme est intimement lié au naturalisme. Aristippe partage avec Démocrite un amour de la connaissance, de la science, de la contemplation de la nature et de la tentative d’explication de cette dernière. L’hédonisme valorise la volonté de penser par soi-même, en s’écartant des dogmes, et de se fier à nos sens et en premier lieu au plaisir qui est un signal plus probant de ce qui est bon pour nous que tout texte sacré. Il est clair dans la pensée d’Aristippe que le but est de maximiser le plaisir dans l’instant présent sans se soucier du futur. Si le futur ne permet pas de prendre du plaisir alors tant pis, on vivra sans, mais dès que possible, le plaisir doit être maximisé.

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Dans la lignée d’Aristippe, Épicure proposa alors l’eudémonisme, qui est un hédonisme tempéré. Une forme d’ascèse visant à rejeter le plaisir immédiat si ses conséquences s’avèrent amener plus de problèmes dans le futur. De la même façon, s’il reconnait qu’un mal est toujours mal et un bien est toujours bien, il affirme qu’il est parfois bon de s’imposer du mal pour trouver plus de bien dans le futur. Sa quête n’est plus directement le plaisir mais le bonheur, qui repose sur un corps en bonne santé et une ataraxie de l’âme. On retrouve chez Épicure un intérêt prononcé pour la Science et la connaissance de l’univers, qu’il voit comme nécessaire afin de permettre l’établissement d’une morale reposant sur la réalité de la place de l’homme dans l’Univers amenant au bonheur. Or, si Épicure souhaite penser en dehors des dogmes de la religion, il finira lui-même par tenter de former une sorte de secte reposant sur des dogmes indiscutables, un enseignement qui ne change jamais et des institutions qui assurent la docilité des adeptes. Il se présentait à ses interlocuteurs comme le révélateur de la science véritable et il semble que la simplicité de ses principes pourrait relever de la volonté de les rendre accessibles à tous dans le but d’augmenter le nombre de ses disciples. Contrairement à Platon qui avait écrit au-dessus de la porte de son école : Nul n’entre ici s’il ne sait la géométrie. Versant dans le culte du moi, Épicure avait expressément demandé de célébrer son anniversaire chaque année après sa mort… ce n’est pas exactement l’image que je me fais d’un individu qui souhaite vous émanciper des dogmes par la Science.

À la suite d’Épicure, un personnage que j’aime beaucoup plus, Lucrèce, écrira des poèmes inspirés de la philosophie eudémoniste qui influencera Montaigne et Molière et donc, par leur biais, la culture française. Du côté des États-Unis, la déclaration d’indépendance professe, sous l’impulsion d’un Thomas Jefferson imprégné de Locke et Épicure, des thèmes récurrents des poèmes de Lucrèce tels que les droits inaliénables, la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. Le grand Sénèque lui-même, contre ses semblables stoïciens panthéïstes, prendra la défense d’Épicure et mettra en avant que, loin de pousser à la débauche, il appelle à une vie tempérée. D’une certaine manière, je peux partager les prémisses des hédonistes. Mais l’argument de l’eudémonisme qui se verra opposé aux personnes se disant hédonistes me semblent taper à côté. Il reste dans le même cadre de pensée tenant pour base morale la maximisation du plaisir. Et si le plaisir est important, je ne crois pas qu’il puisse être le but moral guidant nos actions et je vais expliquer pourquoi.

Comme souvent, on peut se tourner vers nos usual suspects, Nietzsche et Ayn Rand. Évidemment qu’ils ont pensé la question de l’hédonisme. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas très emballés par le concept d’hédonisme. Commençons par Ayn Rand qui formule un désaccord affirmé avec l’hédonisme. Pour elle, le plaisir est une conséquence appréciable et souhaitable résultant de nos actions. Cependant, il ne saurait être la mesure qui guident ces dernières. Il ne peut représenter le bien en soi. Nos actions doivent être jugées à l’aune de valeurs rationnelles que l’on s’est fixées et non de simples sensations.

