Société

Parler le langage des Internets : le cas Joachim Son-Forget

2 mai 2019

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Parler le langage des Internets : le cas Joachim Son-Forget

Le député ex-La République En Marche a fait exploser les scores sur internet, et a largué les journalistes mainstream.

Pour se détendre, rions un peu avec la politique.

Joachim Son-Forget a été élu dans la circonscription des Français de l’étranger de Suisse et Lichtenstein en 2017. Outre son mandat, JSF est né coréen, adopté par un couple français, et est devenu radiologue en Suisse après ses études à Lausanne. C’est un talentueux claveciniste, et un passionné du tir en salle.

Mais au-delà de tout, JSF est un esprit libre, ainsi qu’il l’a prouvé la veille de Noël en remettant la très distinguée (non) député Esther Benbassa à sa place.

« Brigitte Macron déplore la #violence et la #vulgarité des Gilets Jaunes. Ce n’est donc pas violent, la pauvreté ? Et elle n’est pas violente, l’arrogance aux dents blanches des riches et des puissants ? ».


Tweet de la la député Benbassa qui se sent immunisée par son appartenance au club du Bien

Devant ce jugement à l’emporte pièce concernant le physique de Brigitte Macron, JSF rétorque :

« Avec le pot de maquillage que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez, l’amalgame violent, maintenant ? ».

Tweet de JSF.

Le ton est monté très rapidement ensuite : la direction de LaRem convoque JSF, qui leur explique que c’est pas de chance mais leur lettre va finir au feu, et de toute façon il avait bonhomme de neige ce jour-là.

S’en est suivi un emballement autour du compte twitter du député, dont le compte est passé de 6000 à 42000 followers en une nuit.

JSF aligne les tweets à base d’émojis, ceux où il se représente avec une perruque de Dragon Ball Z, ceux où il arbore l’écharpe de Gryffondor, une peluche d’Hedwige fièrement brandie…

Il enchaîne les références geeks et les délires, il interagit avec ses followers… Bref, une nuit magique mais banale pour Internet, un décollage express sur Jupiter pour l’élite de notre pays.

Ce moment où JSF se prépare à enflammer la toile.

La presse larguée.

La presse mainstream, comme le reste de la classe politique, est totalement larguée par la verve et le franc-parler du jeune député.

« En roue libre »

l’Opinion

« Nuit irréelle »

l’Express

« Roi des Trolls »
« autodestruction politique »

Le Point.

« Invraisemblable craquage »

la Dépêche.

« Parti très loin » et preuve qu’il y a « des cons partout »

Le Grand Oral.

Même Konbini , temple de la bien-pensance qui se veut branché et représentatif des geeks en ligne, semble largué face à ce phénomène Internet.

« Vous ne pensez-pas que ça décrédibilise la politique ? »

« Non au contraire, ça ramène des jeunes ! » explique JSF avec amusement.

JSF, loin de décrédibiliser la politique auprès des jeunes, ramène de la fraîcheur dans un débat politique engoncé qui n’intéresse plus personne.

Cela est bien plus crédible que les tentatives pénibles du gouvernement pour avoir l’air jeune en allant passer leur Grand Oral sur Twitch, ou l’échec mou, gras et pitoyable du Parlement Européen de se rendre cool en exhibant leurs mascottes mi-pirates mi-super héros et re-mi-taupe derrière, amenant la Loi de Poe à un niveau jusqu’alors inconnu.


Voyage officiel en Corée du Sud en tant que président du groupe d’amitié France-Corée.

Son impertinence de ton fait tâche dans un milieu ouaté. JSF a compris comment fonctionne la communication sur Internet, et plus largement au sein de la jeunesse et du monde moderne – peut-être parce qu’il en est lui-même issu. Les images dits mèmes qu’il poste sont mal montées, irrévérencieuses, complétées au Paint, moches et drôles, incluant des références pop ou historiques (ainsi qu’il l’assume, il défend la culture française de Diderot à Booba).

La parole en ligne

Au-delà de son logiciel politique, auquel on est libre d’adhérer ou non, c’est bien le mode opératoire du jeune homme dont il est question. Il tweete comme n’importe quelle personne de sa génération, non-issu du sérail politique mais de la société civile, qui a intégré la culture pop et geek. En tant qu’humains, on interprète comme fiable une personne ayant les mêmes codes d’expression que nous. Matrix, Harry Potter, sont des références acquises et non des mots de bingo à placer pour faire genre.

Les collages d’affiche ou le démarchage sur les marchés de village ne parlent plus à notre génération. Aujourd’hui, à l’heure où les français n’ont jamais tenu leurs journalistes ou politiciens en si basse estime, ce vent de liberté soutenu par une lame de fond venant d’internet est un signe encourageant, mais encore trop rare.

Le gouvernemaman n’étant jamais loin lorsqu’il y a une bonne initiative à censurer, on compte sur la Team Progrès pour faire le ménage sous peu.

Et Maintenant ?

Joachim Son-Forget, vous avez l’œil attentif d’Internet. Nous avons compris que vous ne vous payez pas notre tronche avec nos impôts (contrairement au gouvernemaman qui l’officialise), on sait que vous savez et vous savez qu’on sait.

Bien. Maintenant qu’on se comprend, qu’on parle le même langage, la balle est dans votre camp. Qu’allez-vous faire pour ce public jeune et biberonné à la culture geek ?

En tant que député, quelles seront vos démarches pour promouvoir la liberté si chère à Internet ? Allez-vous défendre Julian Assange ? Vous engager pour booster l’eSport français ? Pour la NetNeutrality ? Les logiciels Open Source ?

Article proposé par Dern

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