Berserk et Nietzsche

Attention, cet article n’évite pas le spoil. De plus, il est préférable d’avoir lu au moins les 14 premiers tomes de Berserk (l’âge d’or) pour comprendre sa teneur.

Introduction

Photo de Friedrich Nietzsche (1844 – 1900)

Berserk est mon manga préféré, en cela je ne suis pas très original. En effet, cette œuvre a connu une renommée certaine et un énorme succès critique depuis maintenant 10 ans. À tel point que placer Berzerk à la tête de ses mangas préférés est devenu d’une confondante banalité. Cette réussite n’avait pourtant rien d’évident et fut d’ailleurs plutôt tardive, le manga ayant commencé en 1989 (il est plus vieux que moi !) et étant toujours en activité malgré la mort récente de son auteur. C’est une épopée dense, avec une grande profondeur, mais aussi d’une indicible et indissociable violence aussi bien sur le plan graphique que psychologique (je pense bien évidemment à la torture de Griffith, à l’éclipse, au Sabbat…). Nous avons déjà consacré un article à son sujet il y a quelques années, aussi je m’attarderai aujourd’hui sur les liens que celui-ci entretient avec l’œuvre du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

Photo de Kentaro Miura (1966 – 2021)

Berserk, c’est avant tout le travail d’une vie, celle de Kentaro Miura. Il n’y a, à ma connaissance, nulle preuve que le mangaka ait lu Nietzsche où qu’il fut familier de son œuvre philosophique. Mais il est indéniable que les thèmes qu’il aborde dans Berserk sont aussi ceux explorés par le philosophe au marteau : la teneur de la nature humaine, la force de la volonté, le rapport des hommes à la religion où à Dieu… Ces éléments s’imbriquent et se mélangent jusqu’à former ce que l’on peut qualifier d’authentique manga nietzschéen, comme je m’apprête à vous le démontrer.

L’univers complexe de Berserk

La Bande du Faucon

Il est certainement difficile de trouver le bon point de départ afin d’analyser une œuvre aussi dense, j’ai donc décidé de démarrer par son univers pour aborder ensuite les personnages. Berserk se déroule dans une sorte d’Europe médiévale fictive, où l’équivalent d’une guerre de cent ans plonge ce monde dans une spirale de violence absurde et sans fin. Nous y suivons les aventures de Guts, jeune guerrier orphelin contraint à rejoindre une bande de mercenaires, la « troupe du faucon ». Cette dernière est dirigée par le mystérieux et charismatique Griffith, secondé par la belle, mais farouche Casca. À mesure que l’intrigue progresse, l’ambiance va basculer drastiquement d’un récit de guerre médiéval à un univers mystique encore plus sombre ou les enjeux vont dépasser les simples destinées humaines.

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Ces questionnements religieux et philosophiques se retrouvent chez Nietzsche, dont l’un des thèmes centraux de sa pensée est notamment le nihilisme, et à fortiori sa présence au sein du Christianisme. En effet, il estime que les chrétiens ont un ordre de valeurs inversées en adoptant des idéologies irrationnelles qui traitent d’un arrière-monde (l’au-delà, le paradis, l’enfer…) qui, in fine, a plus d’importance que notre monde matériel terrestre. Il y constate une dépréciation de la chose la plus importante que nous ayons ici-bas, c’est-à-dire, nos vies.