L’hédonisme est la doctrine qui soutient que le bien est tout ce qui vous donne du plaisir et que, par conséquent, le plaisir est la norme de la moralité. L’objectivisme soutient que le bien doit être défini par une norme de valeur rationnelle, que le plaisir n’est pas une cause première, mais seulement une conséquence, que seul le plaisir qui procède d’un jugement de valeur rationnel peut être considéré comme moral, que le plaisir, en tant que tel, n’est pas un guide pour l’action ni une norme de moralité. Dire que le plaisir doit être la norme de la moralité signifie simplement que les valeurs que vous avez choisies, consciemment ou inconsciemment, rationnellement ou irrationnellement, sont justes et morales. Cela signifie que vous devez être guidé par des sentiments, des émotions et des caprices fortuits, et non par votre esprit. Ma philosophie est à l’opposé de l’hédonisme. Je soutiens que l’on ne peut atteindre le bonheur par des moyens aléatoires, arbitraires ou subjectifs. On ne peut atteindre le bonheur que sur la base de valeurs rationnelles.

Ayn Rand, interview Playboy (1964)

Chez Nietzsche, on retrouvera une façon similaire de pointer du doigt l’impasse de mesurer la valeur d’une chose à l’aune du plaisir qu’elle procure. Cependant, pour lui, les valeurs ne sont plus simplement définies par l’individu autonome qui se dote de son propre cadre de valeurs. Elles découlent directement du cosmos qui donne ses conditions d’existence à la vie et toute volonté d’établir un cadre moral ne peut se faire qu’à l’encontre de la vie elle-même qui est, par essence, immorale. L’homme lui-même est un cosmos qui peut tendre vers l’amélioration ou dégénérer. Il y a en lui la créature et le créateur ; et l’hédonisme flatte la créature aux dépens du créateur. Le but d’un individu est de tendre vers son penchant créateur et non la créature. L’hédonisme, en refusant la souffrance, flatte nos bas instincts qui empêchent l’élan de création.

Hédonisme, Pessimisme, Utilitarisme, Eudémonisme : toutes ces manières de penser qui mesurent la valeur des choses selon le plaisir et la peine qu’elles nous procurent, c’est-à-dire d’après des circonstances accessoires, des détails secondaires, sont des évaluations de premier plan, des naïvetés sur lesquelles quiconque a conscience de ses forces créatrices et de ses capacités artistiques ne pourrait jeter les yeux sans dédain ni même sans pitié. […] Vous voulez, si possible — et il n’existe pas de « possible » plus insensé, —supprimer la souffrance ; et nous ? — il semble que nous voulions plutôt la rendre plus intense encore et plus cruelle que jamais ! Le bien-être, comme vous l’entendez — ce n’est pas un but à nos yeux, mais une fin ! Un état qui aussitôt rend l’homme risible et méprisable — qui fait désirer sa disparition ! La discipline de la souffrance, de la grande souffrance — ne savez-vous pas que c’est cette discipline seule qui, jusqu’ici, a porté l’homme aux grandes hauteurs ? Cette tension de l’âme dans le malheur, qui lui inculque la force, les frémissements de l’âme à la vue des grands cataclysmes, son ingéniosité et son courage à supporter, à braver, à interpréter, à mettre à profit le malheur et tout ce qu’elle a jamais possédé en fait de profondeur, de mystère, de masque, d’esprit, de ruse, de grandeur. N’est-ce pas au milieu de la souffrance, sous la discipline de la grande souffrance que tout cela lui a été donné ? En l’homme sont réunis créature et créateur : en l’homme, il y a la matière, le fragment, l’exubérance, le limon, la boue, la folie, le chaos ; mais en l’homme il y a aussi le créateur, le sculpteur, la dureté du marteau, la contemplation divine du septième jour. Comprenez-vous cette antithèse ? Comprenez-vous que votre compassion va à la « créature en l’homme », à ce qui doit être formé, brisé, forgé, déchiré, rougi à blanc, épuré ? — à ce qui souffrira nécessairement, à ce qui doit souffrir ? Et notre pitié — ne comprenez-vous pas à qui s’adresse notre pitié contraire, quand elle se tourne contre la vôtre, comme contre le pire des amollissements, la plus funeste des faiblesses ? — Donc compassion contre compassion ! Mais, je le répète, il y a des problèmes plus hauts que tous ces problèmes du plaisir, de la douleur et de la pitié ; et toute philosophie qui borne là son domaine est une naïveté.

