Liberté et rationalité : sommes-nous dotés du libre arbitre ?

Cela me sauta aux yeux lors d’une émission sur France Culture sur « La liberté en économie » (épisode 4/4) avec François Dubet, Gaspard Koenig et Jean-Fabien Spitz. Un quasi-consensus émergea sur le fait que rien n’était mérité, que nous ne pouvions rien, que le mérite était une fable alors que tout n’était que déterminisme, construction sociale, reproduction sociale. Et sur certains points, ils avaient raisons, sur d’autres ils avaient tort, mais globalement, ils se trompaient.

Tels des Don Quichotte, leur combat, leur véhémence me semblait vaine. Pourquoi ? J’y viendrai. Cette attaque du mérite, du libre arbitre, se confond avec une autre : la critique de la rationalité, à la base de l’Homo œconomicus sur lequel s’est basée la théorie économique néoclassique. Cette rationalité, qui permet conceptuellement le libre arbitre, est fondamentale à toutes sociétés. En effet, l’hypothèse de la rationalité de l’individu permet de le protéger de l’emprise des mysticismes ou de la dictature, qui prétendent combler ses lacunes de perceptions (« Laissez, nous savons ce qui est bon pour vous »). Les « sciences sociales », l’opium des intellectuels version XXIe siècle, se sont attachées à la détruire : tout d’abord par les biais cognitifs au niveau psychosociologique (nos raisonnements sont biaisés, car nos prémisses sont subjectivement décidées par l’histoire de notre culture), et du point de vue de l’objectivité, que je nommerai ici plus largement « l’information » : la rationalité est limitée par notre condition individuelle, fondamentalement en terme d’accès à l’information (pour faire un choix rationnel, fondé, « libre et éclairé »).

Cette destruction méthodologique de la rationalité permet de mettre à bas le concept du libre arbitre. Le libre arbitre est la conséquence tangible de la rationalité. Un individu rationnel ne peut qu’être libre, sauf à être particulièrement limité et à en avoir suffisamment conscience pour choisir la servitude volontaire. L’individu faisant preuve de rationalité va exercer son libre arbitre et donc mériter les fruits de l’exercice de sa rationalité. C’est la méritocratie. Celle-ci rencontre le même ennemi que la rationalité, mais sous l’angle sociologique du déterminisme, qui formule l’hypothèse d’une causalité entre le milieu et les choix individuels. Tout serait joué d’avance, ce qui est très pratique.

J’y opposerai la volition, qui est l’acte de volonté, indépendant de tout déterminisme, qui est le fait de choisir, de dire « non ». C’est la décision de penser ou de ne pas penser. Cependant, je l’ai déjà dit : les limites de la raison, du libre arbitre, sont souvent réelles, et il est légitime de se poser des questions, de critiquer ces concepts.

Cependant, comme pour toute pensée, toute recherche conceptuelle, il faut toujours se poser la question fondamentale : Pourquoi ? Quelles implications ? Et je vous le donne en mille : quelles que soient les limites de la raison, celles du libre arbitre, il n’existe aucune alternative. Ceux qui les remettent en cause sont soit des personnes aimant simplement approfondir les concepts (la connaissance pour la connaissance), soit de personnes très mal intentionnées : critiquer la capacité de l’individu à faire ses choix a souvent pour but de le convaincre de confier ces choix à quelqu’un. À quelque chose. C’est une manière de le déposséder de son destin.

Pourtant, rien ni personne ne peut le remplacer : aucune centralisation ou délégation du choix ne pourra éviter les écueils que rencontre l’individu lui-même. Une institution est dirigée par des individus, mue par des déterminismes, des biais cognitifs. Une institution centralisée ne pourra pas non plus réunir suffisamment d’informations pour prendre une décision éclairée et bénéfique pour tous. Ce propos préliminaire achevé, commençons.

