Ineffective altruism

Le mot altruisme fut proposé par Auguste Comte qui voulait trouver une morale sans Dieu. Les avantages de l’altruisme et de l’empathie sont évidents. Ces qualités sont si bien considérées et ancrées dans les sociétés laïques et religieuses qu’il semble presque hérétique de suggérer qu’elles peuvent être nuisibles. Toutefois, comme la plupart des bonnes choses, l’altruisme peut être déformé ou porté à un extrême malsain. Dans l’ouvrage Pathological Altruism, quelques scientifiques dont David Sloan Wilson présentent un certain nombre de thèses qui explorent une série d’effets néfastes de l’altruisme et de l’empathie.

Les pathologies de l’empathie, par exemple, peuvent déclencher la dépression ainsi que l’épuisement professionnel observé chez les professionnels de la santé. L’altruisme des patients souffrant d’anomalies alimentaires constitue un aspect important de ces troubles. L’hyperempathie – un excès de préoccupation pour ce que les autres pensent et ce qu’ils ressentent – contribue à expliquer des concepts populaires mais mal définis comme la codépendance. En fait, l’altruisme pathologique, sous la forme d’une attention malsaine portée aux autres au détriment de ses propres besoins, peut sous-tendre certains troubles de la personnalité. Les pathologies de l’altruisme et de l’empathie ne sont pas seulement à l’origine de problèmes de santé, mais aussi d’un ensemble disparate des caractéristiques les plus troublantes de l’humanité, notamment les génocides, les attentats suicides, les partis pris politiques moralisateurs et les programmes philanthropiques et sociaux inefficaces qui finissent par aggraver les situations qu’ils sont censés aider.

L’épisode que vient de nous servir SBF est l’occasion idéale pour moi de mettre en avant les différences de points de vue que j’ai avec l’Effective Altruism dont il se réclamait. Rapide rappel des faits.

Samuel Bankman-Fried était à la tête de FTX, une compagnie proposant d’acheter et vendre des cryptomonnaie via leur app. Des millions de clients ont alors confié leur argent à FTX. Seul problème, SBF s’en est servi sans leur accord pour le transférer vers une autre société, un hedge fund nommé Alameda. Pourquoi cela ne s’est pas vu dans les comptes d’Alameda ? Car l’argent n’a jamais atteint les comptes mais fut placé dans des placements financiers à risque. Un risque qui ne s’est pas révélé gagnant et FTX a donc finit avec un énorme trou. Les clients voyaient toujours la somme qu’ils devaient avoir s’afficher sur leur app mais l’argent n’était plus là, et quand ils ont voulu le retirer, il se sont vus adressés une fin de non-recevoir.

SBF était la coqueluche des médias progressistes. Le jeune milliardaire en dessous de 30 ans qui n’avait pas hésité à sauver les cryptos, l’homme à l’éthique irréprochable, qui donnait de l’argent aux Clinton et à Davos, guidé par les principes altruistes qui veut gagner beaucoup pour donner beaucoup. Alors quoi ? Il n’y aurait pas de bon dans ce monde contrairement à ce que pense Sam Gamgee ?

J’avais mis en garde contre cette façon de penser dans un article précédent. Il ne faut pas chercher à gagner beaucoup en vue de donner beaucoup, mais s’attacher à effectuer des tâches qui vous apportent à vous en premier lieu, mais qui vont aider les autres de manière ordonnée, allant de votre famille à l’univers – si vous êtes hors norme.

On peut noter que la réforme protestante donna une chose intéressante chez les anglo-saxons, Ils pensent que la réussite financière est une reconnaissance de Dieu mais, dans le même temps, ils possèdent une culture de la charité et du pourboire comme nulle part ailleurs. L’effort est récompensé, l’argent n’est pas sale et le don est une valeur essentielle. Ils n’étaient pas loin du surhomme, mais ils manquaient d’une chose importante. Toutes les façons de gagner de l’argent ne se valent pas, le plus important est la tâche en elle-même.