Friedrich Nietzsche – L’Antichrist

Dans le christianisme, ni la morale, ni la religion ne sont en contact avec la réalité. Rien que des causes imaginaires (« Dieu », « l’âme », « moi », « esprit », « libre arbitre » – ou même l’arbitre qui n ‘est « pas libre ») ; rien que des effets imaginaires (« le péché », « le salut », « la grâce », « l’expiation », « le pardon des péchés »). Une relation entre des êtres imaginaires (« Dieu », « esprits », « âmes ») ; une imaginaire science naturelle (anthropocentrique ; une absence totale de la notion de cause naturelle) ; une psychologie imaginaire (une complète incompréhension de soi-même, des interprétations de sentiments généraux agréables ou désagréables, tels que les états du grand sympathique , à l’aide du langage figuré des idiosyncrasies religieuses et morales -« le repentir », « la voix de la conscience », « la tentation du diable », « la présence de Dieu ») ; une téléologie imaginaire (« le royaume de Dieu », « le Jugement dernier », « la vie éternelle »). -Ce pur monde de fiction se distingue très à son désavantage du monde des rêves, puisque celui-ci reflète la réalité, tandis que l’autre ne fait que la fausser, la déprécier et la nier. Après que le concept « nature » fut inventé, en tant qu’opposition au concept « Dieu », « naturel » devint l’équivalent de « méprisable »- tout ce monde de fictions a sa racine dans la haine contre le naturel (-la réalité !-), elle est l’expression du profond déplaisir que cause la réalité… Mais ceci explique tout. Qui donc est seul à avoir des raisons pour sortir de la réalité par un mensonge ? Celui qu’elle fait souffrir. Mais souffrir de la réalité, dans ce cas-là, signifie être soi-même une réalité manquée… La prépondérance des sentiments de peine sur les sentiments de plaisir est la cause de cette religion, de cette morale fictives : un tel excès donne la formule pour la décadence…

Friedrich Nietzsche – L’Antichrist

La religion principale dans Berserk est une caricature de l’Église Catholique, reproduisant ses attributs médiévaux (Pape, Inquisition, Saint-Siège, iconographie…) et les faiblesses et limites décrites par Nietzsche dans l’extrait précédent. Il existe par ailleurs dans le monde complexe de Berserk plusieurs plans de dimensions qui coexistent, que les pratiquants d’anciennes religions assimilaient à de la magie. Les croyants de l’église sont absolument incapables de voir les manifestations de ces autres dimensions (comme par exemple des êtres elfiques) car leur vision du monde est totalement voilée par les dogmes de l’église, seuls ceux qui en sont détachés peuvent réellement accéder à une compréhension rationnelle du monde et de ses mécanismes complexes.

Schéma expliquant les trois différentes couches de réalités du monde de Berserk et leurs états de superpositions. Monde physique, astral et idéal.
l’Inquisiteur Mozgus

Nietzsche dénonce également le désir de domination et de violence occulté derrière la morale du christianisme. Il en va de même pour la morale de l’église dans Berserk. Tous ces dogmes et ces croyances ne sont selon le philosophe que des outils pour contrôler de manière détournée les individus. Les instincts violents et agressifs de l’homme sont masqués derrière une façade de bonté et de compassion. Cette dérive est incarnée par le personnage de Farnèse, la représentante des Chevaliers de la Sainte Chaîne d’Argent ainsi que par l’Inquisiteur Mozgus. Farnèse use du pouvoir octroyé par son statut ecclésiastique pour canaliser ses pulsions violentes et sexuelles dont elle a profondément peur, tandis que Mozgus utilise la religion comme outil pour asservir et torturer les masses. Griffith comprend aussi ces mécanismes et va, suite à son retour dans le monde physique, les faire siens en embrassant la figure du messie ainsi que toute l’iconographie associée pour accroître son pouvoir absolu sur les hommes. Il prendra d’ailleurs à cette fin le contrôle de l’institution religieuse.

Un autre enjeu majeur de la confrontation entre religion et philosophie que l’on peut prêter au philosophe allemand est le dieu de ce monde. Miura l’introduit dans le chapitre 83, un chapitre par la suite retiré, car selon l’auteur, ce dernier en dévoilait trop sur l’univers de Berserk. Cependant, il peut être considéré comme canon, il ne fut, en effet jamais contredit dans la suite de l’œuvre. Bien au contraire, il est possible d’y retrouver des références éparpillées en de nombreuses occasions. Ce Dieu caché au plus profond de la dimension la plus éloignée du monde physique (le monde idéal) se présente à Griffith lors d’une rencontre directe comme Idea, « l’idée du mal », ou « le dieu désiré ». Il s’agit d’un cœur géant ancré au milieu d’un immense tourbillon de sentiments (voir de ressentiments ?). Il est le véritable maître de la causalité et donc de la destinée des hommes.

