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One Piece ou la promotion de la doctrine identitaire japonaise

22 avril 2019

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One Piece ou la promotion de la doctrine identitaire japonaise

Quand la gauche utilise la puissance d’Hollywood pour promouvoir les « minorités, quitte à transformer le profil génétique des héros historiques et mythologiques européens, d’autres puissances culturelles réagissent. Le Japon, pays où se côtoie harmonieusement tradition millénaire et technologies à la pointe du progrès,  exploite le succès de ses produits culturels d’exportation pour promouvoir sa vision de l’ identité, de la société et de la famille.

Avec plus de 450 millions de volumes vendus, dont 100 millions hors Japon, 22 années de parution et 20 d’animation, One Piece est incontestablement le manga n°1 . Ce succès repose sur le génie de l’auteur, Eichiro Oda, mais aussi sur le calibrage parfait du produit. One Piece est une synthèse des codes du genre shonen neketsu (quête initiatique, volonté inébranlable, power-up, entrainement avec des mentors) et d’éléments politiquement correct comme l’amitié, la loyauté et la tolérance.

Les aventures de Monkey D Luffy et de son équipage dans le territoire de l’Impératrice Charlotte Linlin « Big Mom » vont servir de prétexte pour aborder les questions de l’inclusivité, de l’identité et de la famille avec un parti pris impossible dans une production grand public occidentale.

Le paradis multiculturel et multiraciale absolu : L’archipel de toutes les nations

L’Archipel Totto Land, « toutes les nations » en japonais, est constitué d’îles portant des noms d’aliments régressifs : Cacao, Biscuit, Bonbon etc. Big Mom administre son territoire pour en faire une utopie où les humains des multiples races du monde de One Piece sont censés coexister dans le bonheur le plus total grâce à l’abondance de nourriture et de boisson.

Si toutes les îles visitées précédemment étaient structurées par un environnement naturel, ethnique et culturel cohérent (l’orient à Alabasta la désertique, les vikings géants sur Elbaf la scandinave médiévale), Totto Land est un lieu sans identité fondamentale, entièrement construit par les désirs et surtout les délires de Charlotte Linlin.

Sweet City, capitale de Whole Cake. Copyrights: Toei Animation.

Totto Land est à première vue un endroit merveilleux. Les bâtiments sont littéralement faits d’aliments et sont comestibles. Ces constructions sont l’œuvre de Charlotte Perospero, fils de Big Mom. Il a mangé un fruit du démon qui lui donne le pouvoir de transformer n’importe quoi, y comprit un être vivant, en bonbon ou en gâteau. La magie se brise quand Luffy, affamé, jette son dévolu sur un de ces édifices, leur goût est très décevant. Le ton est donné : la réalité est sensiblement différente des apparences.

Puisque rassembler toutes les races humanoïdes ne suffisait pas à assouvir les désirs d’inclusivité de Big Mom, l’archipel de tous les peuples accueille des créatures étranges, les homies.

Des homies. Copyrights: Toei Animation.

Les homies sont des objets, aliments, plantes ou animaux anthropomorphisés par des fragments d’âmes insufflés par Big Mom grâce à son fruit du démon. S’ils sont joyeux et serviables, leur origine est atroce. Les habitants de l’archipel doivent payer une taxe particulièrement infâme : Charlotte Linlin leur retire un mois d’espérance de vie par semestre passé dans son paradis multiculturel et multiracial. En cas de refus l’individu récalcitrant est immédiatement expulsé du territoire, ce qui dans la Grande Line équivaut à une peine de mort.

Totto land c’est le mythe d’Hansel et Gretel revisité à l’échelle d’un pays. L’archipel est la maison de pain d’épice et Linlin la sorcière diabolique avide des chairs humaines. Les enfants pauvres et affamés sont les victimes dans la terrible Grande Line, une des zones les plus dangereuses du monde de One Piece. Une fois pris au piège ils n’ont d’autre choix que de vendre leur âme pour survivre dans une abondance factice.

Charlotte Linlin, matriarche pratiquante zélée du métissage

Charlotte Linlin « Big Mom » Copyrights: Toei Animation.

Pour mesurer l’étendue de la critique du multiculturalisme introduite par Oda dans cet arc, il est nécessaire de s’attarder sur une autre caractéristique de Big Mom : sa pléthorique et diversifiée progéniture. La matriarche de 68 ans a eu 85 enfants de 43 pères différents, tous écartés dès la naissance des enfants. 19 de ses enfants sont des métis: serpentins, longues jambes, longs bras, sirènes, homme poisson, naine, trois yeux, presque toutes les races de One Piece sont représentées.

Mais le conte de fée s’arrête là, Linlin ne ressent aucun amour envers le fruit de ses entrailles. Il sont mariés de force, raillés à cause de leurs faiblesses ou particularités physiques (même quand elle est le produit logique du métissage comme le troisième œil de Pudding) et même sacrifiés au combat. Pour leur génitrice ils ne sont que des pions au service de ses ambitions et son projet utopique. Dès le début de l’arc le ton est donnée. Linlin, en pleine crise alimentaire, va retirer 40 années de vie à un de ses fils qui tentait de la raisonner.

Sans père, avec une mère aveuglée par son désir d’utopie et sujette à de terribles crises alimentaires, les enfants de la famille Charlotte ont généralement des personnalités déséquilibrées, sadiques et violentes. Si tous paraissent fidèles à Linlin, c’est moins par la force des liens familiaux que par peur de son invulnérabilité. Les relations entre ces frères et sœurs sont très loin d’être conformes à ce qu’un évolutionniste inférerait sur la base des liens du sang. Impossible de ne pas voir dans cette famille cauchemardesque une double critique du métissage comme projet politique et du matriarcat.

Les mangas comme soft power de la doctrine japonaise

Dans chaque civilisation, il existe des optimums d’ouverture et de fermeture, entre isolement et communication, qui correspondent aux périodes les plus fécondes de leur histoire. Si les cultures ne communiquent pas elles sont sclérosées, mais il ne faut pas qu’elles communiquent trop vite pour se donner le temps d’assimiler ce qu’elles empruntent au dehors. Aujourd’hui, le Japon me paraît le seul pays à atteindre cet optimum : il absorbe beaucoup de l’extérieur et refuse beaucoup. 

Claude Levis Strauss, Figaro-Magazine du 3 septembre 1988,

Dans One Piece, les japonais exposent leurs doctrines vis à vis de l’autre. Ils sont tolérants et bienveillants, mais ils fixent des limites infranchissables. Ils sont fondamentalement convaincus qu’une société fonctionnelle repose, partout et en tout temps, sur une délicate harmonie entre un environnement naturel, un ethos, une culture, et sur des familles unies, des enfants sains ayant besoin d’un papa et d’une maman.

L’Arc de Totto Land, c’est la réponse du Japon à l’injonction au métissage, aux délires LGBT et à l’immigration de remplacement promus par l’ONU. Les japonais ne vendront pas leurs âmes et ne sacrifieront pas leurs familles, et surtout pas en échange de nourriture frelatée et de gadgets diaboliques. Des dizaines de millions de (très) jeunes occidentaux vont recevoir et mémoriser ce message en douceur, dans un cadre ludique et passionnant. Merci maitre Oda.

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