La rationalité est faire preuve de raison, c’est-à-dire la capacité à faire des choix en se basant sur ses perceptions, sa mémoire, son intelligence, en faisant abstraction des émotions, pulsions et préjugés. Elle sert donc d’abord à créer des principes, dictés par la réalité, et à mettre en œuvre ces principes dans un but précis et utile. Ce but répond aux besoins des individus. L’individu doit donc faire preuve de rationalité pour définir ses besoins, puis pour élaborer ses stratégies afin de les satisfaire. Deux problèmes se posent déjà : sommes-nous capables de définir nos besoins ? Sommes-nous capables de définir et mettre en œuvre les stratégies nécessaires ? L’Homo œconomicus est capable d’optimiser l’utilisation de ses ressources (maximisation de l’utilité), d’analyser et d’anticiper au mieux le futur afin de prendre ses décisions.

Commençons par justement l’utilité de cette fiction : il permet d’une part de faciliter la production des théories économiques, et d’autre part de justifier la liberté de l’individu, légitimer ses choix, et éviter de confier à un grand planificateur (primitivement le chef, modernement l’État) la décision de ce que veulent les individus. Car le maître mot de cette fiction est la liberté : si dépenser 100€ dans des jeux-vidéo maximise le bonheur que je retire de ces 100€, personne n’aura rien à me dire, et si ma femme dépense la même somme dans du maquillage, grand bien lui fasse. J’ai connu des personnes qui, après leur journée de travail, allaient faire des extras en tant que serveur afin d’avoir de l’argent en plus pour payer leurs voyages, quand moi je préférais rentrer chez moi retrouver ma compagne. Nos stratégies pour atteindre un bonheur optimal étaient différentes, sans être hiérarchisables. Maintenant, quelles sont les limités du modèle ?

D’une part, on vous dira que la maximisation de l’utilité nécessite beaucoup d’information (comme mon grand-père maternel, refusant les abords d’un lac pour un franc symbolique car il n’avait « pas que ça à faire, s’occuper de friches » quand on sait que désormais ces parcelles valent des millions…) et qu’un toxicomane tournera le principe d’utilité en principe de destruction.

D’autre part, on vous dira que l’anticipation nécessite également beaucoup d’informations, d’autant plus que la répartition de l’information est asymétrique : c’est particulièrement le cas dans les bulles boursières (internet, crise de 2008), dans le principe de la spéculation. Nous y reviendrons.

La critique précédente de la rationalité nous vient de l’économie. Mais l’attaque la plus sournoise vient des sciences sociales depuis quelques années, et se nomme les « biais cognitifs ». Encore une fois, c’est une critique tout à fait valable : un biais cognitif est une déformation de l’information par la pensée logique et rationnelle d’un individu. C’est en résumé lorsque l’environnement culturel donne une certaine lecture de l’environnement naturel. L’exemple le plus simple est que quand un anglais débarque en Australie et voit que les aborigènes sont bloqués dans le néolithique, il les classe comme inférieurs aux blancs, qui eux sont capables de faire le tour du monde.

Cette classification vient de la vision occidentale du progrès, du temps linéaire, alors que l’aborigène pense en cycle et voit la reproduction perpétuelle de ses structures sociales comme une réussite. Les biais cognitifs sont utiles car ils permettent de se comprendre et de comprendre les autres, d’éviter d’être manipulé et de manipuler. Un peu comme Tintin utilisant l’éclipse contre le culte du Temple du soleil. Cependant, il permet aussi la conceptualisation du « racisme systémique », où le blanc est raciste sans le vouloir ni même le savoir, simplement parce que la « société » le serait. Étant un produit de la société, il l’est aussi.

Et on retourne la situation de l’Anglais et de l’aborigène : si je trouve qu’égorger des moutons dans sa baignoire puis en jeter les restes dans les vide-ordures est barbare, c’est un biais cognitif. C’est ma culture qui me fait dire cela, et comme toutes les cultures se valent… Sauf que certaines cultures intègrent les biais cognitifs. En fait, l’invention-même du concept de biais cognitif est le résultat d’un biais cognitif : celui du doute. D’une culture de l’autocritique. Face à une culture de la certitude — et je ne placerais pas que l’islam en face, je parlerai aussi du socialisme, de l’écologisme (idéologies porteuses d’un bien intrinsèque et objectif) — la culture du doute peut sombrer. Le doute n’est bon que s’il est sûr de lui-même, de ses prémisses. Il faut douter scientifiquement, pas moralement.