NIMH, Pourquoi nous somme universalistes

D’où lui viennent ces principes ? D’une philosophie développée par William MacAskill reposant sur deux concepts, l‘effective altruism et le longtermism. Ces deux idées sont développées respectivement dans deux livre, Doing good better et What we owe to future. Il faut relever qu’à aucun moment, bien qu’il appelle à donner à des charités plutôt que de changer sa façon de consommer, MacAskill promeut l’idée de gagner beaucoup de n’importe quelle façon pour donner beaucoup à n’importe quelle charité.

“Gagner pour donner” signifie exactement ce à quoi cela ressemble : plutôt que d’essayer de maximiser l’impact direct que vous avez avec votre travail, vous essayez plutôt d’augmenter vos gains afin de pouvoir donner davantage, améliorant ainsi la vie des gens par vos dons plutôt que par votre travail quotidien. La plupart des gens n’envisagent pas cette option lorsqu’ils choisissent une carrière qui “fait la différence”. Mais le temps et l’argent sont normalement interchangeables – l’argent peut payer le temps des gens, et votre temps peut être utilisé pour gagner de l’argent – il n’y a donc aucune raison de supposer que les meilleures carrières sont uniquement celles qui bénéficient directement aux gens par le travail lui-même.”

William MacAskill, Doing Good Better: How Effective Altruism Can Help You Make a Difference

Aussi, il dit bien de viser haut mais éviter de risquer gros, ce que SBF n’a de toute évidence pas respecté. A certains égards, on pourrait voir des similarités entre cette pensée et la mienne car on arrive souvent à des conclusions similaires. Je ne m’en réclame cependant pas car elle repose sur des fondements qui me sont étrangers et elle favorise notamment ce genre de dérives auxquelles on a assisté. Des gens très intelligents mais très hypocrites peuvent s’en réclamer et plumer des gens très naïfs. C’est la couverture parfaite pour que des gens hypocrites s’achètent une bonne conscience ou tout bonnement une réputation en donnant de l’argent à des incapables qui se penchent sur des causes contre-productives optimisant les mauvaises valeurs. Car cette pensée souffre de deux problèmes majeurs : elle échoue, premièrement, à établir une évaluation morale correcte de ce qui peut être tenu pour “bon” et recèle, deuxièmement, d’une carence dans la façon de mesurer l’impact d’une action.

Cadre d’évaluation moral

Ayant évacué le fait que la tâche soit le plus important, seul importe combien on gagnera afin de le reverser à des œuvres caritatives. Le fameux Earning to give. Mais à qui donner ? Dans Doing good better, William MacAskill donne un cadre permettant d’évaluer la valeur de nos actions, ce qu’il appelle l’expected value. Nous devons nous demander “Combien de personnes bénéficieront de notre donation et quelle sera la taille de ce bénéfice. Il se lance alors dans des calculs d’épiciers dignes des utilitaristes anglais et se pose des questions comme savoir s’il est préférable d’améliorer la vie d’une personne de 20% sur 60 ans ou celle d’une autre de 30% lui conférant dix ans de vie en plus alors qu’elle est condamnée.

De la même façon, dans What we owe to future, il se demandera ce qu’on doit entendre par l’amélioration de la vie des humains du futur et il en arrivera à la conclusion, après quelques acrobaties, qu’il est préférable d’avoir le plus d’humains possible qui sont un tout petit plus satisfait de leur vie que moins d’humains très satisfaits. C’est ce qu’on nomme la conclusion répugnante, mise en lumière par Derek Parfit. Répugnante car on en arrive à la conclusion que, partant d’une population de 100 habitant extrêmement satisfaits, il est préférable d’aboutir à une population de 100,000 assez peu satisfaits de leur vie. Ils identifient cela comme un paradoxe et ne comprennent pas pourquoi ce dernier existe car ils ne peuvent pas imaginer que les piliers sur lesquels elle repose puissent être faux. Ces piliers, les voici tels que William MacAskill les donne dans son livre.