Idea le “Dieu désiré” du monde de Berserk face à Griffith

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Le lien entre cet être et la pensée Nietzschéenne devient encore plus évident lorsqu’il explique être « un océan de sentiments… Tous les humains ont au plus profond de leurs âmes une conscience commune qui dépasse l’individu. Leurs consciences collectives en tant qu’espèce, leurs côtés obscurs est cet océan qui gonfle et je suis née de cela… Comme l’ego de ce monde ; je suis ce monde, les ténèbres qui habitent dans chaque cœur humain ; l’idée du mal, voilà ce qu’est Dieu » . Il explique par la suite que « Les humains désiraient une cause. Une cause pour la douleur, la tristesse, la vie, la mort… Pourquoi leur vie est-elle remplie de souffrance ? Pourquoi leur mort était-elle si absurde ? Ils voulaient des raisons pour cette destinée qui dépassait leur savoir ; J’ai créé ces causes, car j’ai été créé pour ça… Je contrôle la destinée. Obéissant à l’essence de l’humanité, je tisse la destinée de tous les humains ».

Tout cela rejoint l’idée que l’Homme est son propre « créateur de Dieu ». L’être humain, dans sa souffrance, forge le concept de Dieu et invente la religion pour se consoler et se donner un but existentiel. Cette idée se retrouve maintes fois dans les réflexions de Nietzsche :

« Quand on ne trouve plus la grandeur de Dieu, on ne la trouve plus nulle part, il faut la nier ou la créer ».

« “Dieu” est une hypothèse beaucoup trop extrême ».

« Dieu est une réponse grossière ».

« Dieu est une pensée qui rend courbe ce qui est droit, fait tourner ce qui est immobile ».

« L’homme est-il une erreur de Dieu, ou Dieu une erreur de l’homme ? »

De son vivant Kentaro Miura dira lui aussi dans un entretien datant de 1996: « Dieu et le Diable sont des créatures nées des pensées humaines. Ce discours est semblable au paradoxe de l’œuf et de la poule : lequel des deux est né en premier ? L’existence de Dieu et du Diable est un reflet de l’existence humaine ».

Dans le monde de Berserk, aux dimensions superposées, cette idée de Dieu créé ou désiré prend un sens littéral avec le personnage d’Idea. Pour le plus grand malheur des personnages du manga, tout comme le concept de Dieu pour les hommes est porteur de malheur pour Nietzsche.

La condition de l’homme

Berserk est aussi une réflexion sur la nature humaine et le mal que nous aurions tous enfouis au fond de nos cœurs. Présent même au sein de l’église, institution qui se donne hypocritement pour rôle d’en délivrer les hommes, nous le trouvons aussi dans la folie meurtrière de ceux pris dans cette guerre de cent ans, dans les choix égoïstes de Griffith, dans son invraisemblable cruauté vis à vis de ses proches, sa soif de conquêtes qui écrase les autres. Guts fut d’ailleurs le seul à lui résister, lui donnant ainsi la possibilité de déployer sa force de manière ultime en devenant un God Hand, un apôtre divin d’Idéa.

Duel entre Griffith et Guts

Selon les résistances que recherche une force en vue de s’en rendre maître, il faut que la mesure des échecs et des fatalités ainsi provoqués grandisse: et, en tant que toute force ne peut se manifester que sur ce qui lui résiste, il y a nécessairement, dans toute action, un ingrédient de déplaisir. Mais ce déplaisir agit comme une excitation à la vie et fortifie la volonté de puissance !

Nietzsche – La Volonté de puissance

Le philosophe allemand estimait que l’homme recherche la domination sur les autres, ainsi que la cruauté, car c’est ainsi qu’il est forgé. Il pense que la volonté de puissance est la force fondamentale qui anime toutes les créatures vivantes, y compris les humains. Cette volonté est le désir d’accroître sa propre force et sa propre capacité à agir sur le monde. Elle peut prendre des formes positives, comme l’art ou encore la recherche de la sagesse, mais bien souvent elle va prendre des formes plus négatives, notamment la cruauté et l’asservissement des autres. C’est pourquoi l’humanité a développé des institutions et des idéologies, comme la religion et la morale, pour réprimer et réorienter la volonté de puissance, mais ces tentatives n’enrayent pas pour autant la cruauté, bien au contraire, elles la frustrent, la rendent plus souterraine, et plus intense.