La variable latente des concepts de rationalité et de biais cognitif est en fait l’assiette sur laquelle se reposent les décisions, il s’agit de l’information. L’information est le nerf de toute guerre, le moteur de l’évolution, du progrès, de la vie humaine. Hayek dans L’utilisation de la connaissance dans la société en 1945, explique assez bien le problème : « Le caractère particulier du problème de l’ordre économique rationnel est précisément déterminé par le fait que la connaissance de l’environnement dont nous pourrions avoir besoin n’existe jamais sous une forme concentrée ou agrégée, mais uniquement sous la forme d’éléments dispersés d’une connaissance incomplète et fréquemment contradictoire que tous les individus séparés possèdent en partie. » La rationalité ne s’exerce donc jamais que sur la base d’une appréhension parcellaire de la réalité, réalité elle-même déformée par les biais cognitifs. On ne pourra jamais connaître suffisamment notre environnement ni nos propres biais cognitifs pour avoir un raisonnement pur et parfait. Il devient difficile de défendre donc le fait que les individus fassent des choix libres et éclairés non ? Et bien pas forcément.

Friedrich August von Hayek, prix Nobel d’économie.

Que les individus ne soient pas Nostradamus n’a jamais été un problème, que leurs choix ne soient pas justifiés dans l’absolu n’est pas un problème puisqu’ils répondent à un optimum d’utilité que l’individu a fixé subjectivement (donc nul besoin d’absolu). Mais une nouvelle question se pose : ces besoins que nous voulons assouvir, ces stratégies que nous mettons en place… En sommes-nous réellement capables ?

C’est ici qu’entre en jeu le libre arbitre. Je sais ce que je veux, mais sais-je pourquoi je le veux ? Le libre arbitre est la faculté supposée des êtres humains à se déterminer librement par eux même. Leur capacité à penser, à agir. Il permet de légitimer l’ordre social, de rendre les inégalités plus supportables par l’hypothèse de la méritocratie : “ce que vous êtes, ce que vous avez, vous l’avez mérité” (que ce soit en bien ou en mal). Les riches sont riches car ils ont pris des risques, travaillé plus dur, etc. Alors que les pauvres sont pauvres car ils ont fait les mauvais choix, été fainéants, etc. Libre arbitre et méritocratie sont fondamentaux car ils permettent une société apaisée mais permettent aussi intellectuellement l’élévation. Et c’est de toute façon vrai : le mérite paie. Pas toujours, mais il paie.

Un seul exemple permet de valider la méritocratie, là où un seul exemple de victoire du mérite invalide le déterminisme. Et les tenants du déterminisme l’avoueront : « Il faut plus de mérite à un [insérez le damné de votre choix] pour avoir autant que [insérez un « privilégié » de votre choix] ». Le fait que ce soit plus dur pour certains que pour d’autres n’invalide pas le libre arbitre ou le mérite. Le fait qu’on puisse se libérer de ses déterminismes les relativise bien plus. Partir du principe que nous pouvons nous élever nous permet de le faire, là où l’hypothèse inverse empêche de le faire : si je ne peux rien à ma destinée, si mes efforts seront vains, pourquoi en faire ?

Car le déterminisme se base sur le principe de causalité : si tels éléments sont réunis, ils donneront tels effets. En sociologie cela énonce la primauté de la société sur les individus, que les comportements des individus ne sont pas choisis mais sont contraints par la collectivité. Il est vrai que de nombreuses contraintes s’exercent sur l’individu, qu’elles soient sociales (je suis un homme aux cheveux longs, rien en l’interdit mais professionnellement certains grincent des dents) ou juridique (je n’ai pas le droit d’aller à 250km/h en France).