  • La première prémisse est que, si vous améliorez la situation de tous les membres d’une population donnée tout en ajoutant au monde des personnes ayant un bien-être positif, alors vous avez rendu le monde meilleur. Cette prémisse est connue sous le nom d’addition de dominance.
  • La deuxième prémisse est que, si nous comparons deux populations comptant le même nombre de personnes, et que la deuxième population présente à la fois un bien-être moyen et total supérieur, et que ce bien-être est distribué de manière parfaitement égale, alors cette deuxième population est meilleure que la première. Ce postulat est connu (de manière accrocheuse !) sous le nom de non-anti-égalitarisme. L’idée de base de ce postulat est que l’égalité n’est pas mauvaise en soi. Si certaines personnes nient que l’égalité soit intrinsèquement bonne, à la connaissance de MacAskill, personne ne pense que l’égalité rend le monde pire, toutes choses égales par ailleurs.
  • La troisième prémisse est que, si un monde est meilleur qu’un deuxième monde, qui lui-même est meilleur qu’un troisième, alors le premier monde est meilleur que le troisième. Si A > B et B > C, alors A > C. Cela s’appelle la transitivité.
En partant de n’importe quelle population heureuse A, il est possible en suivant ces prémisses de construire une série de populations B, C, etc. de plus en plus grandes, avec un bien-être de plus en plus faible, chacune étant “meilleure” que la précédente. Nous arrivons finalement à une très grande population Z au bien-être à peine positif, qui serait meilleure que la population initiale A. En d’autres termes, les prémisses de l’addition de dominance et du non-anti-égalitarisme ajoutées à la relation transitivité, impliquent la conclusion répugnante de cette figure.

Le problème, et c’est pourquoi vous aboutissez à ce paradoxe, c’est que votre première prémisse est traitée sous un angle délétère, et que la deuxième est tout simplement fausse. La première prémisse demande d’admettre que la valeur que nous devons chercher à optimiser est le bien-être général. Évidemment je n’ai rien contre le bien-être, il me semble préférable que les gens éprouvent du bien-être plutôt que du mal-être mais je ne suis pas certain que ce soit la valeur que nous devrions mesurer afin de savoir si nous allons dans la bonne direction. Le bien-être doit être une conséquence de la maximisation de la véritable valeur à mesurer. On pourrait temporairement augmenter la satisfaction de la société tout en augmentant l’entropie donc en réduisant sa capacité à augmenter son bien-être futur. Imaginez un adolescent bien né qui décide de vendre tout le patrimoine de sa famille afin de tout dilapider en quelques années. Je ne doute pas que son bien-être augmentera sur le court-terme mais il chutera drastiquement très vite car il aura en réalité continuellement augmenté son entropie.

Comme je l’ai expliqué dans ma lettre ouverte aux hédonistes, cette vision utilitariste, qui n’est rien d’autre que la maximisation de la moyenne de plaisir d’une société, ne peut donner une civilisation pérenne. Ce que l’on doit mesurer n’est pas la satisfaction des individus mais l’entropie – et viser à la réduire. Ce qu’il convient d’optimiser est non pas le plaisir, mais l’intelligence. En augmentant l’intelligence, nous réduirons l’entropie de la société et nous augmenterons donc le bien-être, car il semblerait que le bien-être soit corrélé à notre capacité à dissiper l’énergie et à se projeter dans un futur où on pourra le faire. Il parle de progrès technologique et de danger de la stagnation puis de bien-être et de bonheur mais ne fait pas le lien direct entre les deux. Le bonheur est une dynamique. Les gens se projetant dans un futur où leur puissance diminue seront moins heureux que ceux se projetant dans un futur où elle augmente, indépendamment de leur niveau de puissance actuel.

La deuxième prémisse, et apparemment William MacAskill ne connaissait personne l’ayant affirmé auparavant, est que l’égalité est mauvaise en soi. Cela aussi, je l’ai expliqué dans un article précédent où j’ai mis en avant pourquoi l’inégalité est une chose nécessaire à tout travail mécanique donc à rendre une chose fonctionnelle. Et les sociétés humaines ne font pas exception à cette règle. Tout système nécessite une différentiation, une individuation de ses composantes pour fonctionner. Il faut une différence de température pour qu’un cycle de Carnot fonctionne et fournisse du travail. Il faut une différence de potentiel pour qu’un courant circule. Il faut une différence de hauteur pour qu’une cascade fasse tourner une turbine. De la même façon, pour se maintenir dans le temps, les sociétés humaines ont besoin d’individuation, de différentiation et donc de hiérarchie.