Guts et la bête qui sommeille en lui.

Au milieu de ce monde dévasté et face à l’horreur de sa vie qui n’est qu’une interminable lutte, Guts le guerrier devra non seulement affronter des démons, mais aussi combattre ce mal présent en lui. Cette part de ténèbres prendra la forme d’un chien monstrueux menaçant de le dévorer, lui et ceux qu’il aime. Cette ombre cauchemardesque est la manifestation des ressentiments et des pulsions négatives qu’il a accumulés à force de batailler contre des êtres abjects. L’on peut y voir l’écho d’une célèbre citation de Nietzsche : 

« Celui qui lutte contre les monstres doit veiller à ne pas le devenir lui-même. Et quand ton regard pénètre longtemps au fond d’un abîme, l’abîme, lui aussi, pénètre en toi. »

Schierke face aux ténèbres.

Citation qui renvoie directement à un avertissement adressé au personnage de Schierke : « N’oublie pas… quand tu regardes dans les ténèbres… les ténèbres regardent en toi ».

D’une manière générale, Nietzsche estimait que le ressentiment était une des émotions les plus nocives de l’homme. Le combat que Guts mène contre celui-ci en son for intérieur ou contre les God Hands, avatars perverts d’Idea, Dieu composé et créé par le ressentiment des hommes, fait de lui un homme d’autant plus noble.

Duel de surhommes (Griffith Vs Guts)

Opposition entre Guts et Griffith

Ce qui ne me tue pas me rend plus fort.

Friedrich Nietzsche – Le Crépuscule des idoles

C’est certainement la citation la plus connue du philosophe, utilisée par ailleurs à tort et à travers de nos jours. Mais je pense qu’elle est en revanche plus que pertinente pour décrire les chemins empruntés par les personnages principaux de Berserk. Griffith devient l’être le plus puissant de l’univers à la suite d’une année de torture au fond d’un cachot ténébreux où il fut écorché, mutilé, émasculé de la plus obscène des façons, tandis que Guts, à force de multiplier les combats extrêmement difficiles et les plus dangereux se transforme en guerrier d’une puissance quasiment inhumaine. Chacun trouve ainsi sa voie vers le Surhumain.

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Quand Griffith demande ce qu’Idea attend de lui, celui-ci lui répond « être ce que tu seras » ce qui rappelle évidemment une autre des plus célèbres citations de Nietzsche « Deviens ce que tu es », issue d’Ainsi Parlait Zarathoustra. Par-delà le bien et le mal, Griffith fait ce qu’il doit faire pour devenir ce qu’il est, pour devenir le conquérant, le surhomme, le quasi-Dieu. Il ne recule pas devant les actes les plus horribles que nécessite l’accomplissement de sa personne. Il mène bon nombre de ses hommes à la mort pour son rêve, s’offre en tant qu’objet sexuel à l’immonde Gennon, et finit par sacrifier toute la troupe du faucon dans un pacte Faustien ultime afin de devenir un God Hand. Bien qu’il s’interroge de nombreuses fois sur son rêve, son ambition, sa volonté de conquête, presque rien ne le fera dévier de sa route. Il est au-delà de la morale humaine, il n’est pas un homme bon et moral, il est l’auto-transcendance, l’auto-dépassement. En ce sens, il est l’incarnation du surhomme nietzschéen.