Nietzsche, Par dela bien et mal

Mon approche est un peu différente mais elle va se recouper avec les visions de Rand et de Nietzsche. Je pense, premièrement, que, de façon générale, le plaisir est un système, produit de l’évolution, qui permet d’identifier ce qui est bon pour nous. À l’inverse, la souffrance permet d’identifier ce qui nous nuit et, en cela, ils ne doivent évidemment pas être négligés. Ainsi, valoriser la souffrance là où on pourrait s’en passer est une hérésie. Par exemple, refuser la péridurale à une femme sous prétexte que l’accouchement devrait se faire dans la douleur me semble inutile.

Je partage avec Démocrite, Aristippe, Épicure et Lucrèce la même curiosité, l’amour de la connaissance dégagée des dogmes et je cherche moi aussi à mieux comprendre l’Univers et ses lois afin de trouver la place de l’homme au sein de ce tout et ce qui constitue une vie bonne. Il est même amusant de noter des similarités entre les poèmes de Lucrèce et la pensée de Nietzsche, comme la vision d’un tout à l’intérieur duquel tout est en mouvement qui repose en partie sur Héraclite. Il ne me surprendrait pas que l’idée de l’éternel retour lui fût inspirée par Lucrèce puisque lui aussi met en avant qu’étant donné le nombre constant et fini des éléments de l’univers, il faudrait que leurs combinaisons possibles soient aussi finies. On pourrait encore relever l’intuition géniale de Lucrèce de l’organe précédent la fonction. Une idée qu’on retrouvera chez Nietzsche et qui nourrira la réflexion de Deleuze sur ce qu’il appellera le corps-sans-organes et la déterritorialisation. Et même, de manière générale, Nietzsche, bien qu’il critique l’hédonisme, a de la sympathie pour Épicure et Lucrèce. Il attribue la résistance aux dieux du premier non pas à l’encontre du paganisme, comme cela semble tomber sous l’évidence, mais aux prémices d’un proto-christianisme platonicien naissant visant à instaurer une orthopraxie de la pénitence.

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Tout contour s’amoindrit. Des profondeurs du temps,
Nous voyons tout couler sur la pente des ans
Et de l’âge à nos yeux dérober la poussière.
La Nature pourtant reste à jamais entière.
C’est que tout corps grossit de ce qu’un autre perd ;
C’est d’automnes flétris que le printemps est vert.
Ainsi, rien ne s’arrête et tout se renouvelle ;
L’existence est un prêt ; la vie est mutuelle.
Telle race décroît, et telle autre s’étend ;
Pour en changer la face il suffit d’un instant ;
Et les mortels, coureurs d’une route infinie,
Se passent en fuyant le flambeau de la vie.

Lucrèce, Livre II, les atomes, “Permanence, mobilité, combinaisons des atomes”

La sournoiserie des cagots, la cachotterie des conventicules, des idées sombres comme l’enfer, le sacrifice des innocents, comme l’union mystique dans la dégustation du sang, avant tout le jeu de la haine lentement avivé, la haine des Tchândâla — c’est cela qui devint maître de Rome, la même espèce de religion qui, dans sa forme préexistante, avait déjà été combattue par Épicure. Qu’on lise Lucrèce pour comprendre ce à quoi Épicure a fait la guerre, ce n’était point le paganisme, mais le « christianisme », je veux dire la corruption de l’âme par l’idée du péché, de la pénitence et de l’immortalité. — Il combattit les cultes souterrains, tout le christianisme latent, — en ce temps-là nier l’immortalité était déjà une véritable rédemption. — Et Épicure eût été victorieux, tout esprit respectable de l’Empire romain était épicurien : alors parut saint Paul.