Définir comme but de notre cadre moral la répartition égalitaire de la satisfaction n’est pas viable. S’il doit nécessairement y avoir des riches et des pauvres pour que la société soit fonctionnelle, on ne peut pas s’attendre à ce que tous disposent de la même satisfaction vis-à-vis de leur existence. On peut tout à fait être en bas de l’échelle est être extrêmement satisfait mais je ne crois pas que cela passe par une redistribution via des œuvres caritatives. La seule façon d’être satisfait est de comprendre que l’on est à notre place et qu’on participe à une œuvre collective d’importance capitale. On peut tout à fait être en bas de l’échelle et ne pas se sentir à notre place et ne pas s’en satisfaire. Alors il faudra tenter de s’élever jusqu’à ce qu’on ce que l’on estime être notre place véritable et se satisfaire d’où on échoue si on ne peut plus monter.

Mesurer l’impact d’une action

Le problème majeur de l’ouvrage est donc son incapacité à définir ce qui vaut vraiment d’être optimisé et de facto, la façon de le mesurer. Comme tous les auteurs tournant autour du futurisme et du transhumanisme, il se lance souvent des séries de calculs approximatifs car il part du principe faux que le monde serait probabiliste et qu’on pourrait évaluer correctement la valeur d’une action. William MacAskill n’échappe pas à la règle en s’appuyant sur l’expected value theory.

Lorsque nous réfléchissons aux changements que nous pourrions apporter au monde, nous ne savons pas combien de temps ils dureront, ni quelle sera leur importance ou leur contingence. Nous avons donc besoin d’un moyen de prendre des décisions face à l’incertitude. Le compte rendu le plus largement accepté de la façon de le faire est la théorie de la valeur attendue.

William MacAskill, What we owe to future

Cette théorie repose sur trois choses, la probabilité qu’un événement se produise, l’attribution de valeurs subjectives à des résultats potentiels et finalement attribuer une valeur quantifiable à ces différents résultats afin de décider lesquels sont bons et mauvais et combien ils sont bons ou mauvais. C’est ce qu’on pourrait appeler du bayénianisme et cela marche redoutablement bien au sein d’un système fermé où on peut clairement identifier les différentes options de façon exhaustives. Mais ce n’est pas le cas dans le monde réel. Il mentionnera d’ailleurs comment sa colocataire, Liv Boeree, lui a chaudement recommandé de l’utiliser en tant que joueuse de poker professionnelle. Et oui… car cela marche quand on joue au poker, mais pas dans le monde réel.

Il évoquera néanmoins la question de l’incertitude des valeurs elles-mêmes et je crois qu’il touche ici quelque chose du doigt. il admet ainsi que les valeurs qu’il a définit précédemment ne sont peut-être pas les bonnes et je crois effectivement que ce n’est pas le cas. Si une société est, comme je le pense, une structure dissipative, alors la valeur que nous devons chercher à optimiser est la production d’entropie. Pas la nôtre, l’entropie générale de l’univers. Au contraire, localement, nous devons viser à réduire notre entropie et donc, il nous faut tenter de maximiser l’intelligence. On pourra alors se donner des indicateurs clefs tels que le QI moyen, le PIB, l’énergie utilisée. Ce que nous devons chercher est la maximisation de l’intelligence et la maximisation du PIB part unité d’énergie consommée.

Nous n’avons alors pas besoin d’oeuvres caritatives en premier lieu, les compagnies sont à même d’effectuer ce travail car ce qui compte est la tâche qu’elles effectuent qui va devoir réduire leur propre entropie locale et celle de leur nation, puis du monde. Si ces compagnies produisent de la valeur, l’argent viendra naturellement à elles. Mais alors, est-ce que tout entreprise qui crée du profit est une bonne chose en soi ? Pas forcément, je crois qu’il y une valeur morale supérieure qui est la volonté d’augmenter la néguentropie de son environnement et que cela passe par ne pas tricher avec l’information.