À cela s’ajoute les déterminismes familiaux, les « capitaux » de Bourdieu (économique, culturel, social ou symbolique). Dans ce cas, comment croire une seconde au mérite ? Au libre arbitre ? Comment un fils de paysan pourrait-il devenir sociologue ?? Posons la question à Bourdieu ! Il est l’exemple-même que malgré tous les déterminismes qu’il a pu subir, il a réussi. Il est la preuve que la méritocratie est imparfaite (il y en a qui sont plus égaux que d’autres) mais qu’elle marche. Il est vrai que le concept de méritocratie arrange les dominants, qu’il les légitime. Mais il permet aux laborieux d’espérer et de réussir. Le déterminisme arrange les défaitistes, les tire-au-flanc. Il n’est donc ni parfait, ni utile. Comment alors accepter les déterminismes sans abandonner le libre arbitre, sans abaisser le mérite ? C’est intellectuellement possible, et je pense qu’il est possible d’éluder ce combat par le principe de volition.

La volition est l’acte de volonté. Il est l’aboutissement du processus par lequel un être use de sa volonté. Il est l’essence du libre arbitre et le caillou dans la chaussure du déterminisme. Si même un Nord-Coréen est capable de comprendre que son régime est criminel et de tenter de s’enfuir, alors tout est possible. La volition est peut-être ce qui différencie l’humain de l’animal (et encore, des expériences ont prouvé que deux chiens sont capables de comprendre l’injustice dans le cadre des récompenses), ce qui a permis l’évolution :  la volition est ce qui permet de s’élever contre l’injustice, contre la tradition, contre l’immobilisme. S’il y a bien une constance dans l’histoire, c’est que les régimes autoritaires, même les plus totalitaires, se sont effondrés.

Certes, cette volition est limitée par des obstacles, plus matériels que moraux ; un aborigène qui regarde la lune peut avoir envie d’y aller, mais il n’aura jamais accès à assez d’information pour y parvenir. Il faudrait qu’il ait le temps de venir dans un pays évolué, en apprenne la langue, la culture, qu’il suive une formation d’astronaute. C’est possible, mais peu probable.

Cependant, l’impulsion peut être là. Le choix de penser est toujours là. Avoir conscience des biais cognitifs, des déterminismes, permet de choisir de les suivre ou de s’y opposer. Il permet de tempérer rationnellement son libre arbitre en se demandant « pourquoi ? ». Et pourquoi suis-je en train d’écrire tout cela ? «  Où veut-il nous emmener ? » vous demandez-vous ? Puisque nous sommes imparfaitement rationnels et moyennement libres d’agir, à condition d’avoir conscience du poids des déterminismes et des biais cognitifs, grâce à notre capacité de volition, quelles conséquences en tirer ?

Aucunes ! C’est bien simple, je vous ai dit que combattre la rationalité et la notion de mérite est vain. Penser que la liberté est contingente de trop de paramètres pour être réelle est un pur jeu intellectuel sans grande conséquences. Nous ne pouvons pas penser autrement qu’en postulant la rationalité et le libre arbitre des individus. Déjà, parce que tout montre que les individus sont en dernier ressort plutôt rationnels et qu’ils utilisent leur capacité de volition pour tendre vers plus de liberté.

L’histoire a montré que les régimes coercitifs ont cédé à mesure que le progrès a étendu la liberté réelle (pour reprendre la formule de l’égalité réelle), c’est-à-dire qu’il a été plus simple de trouver de quoi se nourrir, se vêtir, se loger. Les Hommes n’ont accepté des régimes coercitifs (communisme, fascisme, théocratie) que dans l’hypothèse que cela leur permettrait d’atteindre un certain nombre d’objectifs premiers, souvent les conditions à la vie normale précitées (logement, biens de premières nécessitées). Dès que ces objectifs furent atteints ou non, les individus se libèrent, malgré tout ce que le régime totalitaire aura pu mettre en place. Ce n’est pas pour rien que c’est le régime qui empêchait les individus de le fuir qui s’est effondré. Et remettre en cause la rationalité et la liberté de l’individu est souvent fait dans le but de lui retirer sa liberté au motif d’une irresponsabilité supposée. C’est ce qui est en train de se passer actuellement.

