Premier round des primaires démocrates américaines : la cacophonie profite à Trump

Politique Société 20 février 2020

Premier round des primaires démocrates américaines : la cacophonie profite à Trump

Ils sont onze. Onze candidats à l’investiture présidentielle du Parti Démocrate américain pour affronter Donald Trump lors des élections générales de Novembre. Ils couvrent à peu près tous les courants idéologiques du parti, de son aile la plus à gauche représentée par le sénateur ouvertement socialiste Bernie Sanders, à sa composante la plus centriste qui serait celle de l’ex-maire de New York, transfuge du parti républicain et multimilliardaire Michaël Bloomberg. Côté « diversité », valeur cardinale du parti en ces temps d’hystérie anti-Trump, en revanche cela se gâte. Si l’on compte plusieurs femmes, les candidats noirs (Cory Booker, Kamala Harris) et latino (Julian Castro) se sont retirés avant même le début de la compétition, à court d’argent et au fond du trou sondagier. Malgré tout le bruit fait autour de « l’inclusivité » et de la « coalition arc-en-ciel », les électeurs démocrates s’apprêtent encore une fois à confier leur destin à un candidat « blanc cis-genre valide de plus de 50 ans ». Horresco referens.

L’Iowa : chaos dans les champs de maïs

C’est donc le 3 Février, alors que s’achevait le procès en destitution de Donald Trump devant le sénat par une retentissante défaite démocrate, que les onze postulants faisaient leur entrée dans l’arène électorale de l’Iowa, suivant en cela une tradition remontant aux années 70. L’Iowa est un état rural du Midwest, avec un électorat démocrate blanc dans sa quasi-totalité, à la fois plus à gauche que la moyenne et gardant de ses racines rurales une tendance frondeuse. Se présentait en favori Bernie Sanders, sénateur socialiste du Vermont qui avait créé la surprise en 2016 en talonnant l’ultra-favorite Hillary Clinton. Face à lui, le favori de l’establishment, l’ancien président de Barack Obama, Joe Biden, comptant sur le soutien de la plus grande part des cadres et élus du parti démocrate de l’Etat.

L’élection se déroule dans le cadre d’un caucus, une tradition politique typique des états ruraux américains qui émule la politique du village. Le vote se fait non pas avec un bulletin mais physiquement. Chaque électeur rejoint l’espace alloué au sein du bureau de vote au candidat de son choix et y reste jusqu’à ce qu’un comptage physique des personnes présentes soit effectué. Bien sûr, des représentants des différents candidats sont présents et entament la conversation avec les électeurs pour les attirer vers leur candidat. Ce mode de scrutin, fort complexe (plusieurs comptages sont effectués), impose une rigueur sans faille dans la remontée des résultats, faute de quoi la confusion peut très vite s’installer.

Les choses ont en fait rapidement déraillé. L’application, censée traiter et centraliser la remontée de résultat, nouvellement conçue et non testée a planté de manière massive, et les jeunes gens chargés de tenir les bureaux de votes, mal formés aux subtilités du caucus n’ont pas su gérer correctement la situation à l’aide des procédures de secours. Résultat, une absence de résultat dans la soirée, deux candidats revendiquant simultanément la victoire et des chiffres partiels arrivant au compte goûte dans la journée du lendemain. Une démonstration d’incompétence qui a fait le bonheur des communicants républicains sur le thème « Ces gens qui veulent régenter votre assurance santé ne savent même pas compter des votes ». Imparable.

Joe Biden, victime collatérale de l’impeachment

Une fois le chaos retombé, les résultats disponibles recelaient encore quelques surprises. La première est celle de la chute brutale de Joe Biden. Quatrième avec 13.5% des voix le favori fait pâle figure. Certes, il ne s’attendait pas à une victoire, certes sa position vacillait dans les sondages, mais le choc est rude. Dans plusieurs bureaux de vote, Biden était éliminé à la suite du premier comptage. Plusieurs facteurs ont joué contre lui. Tout d’abord, il est le dommage collatéral du procès en destitution de Trump. L’attention portée sur les affaires plus ou moins légales de son fils en Ukraine ont visiblement conduit les électeurs démocrates à refuser de prendre le risque d’une seconde affaire des e-mails qui avait plombé la campagne Clinton. Autres éléments, ses médiocres performances en débat, sa personnalité, à la fois cassante et peu charismatique, et enfin sa faible organisation sur le terrain due au chronique manque d’argent dont souffrait sa campagne jusqu’à la fin 2019.