Nietzsche, L’anti-christ

Il se dégage des poèmes de Lucrèce une sensation de légèreté qui est forte appréciable et c’est pourquoi j’ai de la sympathie pour les hédonistes qui s’opposent à l’esprit de lourdeur de ceux qui veulent imposer des privations au travers des époques selon le critère de prédilection du moment. Mais, si on adopte un mode de vie hédoniste et qu’on s’adonne à la connaissance de l’Univers, je ne vois pas comment on peut le rester bien longtemps. Aux vues des connaissances sur l’Univers que je crois posséder aujourd’hui, il m’apparait impossible de faire du plaisir la mesure morale de la valeur d’une action. Comme je l’ai formulé dans la morale que j’ai développée, malicieusement nommée assetisme, je crois que le but de la vie d’un homme est son bonheur qu’il doit trouver dans l’accomplissement productif au sein du tout.

Ma morale est alors, par essence, celle de l’homme apprenant guidé par l’intellect et le désir, l’homme héroïco-tragique qui lutte contre l’entropie en ordonnant son environnement par l’organisation de l’information tout en sachant qu’elle finira par l’emporter par la dissipation d’énergie, avec, pour objectif moral de sa vie, la recherche de son propre bonheur en tant que partie du Tout, trouvant son expression la plus noble dans l’accomplissement productif, mais acceptant aussi pleinement les facettes moins nobles de la vie, telle que la guerre, comme traits de caractères imparfaits hérités de nos ancêtres, les voyant l’une comme l’autre à la fois justes et injustes et dans les deux cas parfaitement justifiables, dès lors qu’elles servent cet arrangement particulier nécessaire au cosmos qui apprend perpétuellement de nos succès, comme de nos erreurs et de notre mort.

À quel moment avez-vous senti la plus grande ataraxie ? la plus grande tranquillité de l’âme ? N’avez-vous jamais fait l’expérience d’une soirée entre amis, d’une partie de jeu vidéo, d’une tâche productive au travail, d’une partie de jambe en l’air où vous n’avez pas vu le temps passé ? Votre esprit est stimulé, vous savez exactement comment réagir, vous éprouvez du plaisir en le faisant sans même consciemment vous en rendre compte mais une fois que l’activité cesse vous regardez votre montre et vous découvrez que vous avez expérimenté cette sensation pendant une durée beaucoup plus longue que ce que vous avez imaginez.

Nous sommes pleinement épanouis quand on est dans cet état particulier que Mihaly Csikszentmihalyi nomme le flow qui réclame un maximum de compétences et de défi donc de maîtrise en accomplissant des tâches difficiles.

Cette sensation apparait lorsque notre niveau de compétences et le défi qui nous est opposé sont équilibrés. C’est donc une sensation instable qui va osciller en permanence en fonction de ces deux critères. Le besoin d’acquérir de nouvelles compétences pourra être une source d’anxiété mais une fois ces dernières acquises nous pourrons retrouver cet état de flow et même tomber dans l’ennui si nous devenons trop doués vis-à-vis des tâches à effectuer.

C’est une sensation temporaire qui est agréable mais fluctuante. Le plus important est la tâche que vous effectuez. Ce sont les tâches que vous effectuez qui formeront votre bonheur à long terme. Si vous cherchez la sensation de flow uniquement dans les soirées entre amis et les jeux vidéo vous aurez sûrement beaucoup de plaisir le temps que cela durera mais vous vous réveillerez avec la gueule de bois. Pire que ça, si vous vivez dans une société où vous avez la possibilité de vivre de cette façon alors c’est que, d’une façon ou d’une autre, vous jouissez du travail productif de quelqu’un d’autre.

La valeur d’une tâche est alors la mesure morale de nos actions. Comment établir la valeur de cette tâche ? on doit le faire de façon rationnelle comme le propose Ayn Rand et plus précisément, en fonction du rôle de la vie comme le préconise Nietzsche.

Si quelque chose est suffisamment important, vous devez le faire même si les chances de réussir sont minces.