Don’t diss information

Est-ce que vous décideriez de vendre la voiture de votre père sans son accord pour vous enrichir ? Sûrement que non car vous augmenteriez votre puissance aux dépens de celle de votre famille. De la même façon, vous ne devriez pas agir de manière à augmenter la puissance de votre famille aux dépens de votre nation et de votre nation aux dépens du monde.

Ceci est aussi valable pour une entreprise et SBF par son action s’est rendu coupable des deux forfaits. Il a trahi l’information car la monnaie est de l’information, et il l’a fait pour son intérêt personnel et son entreprise aux dépens d’individus de sa nation et du monde entier. Tout cela au nom de l’effective altruism et si le sort lui en avait décidé autrement il aurait pu continuer son petit manège quelques temps encore et même donner beaucoup aux œuvres de charité. Ses clients ne se seraient même pas rendu compte de l’entaille dans le contrat et, d’un point de vue conséquentialiste, il aurait pu défendre cette action. Mais cela ne l’aurait pas rendu plus morale pour autant car, si ses conséquences eussent été globalement positives, il aurait néanmoins trahi l’information avec l’intention de faire reposer le risque, donc l’incertitude, donc l’entropie, sur ses clients afin d’augmenter son extropie personnelle.

Une action morale est celle qui respecte l’information, Celle qui tend à diminuer l’entropie par la résolution de l’incertitude qui sera endosser par les entrepreneurs et celle qui accepte de prendre le risque de l’incertitude qui sera attribuer aux investisseurs. La monnaie est alors un moyen de rétribuer les gens qui ont permis de réduire l’entropie par la résolution d’incertitude. Sam Bankman-Fried, sans demander au préalable le consentement à ses clients d’endosser ce risque et en échouant à résoudre l’incertitude est doublement fautif. Il a versé dans l’innefective altruism mais l’effective altruism ne peut que condamner son résultat, pas sa démarche. Dans le cas d’un résultat positif, il aurait apporté plus de bien-être aux gens lui ayant fait confiance et son action aurait été louée par ces personnes. C’est là l’angle mort du bien-être comme mesure morale d’une action – dans laquelle je ne tombe pas et je crois que ma vision des choses, bien qu’elle ne le cherche pas, amènerait une société plus prospère et plus de bien-être.

L’entropie pouvant être perçue elle-même comme l’incertitude résolue par la construction d’information, et l’argent étant de l’information, il va aller naturellement vers les acteurs produisant de la néguentropie. Ces derniers doivent le faire honnêtement et toute triche doit être sévèrement punie car on ne doit pas tricher avec l’information. L’information est sacrée.

Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme.

Mathieu 15

Je ne suis pas certain que nous ayons besoin d’œuvres caritatives, ou du moins, on ne doit pas en faire des carrières, car leur rôle par nature est de redistribuer de l’information, de l’énergie, de la matière à des individus qui n’ont rien fait pour le mériter en premier lieu. Ainsi, elles sont sources d’entropie. Encore une fois, c’est un sentiment qui reste noble et c’est bien de prendre de son temps libre pour le faire mais ce ne doit pas être un moyen de s’enrichir. L’argent est un moyen, pas une fin. Il est inutile de passer son temps dans un travail qui rapporte beaucoup mais dont la tâche apporte peu au monde pour reverser une somme à des gens qui ne verraient pas l’intérêt d’accomplir une tâche si elle ne s’accompagnait pas d’un gros salaire. Si vous percevez qu’une tâche est importante alors vous vous moquerez du salaire qu’elle vous procure et vous verrez l’argent seulement comme un moyen de l’accomplir.

L’altruisme graduel

Reprenons ce que nous dit David Sloan Wilson qui a consacré un autre livre à l’altruisme du point de vue évolutionnaire intitulé Does altruism exist ?. Premièrement, il établit une distinction cruciale entre l’altruisme au niveau de l’action et l’altruisme au niveau des pensées et des sentiments. Deuxièmement, il met en avant que l’altruisme au niveau des pensées et des sentiments ne vaut la peine d’être désiré que dans la mesure où il conduit à des actions qui rendent le monde meilleur. Troisièmement, il précise que rendre le monde meilleur nécessite une organisation fonctionnelle au niveau du groupe – des personnes qui coordonnent leurs activités de la bonne manière pour atteindre un objectif commun. Quatrièmement, il indique que l’organisation fonctionnelle au niveau du groupe existe évidemment dans les sociétés humaines et non humaines qui forment une sorte de superorganisme.