En haut du tableau, deux vainqueurs selon si l’on privilégie le vote populaire ou le nombre de délégués emportés, calculés par circonscription électorales. Bernie Sanders, le vieux sénateur socialiste emporte le premier avec 26% des voix, tandis que le jeune maire de South Bend (en Indiana), Pete Buttigieg, emporte le second. Ce dernier, à la communication et à la présentation soignée, qui se veut l’incarnation d’une nouvelle génération d’élus (il est jeune, connecté, marié à un homme) aspire alors l’électorat centriste qui doute de Biden. Fermant le podium avec 20% des voix, la sénatrice du Massachusetts, Elisabeth Warren, concurrente de Sanders à l’aile gauche du parti, mais jugée plus ouverte aux compromis, maintient la tête hors de l’eau grâce à son excellente organisation de terrain.

L’impact direct le plus évident de la confusion quant à l’annonce des résultats est peut-être celui du maintien en course de l’ensemble des candidats, alors que l’Iowa élimine généralement les plus faibles d’entre eux. C’est donc à nouveau onze candidats qui se sont envolés pour l’État du New Hampshire, en nouvelle Angleterre.

Le New Hampshire, ou le tombeau des favoris.

Place donc aux primaires classiques dans le granite state. Sans la complexité des caucus, le processus se déroule cette fois-ci sans incident. Arrive en tête Bernie Sanders, élu de l’Etat voisin et auréolé de son bon résultat dans l’Iowa. Ses 26% des voix font cependant pale figure à coté de ses résultats de 2016. Certes il y a plus de candidats, mais le total des voix de ceux se revendiquant plus ou moins explicitement de l’aile gauche n’atteint qu’un maigre 40%, alors que Sanders seul dépassait les 60% il y a quatre ans. Avantage à l’establishment (il est difficile de parler de centristes tant le parti démocrate a penché à gauche ces dix dernières années) qui reste cependant divisé : Pete Buttigieg profite de son bon résultat dans l’Iowa pour occuper la deuxième place avec 24% des voix. Cependant les incertitudes qui pèsent sur sa capacité à gouverner, son absence de fond et son mauvais débat trois jours avant le vote lui coûtent de nombreuses voix qui se reportent sur la sénatrice du Minnesota. Cette dernière réalise la remontée éclair du moment (immédiatement baptisée klobucharge) pour prendre la troisième place avec 20% des voix. Une remontée due aussi à la peur d’un succès de Bernie Sanders qui favorise la seule candidate ayant ouvertement répudié l’appellation « socialiste ». Biden, Buttigieg, Klobuchar, peut-être bientôt Bloomberg (entré dans la course après la date limite d’enregistrement des candidatures dans cet Etat), les électeurs de l’aile mainstream du parti sont nombreux mais ne savent pas à qui se vouer.

Côté vaincus, Elisabeth Warren est à terre, avec 9% dans un état qui lui était pourtant promis tant elle y a fait campagne depuis son Massachusetts voisin. Le match interne à la gauche entre elle et Sanders semble jouer, et à moins d’un miracle électoral, il est peu probable que celle que les républicains surnomment Fauxcahontas, pour les origines indiennes douteuses dont elle se revendique, aille plus loin que le Super Tuesday.

Enfin, Joe Biden avec 8% ferme la marche et continue sa dégringolade. L’espoir auquel lui et sa campagne s’accrochent réside dans les électorats latinos et noirs auxquels le candidat lance des appels du pied pathétiques où transpirent le désespoir. Ainsi, en Caroline du Sud, il expliquait que « aucun démocrate ne doit pourvoir être candidat sans le soutien écrasant des électeurs noirs et basanés ». Une stratégie tout sauf subtile qui comporte des risques : Noirs et Latinos pourraient se demander à quel titre ils devraient soutenir à bout de bras un candidat qui ne parvient pas à obtenir de suffrages blancs. D’autant que les premiers cités sont sensibles aux sirènes du milliardaire Tom Steyer qui veut faire payer aux Blancs des réparations financières pour l’esclavage. Les liens tissés pendant les années de l’administration Obama pourraient bien alors ne pas suffire.

Finalement, le vainqueur de ces deux premières primaires pourrait bien être Donald Trump. Les primaires républicaines, sans opposition sérieuse, ont attiré un nombre record d’électeurs pour soutenir un président sortant. Une participation équivalente à celle précédent le triomphe de Ronald Reagan en 1984. Face à la confusion démocrate, il rassemble sa base et peut se présenter comme celui qui tient fermement les commandes du pays. Plus les démocrates hésiteront à se choisir un champion, mieux il se portera. Une donnée que les électeurs du Nevada et de Caroline du Sud auront à l’esprit alors qu’ils s’apprêtent à délivrer à leur tour un verdict.

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