Car quand bien même une autorité centrale voudrait gérer nos vies, voudrait manipuler les individus, elle ne pourrait jamais atteindre, ni au niveau individuel ni au niveau collectif, l’optimum d’utilité permis par le postulat de l’Homo œconomicus. Je reprendrais les paroles d’Hayek en 1985, remplaçant « socialisme » par « social-démocratie », puisque le socialisme est mort, mais que nos sociétés capitalistes l’ont tué en en intégrant le pire (la volonté de parvenir au bien commun) : « [La social-démocratie] présume que toute la connaissance disponible peut être utilisée par une unique autorité centrale. [Elle] néglige que la société moderne que je préfère désormais appeler ordre prolongé”[extended order] et qui excède la perception de n’importe quel esprit individuel, est basée sur l’utilisation de connaissances largement dispersées. Et lorsque vous devenez conscient que nous pouvons réaliser une grande utilisation des ressources disponibles uniquement parce que nous utilisons les connaissances de millions d’hommes, il devient évident que la présomption de la [social-démocratie], qu’une autorité centrale peut commander toute cette connaissance, est tout simplement incorrecte. »

Car l’État ou une quelconque autorité au-dessus de l’individu sont soumis aux mêmes problèmes que l’individu, à savoir l’impossibilité de connaître tous les paramètres (et c’est même pire, car il est impossible de savoir ce que veut « la collectivité », puisque cette entité n’a pas de volonté propre), et qu’en plus, toute autorité étant juste des individus avec un pouvoir élargi sur la vie des autres, ces individus sont soumis aux mêmes biais cognitifs ou déterminismes que n’importe qui.

Comment survivre en sachant donc qu’il n’y a pas de solution ? Que les humains fassent des erreurs, qu’une autorité centrale en fera, que la servitude n’est pas la solution et que la liberté est dangereuse et imparfaite ? C’est bien simple : il faut sortir du paradigme marxiste de la fin de l’Histoire. Le monde est en mouvement, et jamais la perfection ne sera atteinte. L’Histoire est toujours en marche, il y aura toujours des riches, des pauvres, des réussites et des échecs. Il faut décentraliser la responsabilité du bonheur.

L’État ne doit plus avoir pour but le bonheur collectif : il doit au pire donner le cadre pour que chacun soit le plus libre possible d’atteindre ses objectifs : respect de la propriété privée, de la sécurité des individus, de leurs droits et de la liberté contractuelle et d’association. S’il faut de la solidarité, elle doit être volontaire entre individus, pas décidée par une autorité centrale se prétendant investie d’une mission surpassant les intérêts individuels, puisqu’elle a ses propres intérêts et que l’intérêt de quelqu’un ou d’un groupe est une notion subjective. Si un mécanisme de solidarité est bénéfique à tous, ou que certains veulent se sacrifier un peu pour la collectivité, qu’ils le fassent.

L’État n’est qu’une fiction qui accomplit avec l’argent des administrés la volonté collective, non ? Dans ce cas il peut fournir les entités juridiques, les contrôles nécessaires pour la libre association mais il ne doit pas en être l’instigateur, ou pire, la main armée. Si l’association échoue, ce sera ceux qui voulaient celle-ci qui en pâtiront. Si elle réussit, ils y gagneront et les autres y viendront. Il faut accepter d’échouer, accepter que d’autres réussissent. Ce qui veut dire qu’il faut permettre un échec qui n’impacte que les concernés, et empêcher la réussite aux dépends de non-concernés. Il ne faut pas essayer d’arrêter l’Histoire, il faut la « Laissez Faire ».

6 comments
  1. On peut très bien avoir du mérite sans que libre-arbitre n’existe : il est simplement déterminé.
    On n’est pas obligé de ne penser qu’en terme d’individu, et d’état, c’est un paradigme qui découle de notre histoire / philosophie mais ce n’est pas le seul.
    La sociologie, les neurosciences, l’évolution et la sociobiologie peuvent nous fournir un autre cadre pour penser nos institutions, puisque c’est de ça qu’il s’agit ici : quel devrait être le rôle de l’état, sachant que tout le monde n’est pas d’accord sur l’utilitarisme à la base, mais passons.