Elon Musk

Or, on sait que le rôle de la vie est la production maximale d’entropie et que pour ce faire elle réduit localement sa propre entropie. C’est ce qu’on appelle, suivant les travaux d’Ilya Prigogine, une structure dissipative. Un humain est une structure dissipative, une société humaine aussi, le marché libre aussi, la biosphère aussi et avec eux toute structure ordonnée dans l’Univers. L’accomplissement productif doit alors viser à réduire localement notre entropie personnelle mais pas aux dépens des structures dissipatives supérieures.

L’hédonisme est la philosophie de vie parfaite du nomade. Il trouve un coin vierge, il utilise toutes les ressources énergétiques, puis il s’en va ailleurs. Ce n’est pas immoral en soit, il accomplit ainsi le rôle de la vie en trouvant son plaisir. Mais une civilisation, qui permet de maximiser la dissipation d’énergie, ne peut pas être bâtie sur l’hédonisme car elle nécessite des individus à la préférence temporelle faible, capables de retarder une source de plaisir pour un plaisir futur plus grand. Une société où les individus seraient capables de se trouver dans une situation de plaisir sans même avoir rempli les conditions nécessaires pour l’atteindre est vouée à disparaître.

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Étant donné l’omniprésence de l’individualisme et la propagation mondiale du capitalisme de consommation hédoniste, dès que les gens découvriront qu’il n’y a aucune raison biophysique sur terre qui les empêche d’être aussi heureux qu’ils le souhaitent indéfiniment, il sera difficile d’empêcher les esprits plus aventureux d’explorer cette option. L’extase à vie n’est pas aussi mauvaise qu’il n’y paraît.

David Pearce, Hedonistic imperative

Le plaisir est un système de récompense qui vise à sélectionner les bons comportements. Un bon comportement, du point de vue de l’évolution, est celui qui maximise la dissipation d’énergie. Si vous détournez le système de récompense en le découplant de la dissipation d’énergie, alors vous nourrissez le système de fausse information qui le conduira à la dégénérescence. L’évolution ne le sélectionnera pas. Le plaisir ne doit pas être la mesure morale d’un individu ou d’une société. Son but doit être la construction d’information et c’est sur ce principe qu’il devient possible d’établir une civilisation solide qui amènera du plaisir en conséquence.

La civilisation repose sur les individus capables de résister à la souffrance quand cette dernière est nécessaire car une tâche primordiale le demande. Cela va de l’éboueur à l’entrepreneur qui fait des nuits blanches pour délivrer une nouvelle technologie nous amenant la prospérité.

Et c’est pourquoi l’utilitarisme, qui n’est rien d’autre que la maximisation de la moyenne de plaisir d’une société, ne peut donner une civilisation pérenne. Ce que l’on doit mesurer n’est pas le plaisir des individus mais l’entropie et viser à la réduire. On peut alors faire appel à notre troisième lascar, Nick Land, qui a bien évidemment quelque chose à dire là-dessus. Pour lui, ce qu’il convient d’optimiser est non pas le plaisir mais l’intelligence.

“ Par bonheur, il faut entendre le plaisir et l’absence de souffrance et par malheur il faut entendre la souffrance et l’absence de plaisir.”

John Stuart Mill, L’utilitarisme

L’utilitarisme est souvent attrayant pour les personnes rationnelles, car il semble si rationnel. L’impératif de maximiser le plaisir et de minimiser la douleur va dans le sens de ce que la biologie et la culture disent déjà : le plaisir est bon, la souffrance est mauvaise, les gens cherchent des récompenses et évitent les punitions, le bonheur se justifie de lui-même. Le conséquentialisme calculateur est largement supérieur à la déontologie. Pourtant, la vénérable critique Moldbug exploite, et étend, est vraiment dévastatrice […] Le plaisir est un piège. Toute société obsédée par lui est déjà foutue.

L’utilité, soutenue par le plaisir, est un déchet toxique, mais cela ne signifie pas qu’il y ait besoin de mettre au rebut la machinerie du calcul utilitaire – y compris toutes les traditions d’économie rigoureuse. Il suffit de changer la variable normative, ou la cible de l’optimisation, en remplaçant le plaisir par l’intelligence. Est-ce que quelque chose vaut la peine d’être fait ? Seulement si cela développe l’intelligence. Si elle rend les choses plus stupides, elle ne l’est certainement pas.