Imaginez un monde simplifié sur une planète imaginaire avec deux populations, les Gugus et les Gogos. Les Gugus sont une population de 100.000 personnes avec un QI moyen de 150. Les Gogos sont une population de 100 personnes à 50 de QI en moyenne qui parvient difficilement à survivre. Nous avons donc une population totale de 100,100 personnes avec un QI moyen de 149,9.

Mais grâce à l’action caritative d’agents payés pour cela, les Gugus parviennent à leur offrir les conditions minimales qui permettent de multiplier leur nombre par 100, donc d’être à présent 10,000, et d’augmenter leur QI significativement de 20% ce qui leur confère maintenant un QI de 60. De toute évidence, nous avons augmenté leur néguentropie, mais est-ce que nous avons augmenté ou réduit celle du monde ? Les Gugus traversent une période de chute de la natalité et leur population diminue continuellement tant est si bien qu’ils ne sont plus que 90,000 de leur côté. Nous avons alors à présent une population totale de 100,000 personnes avec un QI moyen de 140.

Si cette tendance se prolongeait, ils seraient en train de laisser un futur assez délétère aux générations à venir. Ils créeraient un boom d’une population dont la résilience n’est pas autonome mais repose sur la capacité d’une autre population à les aider alors même que celle-ci diminue dans le même temps. Les œuvres caritatives s’occupant de cette aide pourront tout à fait produire l’information nécessaire pour rapporter leur action, être entièrement honnêtes et mettre en avant l’efficacité de leur aide. Mais les critères de l’efficacité sont mal définis dès le départ donc l’action est viciée. Ainsi, cela ne veut pas dire que le monde va dans le bon sens, car ils échoueront à mesurer l’impact de leur action à l’aune de l’information qui compte vraiment. C’est alors de l’altruisme pathologique. car il est dirigé vers une action qui ne rend pas le monde meilleur. On ne peut pas séparer l’altruisme de l’organisation fonctionnelle. Elle doit en être son but.

L’altruisme véritablement efficace ne peut qu’être graduel en partant de soi en premier lieu, puis sa famille, puis sa nation, puis son continent et enfin le monde. La charité est bonne, c’est normal d’avoir de l’empathie envers les gens moins bien lotis. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même et, si certaines paroles de Jésus se rapprochent plus de l’altruisme pathologique, le christianisme l’avait quand même bien énoncé avant moi et je ne dis rien de révolutionnaire. D’ailleurs, plus je pense plus je tombe sur des idées déjà proposées par le christianisme.

On ne doit pas se livrer à des actions qui augmentent l’entropie de ces niveaux supérieurs mais on ne doit pas non plus chercher à réduire notre propre entropie via la réduction d’entités étrangères qui ont pour conséquence d’augmenter l’entropie de notre famille, de notre nation, de notre continent et du monde. Cela n’a rien de moral. Donner des sommes colossales aux ONG qui organisent l’arrivée de migrants, en étant guidé par des sentiments nobles j’en convient, sur notre territoire n’a rien de moral. C’est un altruisme pathologique.

MacAskill donnera finalement trois façons de participer à un meilleur monde au-delà de la donation à des charités ; l’activisme politique, le partage de bonnes idées et faire des enfants. Ça tombe bien, je fais les trois et vous aurez remarqué que je vous y ai aussi encouragé dans le passé. Je crois qu’il y a du bon dans ce monde et qu’il faut se battre pour cela mais je crois qu’il y a beaucoup de personnes guidées par les meilleurs sentiments qui causent plus de mal et beaucoup d’hypocrites. On échoue alors souvent à reconnaître les bons. C’est pourquoi j’écris de façon anonyme pendant que d’autres affichent leur soi-disant vertu au grand jour.

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