    La ou je veux en venir est très simple. Le libre-arbitre est un concept religieux inventé par les chrétiens il y a plusieurs siècles pour expliquer le paradoxe d’un Dieu d’amour qui aurait créé un monde de souffrance : nous aurions “choisis” de lui désobéir et en subirions les conséquences. A titre personnel je trouve ça totalement ridicule comme histoire. Cela étant, cette théologie du péché à donné naissance au fil des siècles à toute une philosophie plus ou moins bancale, qui aboutit en se sécularisant à la notion de propriété privée garantie par l’état comme socle de la liberté individuelle afin que chacun puisse exercer au mieux son fameux “libre arbitre”, qui est censé être le propre de l’homme, ce qui fait qu’il a une âme, parce qu’il peut choisir entre le “bien” et le “mal”.

    Sauf que les neurosciences avec les biais cognitifs d’une part mais de nombreuses autres expériences montre que le libre arbitre n’existe pas. Notre cerveau est une machine à inférence bayiesienne qui calcule par elle même, et nous ne prenons conscience de résultat de ses choix qu’après coup (les scientifiques parviennent à connaître les choix des gens avant qu’eux même n’en ai conscience), et souvent nous les justifions. On peut même altérer la mémoire des gens relativement facilement.
    L’évolution, et notamment la sociobiologie nous explique comment nos comportements même sont dictés en premier lieu par … l’évolution, c’est à dire, la “volonté” de nos gènes de se reproduire. Si nous avons la pulsion d’aller forniquer, alors même que c’est très coûteux à titre individuel comme activité (ce n’est pas très rationnel du point de vue de l’utilité pure si on ne fait pas intervenir l’évolution) ce n’est pas pour rien.
    Hors, les études récentes sur la morale (il y a plusieurs théories concurrentes, je ne rentre pas dans ces détails) peuvent s’expliquer si on part d’une perspective de groupe au lieu d’individu. Et si on persiste dans l’analyse depuis la notion de groupe humain au lieu d’individu alors, tout s’éclaire. Parce que l’humain pense en groupe fondamentalement, et la meilleure manière de corriger certains de ses biais cognitifs personnels, c’est de se confronter à d’autres. Je n’irais pas jusqu’à dire que les groupes sont exempts de biais cognitifs, mais, on peut postuler, fictionner, que le groupe lui dispose d’une vrai capacité de choix, de “libre arbitre” en l’occurrence. Et la, tout se remet en place. L’état n’est plus la pour garantir quoi que ce soit, c’est un groupe parmi d’autres, en concurrence avec d’autres. Les groupes sont virtuellement immortel mais ils ont aussi une fonction biologique. Alors qu’en partant de l’individu on tombe sans cesse sur des contradictions dans tous les sens, en pensant la société depuis le groupe, on peut éviter nombre d’ecceuils. (je ne prétends pas qu’on les évites tous, je n’ai pas assez réfléchi à la question pour l’affirmer).

    C’est une révolution copernicienne que je proposes ici. L’individu n’est plus le centre, mais c’est le groupe qui l’est. Et tout d’un coup, le mouvement des astres qui devenait si compliqué à expliquer dans le ciel est facile à comprendre depuis cette perspective, tout s’emboite comme il faut à partir de règles simples.

    1. Les groupes existent, mais pas aussi essentiellement que le individus. L’individu précède le groupe, et ce n’est pas le groupe qui agit : qui va au cinéma, qui boit, mange un kébab.

    2. Et quelle différence faites vous entre les prises de décisions individuelles et collectives ?
      Car si les individus sont déterminés (dans le sens sans libre arbitre), étant donné que ce sont eux qui prennent les décisions dans le groupe, les décisions du groupe le sont aussi je me trompe ?

