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Les excuses d’un environnementaliste au sujet de l’alarmisme climatique

31 juillet 2020

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Les excuses d’un environnementaliste au sujet de l’alarmisme climatique

Cet article est une traduction de celui de Michael Shellenberger, que RAGE a précédemment interviewé, On Behalf Of Environmentalists, I Apologize For The Climate Scare, originellement publié sur Quillette.


Au nom des écologistes du monde entier, je tiens à présenter des excuses officielles pour l’éco-anxiété (Ndt : nous avons décidé de traduire « climate scare » par le terme français définissant la peur du changement climatique) que nous avons créée au cours des 30 dernières années. Le changement climatique est en train de se produire. Ça n’est tout simplement pas la fin du monde. Ça n’est même pas notre problème environnemental le plus grave. Dire tout cela pourrait sembler étrange de ma part. Je suis un militant du climat depuis 20 ans et un écologiste depuis 30 ans.

Mais en tant qu’expert en énergie sollicité par le Congrès pour fournir un témoignage d’expert objectif, et invité par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à faire office d’expert pour son prochain rapport d’évaluation, je me sens obligé de m’excuser pour la façon dont nous, environnementalistes, avons gravement induit le public en erreur.

Voici quelques faits que peu de gens savent :

  • L’homme ne provoque pas une « sixième extinction massive ».
  • L’Amazonie n’est pas « le poumon du monde ».
  • Le changement climatique n’aggrave pas les catastrophes naturelles.
  • Les incendies ont diminué de 25 % dans le monde depuis 2003.
  • La superficie des terres que nous utilisons pour la viande — la plus grande utilisation des terres de l’humanité — a diminué d’une superficie presque aussi grande que celle de l’Alaska.
  • L’accumulation de bois de chauffage et l’augmentation du nombre de maisons situées à proximité des forêts, et non le changement climatique, expliquent pourquoi les incendies sont plus nombreux et plus dangereux en Australie et en Californie.
  • Les émissions de carbone sont en baisse dans la plupart des pays riches et ont diminué en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France depuis le milieu des années 1970.
  • Les Pays-Bas sont devenus riches, et non pauvres, en s’adaptant à la vie sous le niveau de la mer.
  • Nous produisons 25 % de nourriture en plus de celle dont nous avons besoin et les excédents alimentaires continueront d’augmenter à mesure que le monde se réchauffera.
  • La perte d’habitat et le massacre direct d’animaux sauvages sont des menaces plus importantes pour les espèces que le changement climatique.
  • Le bois de chauffage est bien pire pour les hommes et la faune que les combustibles fossiles.
  • La prévention de futures pandémies nécessite une agriculture plus et non moins « industrielle ».

Je sais que les faits ci-dessus vont ressembler à du « négationnisme climatique » pour beaucoup de gens. Mais cela ne fait que démontrer la puissance de l’alarmisme climatique.

En réalité, les faits ci-dessus proviennent des meilleures études scientifiques disponibles, y compris celles menées ou acceptées par le GIEC, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et d’autres organismes scientifiques de premier plan.

Certains, en lisant ceci, imagineront que je suis une sorte d’anti-environnementaliste de droite. Ce n’est pas le cas. À 17 ans, j’ai vécu au Nicaragua pour me solidariser avec la révolution socialiste Sandiniste. À 23 ans, j’ai collecté des fonds pour des coopératives des femmes guatémaltèques. Au début de la vingtaine, j’ai vécu dans la semi-Amazonie pour faire des recherches avec des petits agriculteurs qui luttaient contre l’empiétement des terres. À 26 ans, j’ai contribué à dénoncer les mauvaises conditions de travail dans les usines Nike en Asie.

Je suis devenue écologiste à 16 ans lorsque j’ai organisé une collecte de fonds pour le Rainforest Action Network. À 27 ans, j’ai aidé à sauver les derniers séquoias anciens non protégés en Californie. Dans la trentaine, je me suis fait l’avocat des énergies renouvelables et j’ai réussi à convaincre l’administration Obama d’y investir 90 milliards de dollars. Au cours des dernières années, j’ai contribué à éviter le remplacement d’un nombre suffisant de centrales nucléaires par des combustibles fossiles pour éviter une forte augmentation des émissions.

Mais jusqu’à l’année dernière, j’ai surtout évité de m’exprimer contre l’éco-anxiété. C’est en partie parce que j’étais gêné. Après tout, je suis aussi coupable d’alarmisme que n’importe quel autre écologiste. Pendant des années, j’ai qualifié le changement climatique de menace « existentielle » pour la civilisation humaine, et je l’ai appelé une « crise ».