Nick Land, Optimise for intelligence

Pourquoi ce n’est pas idiot ? Il ‘explicitera dans un second texte définissant l’intelligence que j’ai entièrement traduit. La réduction d’entropie est équivalente à la construction d’information. L’intelligence résout les problèmes, en guidant le comportement pour produire une réduction d’entropie locale, ce qui équivaut à la construction de l’information. Il y a fort à parier qu’optimiser pour l’intelligence amènera également plus de plaisir, mais ce dernier ne saurait être le but et se le donner comme but plutôt que l’intelligence est peut-être la meilleure façon d’avoir une France perdant 4 points de QI en 10 ans.

Cependant, imaginez une société où l’intelligence augmente mais de plus de gens s’en servent pour résoudre des quêtes virtuelles dans des jeux vidéo. Alors, la mesure de l’intelligence nous induira en erreur. Elle ne permettra pas de déceler le déclin dès ses prémisses.

La technique permet la construction d’information, c’est à dire qu’elle a le potentiel de diminuer l’output d’entropie informationnelle pour chaque input d’unité d’énergie, c’est ici la véritable définition de la création de richesse et de la prospérité. Alors le marché libre peut être, et doit être, une source d’extropie et la monnaie une façon de le mesurer efficacement.

La monnaie est théoriquement une forme d’information qui devrait réduire l’entropie lorsqu’elle est appliquée correctement. Cependant, la monnaie fiduciaire, malheureusement, conduit à l’exact opposé. L’utilisation de l’inflation qui l’accompagne introduit une erreur car elle invisibilise un signal de mauvaise santé du système. On peut considérer l’entropie est un état d’incertitude et l’information est la résolution de cette incertitude. En présence d’inflation, le système perd sa capacité de mettre en place une boucle négative de rétroaction corrective car le signal qui devrait l’y encourager n’existe plus. Mais, bien utilisée, la monnaie doit être la source d’information qui nous permet de mesurer la réduction effective de l’entropie de la société.

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Alors, si l’Occident a effectivement pu accueillir en son sein des individus hédonistes comme Aristippe ou Épicure et que ces derniers ont même pu contribuer à la civilisation en se livrant à la philosophie, c’est uniquement parce qu’ils étaient libérés des tâches ingrates qui obligent à la souffrance. Mais ces tâches doivent nécessairement être remplies par quelqu’un afin de maintenir et augmenter l’ordre de la société pour en faire une civilisation. Seuls les privilégiés comme les nobles poudrés ne remplissant plus leur rôle et les gens au RSA peuvent se permettre d’être vraiment hédonistes. Réduire l’entropie de la société n’est pas toujours une partie de plaisir et c’est la seule façon de développer et maintenir la civilisation, et donc le plaisir et l’insouciance qui en découle. Si les hédonistes se mettent à fonder des sectes visant à attirer le plus grand nombre comme Épicure l’a fait, ils doivent s’attendre à se voir réprimer par le pouvoir comme les Romains l’ont fait, car on ne bâtit pas une civilisation sur l’hédonisme. Même un demi-habile comme Michel Onfray a fini par le comprendre. Trop tard.

Afin de maintenir la civilisation, la société doit structurellement favoriser la reproduction des individus disposant d’une préférence temporelle faible, plus prévoyants. Mais favoriser leur reproduction ne signifie pas éradiquer les hédonistes, ni même l’hédonisme via des mesures d’austérité coercitives visant à restreindre les libertés individuelles. La civilisation doit tolérer l’existence d’hédonistes qui se livrent au plaisir de la connaissance pour la connaissance. Des gens un peu oisifs mais qui font des découvertes qui peuvent trouver des applications pratiques par la suite. Si une civilisation peut se permettre de tolérer en son sein des hédonistes, c’est qu’elle fonctionne efficacement. Une civilisation qui impose la privation a déjà un pied dans la tombe.

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