      1. Je ne sais pas si vous avez déjà participé à une “décision de groupe”. Pour ma part j’ai observé, à mainte reprises et dans maintes situations (entreprise, couple, association, politique), que les individus “croient” décider, mais que (on peut dire que c’est une question de point de vue ou de paradigme mais c’est plus simple de parler de “réalité”, même si c’est impropre comme terme) en réalité c’est la dynamique de groupe qui impose une décision. Quoi que pour être fair play, la personnalité des gens impose aussi parfois un résultat pré-déterminé.
        Essayez d’être quelqu’un d’autre que vous même (pour 1 journée) et vous pourrez mesurer dans quelle proportion vous avez le “libre arbitre”.

        Je suis conscient que le changement de paradigme que je proposes n’est pas simple, ni évident tellement on est habitué à penser en terme d’individus, et surtout qu’en plus je m’adresse ici à des libéraux dont c’est le socle fondamental. Alors d’abord, je vous remercie d’essayer de me comprendre.

        Pour répondre à votre question, non, les individus sont “déterminés” par la dynamique de groupe, mais le groupe lui même ne l’est pas obligatoirement. L’est-il ou pas ? A vrai dire, je n’en sais rien. Peut être que le groupe est déterminé, ou pas, peut être qu’il y a une sorte de co-déterminisme entre le groupe et chaque individus, peut être que les individus déterminent le groupe (c’est l’hypothèse la moins probable selon moi).

        Ce n’est pas évident à trancher de prime abord. On “sait” (savoir dans le sens ou c’est appuyé par des recherches récentes) que l’individu ne dispose pas de ce qu’on appelle le “libre arbitre” au sens ou il a été défini il y a 1500 ans par St Augustin et utilisé ensuite par les philosophes des lumières et les libéraux. Pour le groupe, on ne sait pas (au sens scientifique) car on ne dispose pas (à ma connaissance) d’études à ce sujet.

        Donc, on peut fonctionner sur la base d’une fiction (comme on fait par exemple pour la citoyenneté français, c’est une fiction sur laquelle on se met (ou pas) d’accord). Dans cette fiction on choisit que le groupe dispose du libre-arbitre (parce que, je le redis, à plusieurs on peut dépasser nos biais cognitifs personnels et déboucher sur des phénomènes émergeant).

        Tiens d’ailleurs, entre parenthèse, le fait quel le groupe soit “libre” et pas l’individu qui le compose (qui serait déterminé) n’est pas un concept nouveau en soi, c’est précisément celui qu’on applique à l’humain : ses atomes ne sont pas “libre”, mais, de leur assemblage emergerait l’humain qui lui serait “libre”. Je proposes juste de bouger le curseur de la liberté un peu plus loin et de dire que non, c’est le groupe qui es libre, et pas l’individu.

        Pourquoi se faire ce genre de noeuds au cerveau ? et bien parce que justement ça résoud nombre de paradoxes de libéralisme. L’humain n’est pas “libre”, il est sujet à tout un tas d’influence, le marketing, la propagande, le zeitgeist, etc… S’il était libre, alors la démocratie fonctionnerait pour de vrai. Mais au lieu de ça, on a des politiciens qui se font élire à celui qui baratine le mieux et celui qui obtient en sous-marin le plus de financement. Il est facile de duper les gens à cause de tous ces biais cognitifs. La libéralisme ne fonctionne pas à cause de ça. Mais si on bouge le curseur, alors, tout (en tout cas beaucoup de choses) se remet à l’endroit (je reconnais que ça reste à démontrer et qu’il n’est pas suffisant de l’affirmer comme ça, mais ça serait assez long à démontrer).

        Je vais résumer mon propos qui doit être un peu confus :
        1- on peut fictionner sur le libre-arbitre et la rationalité de l’humain, tant que c’est fonctionnel
        2- je prétends que ce n’est plus fonctionnel dans la société actuelle, de plus, la science récente remet fortement en question cette fiction
        3- je proposes une nouvelle fiction, en shiftant le curseur sur le groupe au lieu de l’individu

        Pour finir, je vais parler d’évolution, pour tenter d’expliquer pourquoi ça fait sens de parler de groupe au lieu d’individu (notez qu’avant l’ère moderne, c’était le cas, ce qui comptais c’était la ligne et non notre personne isolée du reste).