Mais surtout, j’avais peur. Je suis resté silencieux au sujet de la campagne de désinformation sur le climat parce que j’avais peur de perdre des amis et des financements. Les rares fois où j’ai eu le courage de défendre la science du climat contre ceux qui la dénaturaient, j’ai subi de dures conséquences. C’est pourquoi je suis resté le plus souvent sans rien faire, alors que mes collègues environnementalistes terrifiaient le public.

Je suis même resté sans rien faire alors que des personnes à la Maison Blanche et de nombreux médias essayaient de détruire la réputation et la carrière d’un scientifique exceptionnel, un homme bien et un ami à moi, Roger Pielke Jr., un membre du Parti démocrate et environnementaliste progressiste de longue date qui a témoigné en faveur de la réglementation du carbone. Pourquoi ont-ils fait cela ? Parce que ses recherches prouvent que les catastrophes naturelles n’empirent pas.

Mais ensuite, l’année dernière, les choses ont dégénéré.

Alexandria Ocasio-Cortez a déclaré : « Le monde va s’écrouler dans douze ans si nous ne nous attaquons pas au changement climatique. Le groupe environnemental le plus en vue de Grande-Bretagne a affirmé que « le changement climatique tue des enfants ».

Le journaliste vert le plus influent du monde, Bill McKibben, a qualifié le changement climatique de « plus grand défi que les humains n’aient jamais affronté » et a déclaré que celui-ci « anéantirait les civilisations ». Les journalistes traditionnels ont rapporté, à plusieurs reprises, que l’Amazonie était « le poumon de la planète » et que la déforestation était comme une bombe nucléaire en train d’exploser.

En conséquence, la moitié des personnes interrogées dans le monde l’année dernière ont déclaré qu’elles pensaient que le changement climatique allait entraîner l’extinction de l’humanité. Et en janvier, un enfant britannique sur cinq a déclaré aux enquêteurs qu’il faisait des cauchemars à propos du changement climatique. Que vous ayez des enfants ou non, vous devez percevoir à quel point c’est mauvais. J’admets que je peux être sensible parce que j’ai une fille adolescente. Après que nous ayons parlé de la science à ce sujet, elle fut rassurée. Mais ses amis sont profondément mal informés et donc, naturellement, effrayés. J’ai donc décidé que je devais m’exprimer. Je savais qu’écrire quelques articles ne suffirait pas. J’avais besoin d’un livre pour présenter correctement toutes les preuves.

C’est pourquoi mes excuses officielles pour notre campagne de peur ont pris la forme de mon nouveau livre, Apocalypse Never : Why Environmental Alarmism Hurts Us All. Il s’appuie sur deux décennies de recherche et trois décennies d’activisme environnemental. En 400 pages, dont 100 constituées de notes de fin, Apocalypse Never recouvre le changement climatique, la déforestation, les déchets plastiques, l’extinction des espèces, l’industrialisation, la viande, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables.

Voici quelques points marquants du livre :

  • Les usines et l’agriculture moderne sont les clés de la libération humaine et du progrès environnemental.
  • La chose la plus importante pour sauver l’environnement est de produire plus de nourriture, en particulier de la viande, sur moins de terres.
  • La chose la plus importante pour réduire la pollution de l’air et les émissions de carbone est de passer du bois au charbon, puis au pétrole, au gaz naturel et enfin à l’uranium.
  • Pour que l’énergie soit 100 % renouvelable, il faudrait faire passer la part des terres utilisées pour l’énergie de 0,5 % à 50 %.
  • Nous devrions vouloir que les villes, les fermes et les centrales électriques aient des densités de puissance plus élevées, et non plus faibles.
  • Le végétarisme réduit les émissions de moins de 4 %.
  • Greenpeace n’a pas sauvé les baleines, le passage de l’huile de baleine au pétrole et à l’huile de palme l’a fait.
  • Le bœuf « en liberté » nécessiterait 20 fois plus de terres et produirait 300 % d’émissions en plus.
  • Le dogmatisme de Greenpeace a aggravé la fragmentation de la forêt amazonienne.
  • L’approche colonialiste de la conservation des gorilles au Congo a produit un contrecoup qui pourrait avoir entraîné le massacre de 250 éléphants.

Pourquoi avons-nous tous été induits en erreur ?