La fureur de Guts


Guts est le seul être qui le fera douter de par l’amitié, l’attachement (ou peut-être même l’amour) qu’il lui porte… En effet, Griffith se rend compte qu’il est capable de mettre en danger sa vie pour lui et qu’il n’est pas forcément prêt à le perdre. Guts est le seul homme à lui faire face. Si, lié par un serment, il va dans un premier temps suivre Griffith fidèlement, il va en parallèle de leur succès sur le champ de bataille développer sa propre volonté, sa propre ambition qui n’est autre que de devenir l’égal de Griffith, ayant un rêve tout personnel et ne se contentant plus d’exister en tant que simple composante de l’ambition de ce dernier. Guts souhaite défendre et promouvoir ce qu’il est lui. A partir de cet instant, les deux anciens amis vont s’affronter et devenir des antagonistes totaux, se développant en opposition l’un à l’autre. Contrairement à Griffith, calme et intellectuel, Guts va s’appuyer sur son physique herculéen et son instinct de survivant pour atteindre son statut de surhomme. Il cherche à composer avec les cartes que la vie lui a données, il accepte sa terrible existence et le monde tel qu’il est. Il ne fantasme pas d’absolu ni d’utopie, mais avance avec son épée et sa soif de vaincre. Contrairement à Griffith qui n’a plus rien de physique à protéger, car il a déjà sacrifié son corps, et ceux qui lui tenaient lieu d’amis voir de famille, Guts se bat pour celle qu’il aime et ses compagnons, des choses simples et matérielles, mais c’est tout ce qui lui importe. Il accorde de l’importance à la vie, il ne s’élève jamais autant que pour aider ceux qu’il aime, tandis que Griffith ne s’élève qu’aux dépens des autres. Il va s’ancrer dans sa nature de guerrier et se transcender en s’acceptant avec son corps et son esprit meurtris, ses pulsions d’une inimaginable violence, et son désir de revanche envers Griffith qui l’a trahi. C’est ce qui lui permettra d’accomplir bon nombre de prouesses surhumaines, d’affronter des entités supérieures et d’en triompher peu importe les blessures à l’extrême limite de ce qu’un homme peut endurer.  C’est en cela qu’il avance vers le surhomme nietzschéen. Guts ne se réfugie pas dans les arrières-mondes, il les refuse. Il se bat contre les God Hands, la causalité, tout ce qui dépasse la compréhension humaine. Sans relâche, il prouve le poids des actions de l’homme contre les idées et la métaphysique qu’il combat littéralement chaque soir en affrontant les démons de Griffith qui viennent inlassablement le hanter. Il est à vrai dire le vrai surhomme nietzschéen ; Griffith étant, au final, un surhomme plus métaphysique.

Conclusion

J’espère à travers cet article avoir démontré à quel point Berserk pouvait légitimement être qualifié d’œuvre nietzschéenne. Les lois qui régissent sa sombre mythologie sont des métaphores des idées du philosophe (le ressentiment humain créateur de Dieu), les institutions (l’église avec ses défauts) ainsi que les comportements trop humains des personnages en sont l’illustration et le duel de surhommes au centre du récit en est l’incarnation percutante. On peut également sans peine s’amuser à déceler les indices, quasi-citations et autres clins d’yeux, volontaires ou non à la philosophie de Nietzsche éparpillés tout au long de cette épopée noire…

J’ai personnellement mis un certain temps pour le réaliser, mais je suis aujourd’hui convaincu que c’est bien autant ce fond nietzschéen que ses impressionnantes qualités esthétiques qui font le sel de ce manga.

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Retrouvez l’auteur de cet article, Lino Vertigo sur twitter @LinoVertigo et sur la chaîne YouTube Lino Vertigo.

3 comments
  1. Super billet, j’avais eu le même sentiment avec Walter White dans Breaking Bad, sauf que lui embrasse pleinement sa part d’ombre à travers la figure d’Heisenberg et se forge sa propre morale par-delà bien et mal.

    Concernant un autre manga, on pourrait faire aussi rentrer Eren Jäger dans la case du surhomme, dans SNK la phrase “deviens qui tu es” prend un sens assez particulier vers la fin de l’œuvre.

    1. Bonjour, merci pour votre retour ^^.

      Pour Walter White je n’ai plus trop le personnage en tête c’est trop vieux dans ma mémoire.

      Mais pour Eren Jager il y a quelquechose en effet, et la fin laisse entrevoir l’eternel retour en plus !!! Je ne vais pas faire d’article la dessus car je sais que Samourai dansant travail sur ce sujet, qu’il risque d’en faire une vidéo et il ets tellement excellent sur Nietzsche que je préfère lui laisser 🙂

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