        Du point de vue de l’évolution, l’individu est “expandable”, il n’est la que pour servir (l’entropie en dernier ressort) la survie de l’espèce. Les mutations aléatoires ou transfert horizontaux et tous les autres mécanismes évolutifs se fichent bien de notre bonheur, ou même de notre survie. Si on meurt, c’est qu’on n’était pas adapté. C’est tout (j’emploie un langage finaliste par commodité, je ne prête pas d’intention à l’évolution). Ce qui compte ce sont les gènes et leur reproduction. Nous, on n’est que des sacs à gènes. A la rigueur on peut répéter ce raisonnement à toutes les échelles : gène, individu, espèce, écosystème. La disparition d’un gène, d’une espèce ou d’un écosystème, c’est pareil, la vie s’en fou, elle se débarrasse de ce qui n’était pas adapté, tout comme les gros dinos qui ont disparu et tout le monde s’en contre fou. C’est pour ça qu’on a des mécanismes d’altruisme en nous, car notre sacrifice se fait au profit de la diffusion de nos gènes. Et donc, ça, ça semble être “important pour la vie” (la perpétuation des gènes). Hors les gènes fonctionnent en groupe (disons pour être plus précis que les SNP forment des haplotypes mais bon bref). Ces “pool génétiques” ont besoin d’un “peuple” pour exister en vrai, et ce sont ces peuples qui sont “importants” pour la vie mais pas nous (qui venons et passons). Ces peuples/gene pool sont immortel alors que nous ne les sommes pas (parce que ça permet l’adaptation de ces même peuples/gene pool).
        Pour faire une analogie, ce ne sont pas nos atomes qui constituent notre personne qui compte, mais leur “agencement”, car, la plupart de nos cellules et atomes seront échangés au cours de notre vie. Nous ne sommes pas les petits atomes individuels, mais le “groupe”, la structure qui les maintient ensemble à un moment donné. Je proposes de dire la même chose : ce n’est pas l’individu qui compose le peuple qui compte, mais le peuple lui même. Et donc c’est ce peuple qui dispose du libre-arbitre, de la raison.
        J’emploie le peuple ici dans un sens précis : groupe humain, suffisamment grand et homogène pour obtenir des phénomènes émergeant, et disposant de la capacité de se perpétuer dans le temps de manière indéfinie.
        Est-ce qu’une entreprise est aussi un “groupe” disposant de ces caractéristiques ou bien faut-il plus de monde et un territoire ? je ne sais pas, je n’y ai pas réfléchit.

        Si vous m’avez lu, merci. Si vous m’avez compris, bravo. (je suis conscient de proposer une ébauche)

        1. Je vous répondrai qu’un atome ne peut pas dire oui ou non, et qu’un homme le peut. Un groupe d’individus peut dire unanimement “oui” ou “non”, mais cela devient de moins en moins probable avec une taille de groupe augmentant. La plus forte probabilité d’avoir une réponse claire et d’analyser une action (et pas un évènement) – ce qui implique un choix – est de se trouver sur une échelle d’analyse où elle peut être exprimée, et exprimée unilatéralement, soit l’individu. Par ailleurs, mettre sur un même plan les unités composantes d’un corps humain par rapport à un individu et l’individu par rapport à un groupe est purement sophistique : une main ne peut agir seule et exprimer un choix quand un groupe peut le faire par l’addition des choix des individu qui le compose.

  2. Pour qu’un groupe existe et soit pérenne il faut que les individus qui le compose se ressemble ou aient des causes communes. Au niveau national, l’état doit pouvoir assurer ses fonctions régaliennes pour que ses citoyens s’organisent que ce soit à travers une association, une famille, une entreprise ou tout cela en même temps. Même si le libre-arbitre n’existe pas vraiment l’équilibre peut très se trouver au sein d’un pays sans que le groupe soient essentialisé. L ‘humain est un animal social, mais en justice il n’existe pas de responsabilité commune seulement une responsabilité individuelle, il faut donc (comme toujours) tendre vers un équilibre individuel/commun.

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