Dans les trois derniers chapitres d’Apocalypse Never, j’expose les motivations financières, politiques et idéologiques. Les groupes environnementaux ont accepté des centaines de millions de dollars provenant des industries des combustibles fossiles. Des groupes motivés par des croyances anti-humanistes ont forcé la Banque mondiale à cesser d’essayer de mettre fin à la pauvreté et à rendre la pauvreté « durable ». Et l’anxiété liée au statut, ainsi que la dépression et l’hostilité à l’encontre de la civilisation moderne sont à l’origine d’une grande partie de l’alarmisme.

Une fois que l’on se rend compte à quel point nous avons été mal informés, souvent par des personnes aux motivations manifestement douteuses ou malsaines, il est difficile de ne pas se sentir dupé. Apocalypse Never fera-il la différence ? Il y a certainement des raisons d’en douter.

Les médias font des déclarations apocalyptiques sur le changement climatique depuis la fin des années 1980 et ne semblent pas disposés à s’arrêter. L’idéologie qui sous-tend l’alarmisme environnemental — le malthusianisme — a été démystifiée à maintes reprises depuis 200 ans, pourtant elle plus puissante que jamais.

Mais il y a aussi des raisons de croire que l’alarmisme environnemental, s’il ne disparaissait pas, verrait son pouvoir culturel décroître. La pandémie de coronavirus est une véritable crise qui met en perspective la « crise » climatique. Même si vous pensez que nous avons réagi de manière excessive, le Covid-19 a tué près de 500 000 personnes et a fait voler en éclats des économies dans le monde entier.

Des institutions scientifiques, dont l’OMS et le GIEC, ont sapé leur crédibilité par la politisation répétée de la science. Leur existence et leur pertinence futures dépendent d’une nouvelle direction et d’une réforme sérieuse. Les faits comptent toujours, et les réseaux sociaux permettent à un plus grand nombre de voix nouvelles et indépendantes de dépasser les journalistes alarmistes spécialisés dans l’environnement dans les publications traditionnelles.

Les nations reviennent ouvertement à leurs intérêts propres et s’éloignent du malthusianisme et du néolibéralisme, ce qui est bon pour le nucléaire et mauvais pour les énergies renouvelables. Des preuves écrasantes indiquent que notre civilisation à haute énergie est meilleure pour l’homme et la nature que la civilisation à basse énergie vers laquelle les alarmistes climatiques nous ramèneraient.

Les invitations du GIEC et du parlement américain sont le signe d’une ouverture d’esprit croissante à une nouvelle réflexion sur le changement climatique et l’environnement. Une autre a été la réaction des climatologues, des écologistes et des spécialistes de l’environnement à mon livre. « Apocalypse Never est un livre extrêmement important », écrit Richard Rhodes, l’auteur de The Making of the Atomic Bomb, lauréat du Pulitzer. « C’est peut-être le livre le plus important jamais écrit sur l’environnement », dit l’un des pères de la science climatique moderne, Tom Wigley.

« Nous, environnementalistes, condamnons ceux qui ont des vues antithétiques, qui ignorent la science et qui sont susceptibles d’être affectés par des préjugés de confirmation », a écrit l’ancien directeur de The Nature Conservancy, Steve McCormick. « Mais nous sommes trop souvent coupables de la même chose. Shellenberger propose un « amour intransigeant » : un défi aux orthodoxies bien ancrées et aux mentalités rigides et autodestructrices. Apocalypse Never propose des points de vue parfois cinglants, mais toujours bien conçus et fondés sur des preuves, qui aideront à développer le « muscle mental » dont nous avons besoin pour envisager et concevoir un avenir non seulement prometteur, mais aussi réalisable. »

C’est tout ce que j’espérais en l’écrivant. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, j’espère que vous conviendrez qu’il n’est peut-être pas aussi étrange qu’il n’y paraît qu’un écologiste, progressiste et activiste climatique de longue date ait ressenti le besoin de s’élever contre l’alarmisme.

J’espère également que vous accepterez mes excuses.

Michael Shellenberger est un « héros de l’environnement » de Time Magazine et le président d’Environmental Progress, une organisation indépendante de recherche et de politique publique. Il est l’auteur de Apocalypse Never : Why Environmental Alarmism Hurts Us All. Suivez-le sur Twitter @ShellenbergerMD.

Nous sommes tous des marionnettes, Laurie. Je suis simplement une marionnette qui peut voir les ficelles.
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