Cinéma

Get Out, ou le racisme de l’anti-racisme

6 juin 2019

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Get Out, ou le racisme de l’anti-racisme

Get Out est un film d’horreur dont le motif d’angoisse n’est pas l’agoraphobie, la peur des araignée, le fantasme d’une vie campagnarde rustique contre l’élite cultivée des villes, ou que sais-je, mais bien… le racisme ! Rien que pour cela, je me devais d’analyser ce film, au vu d’une certaine critique extrêmement élogieuse de ce qui a été considéré comme « le premier film d’horreur anti-raciste ».

Dans le premier temps du film, on voit la vie d’un couple racialement mixte. Le couple a l’air assez à l’aise économiquement, vivant dans un grand appartement bobo d’une grande ville américaine, avec une touche « arty » de classe moyenne +++.

Le petit ami noir doit être présenté le lendemain à la famille de la jeune fille. Il est inquiet de la réaction des parents qui ne savent pas encore que c’est un Noir, du moins, c’est ce que sa petite amie prétend. La jeune femme assure que ses parents ne sont pas racistes et que son père est un admirateur enthousiaste de Barack Obama.

Le couple se rend donc à la maison des parents pour les présentations. Détail important, le jeune homme noir passe un appel téléphonique sur le chemin à un de ses amis qui est agent de sécurité aux douanes d’aéroport. On devine ici que le milieu du « Black » est inférieur socialement à celui de la femme, ce qui est souvent le cas dans ce genre de combinaison.

Au bout de dix minutes de film, une biche se jette sur la voiture et provoque un léger incident sur la route de campagne. La police intervient et demande les papiers du Noir. La femme blanche se révolte car elle précise que c’est elle qui conduisait et bien entendue, elle soupçonne en permanence le racisme, a fortiori dans la police américaine. L’archétype de la gauchiste ici présentée est en lutte permanente contre la société raciste et intolérante autour d’elle, le « racisme ordinaire », l’injustice, qu’elle se complaît à voir partout au quotidien, jusqu’à en devenir la victime collatérale du fait de son couple. C’est tout un ensemble, une attitude, une psychologie très symptomatique.

Ensuite le couple arrive chez les parents. Belle maison bourgeoise de ville moyenne, parents d’un bon milieu social, élite cultivée, mère thérapeute (psychiatrie) et père neurochirurgien. Le père entame un tour de sa maison, expose ses objets venus de divers pays, vante l’exotisme et la découverte de la culture de l’Autre qui est forcément un privilège et un apport, puis montre la photo du coureur battu par Owens en 1936, devant Adolf Hitler. Ce n’est pas la photographie du coureur noir ayant gagné mais bien celle du Blanc BATTU qu’il a accroché à son mur. Il s’exalte, se flagelle fièrement devant le Noir, « what a beautiful moment, what a beautiful moment… » et sort une tirade sur le « concept de supériorité raciale de merde d’Hitler » contredit par les faits même. On aura reconnu l’archétype un peu caricaturé de l’ethno-masochisme triomphant. Mais un doute s’installe tout de même quant à la santé mentale du père, de surcroît nous savons que nous sommes dans un film d’horreur donc nous restons à ce moment là à l’affût de possibles aberrations : tout de même, pourquoi afficher la photographie du coureur de l’Allemagne d’Hitler battu par Owens (coureur noir) et pas Owens lui-même ? D’autant plus que s’enchaîne toutes sortes d’allusions douteuses (« moisissure noire » sur les murs) que l’on arrive à la cuisine familiale, et que le personnage principal noir tombe nez à nez avec une domestique… noire ! Et plus tard dans le jardin, encore un jardinier noir travaillant au service des Blancs.

Dans sa « belle-famille »

Aux frontières de l’anti-racisme ?

La mise en abîme est faite, l’ambiguïté nécessaire à la structuration du film d’horreur est posée : s’agit-il d’une famille raciste camouflée sous de l’anti-racisme bon teint, ou bien d’anti-racistes masos déglingués authentiques … ? Eh bien : les deux, mon capitaine !
S’ensuit alors différentes scènes : le comportement bizarre, comme sous hypnose (que pratique la mère en tant que psychothérapeute), des domestiques. Le jeune frère (blond aux yeux très clairs et aux tâches de rousseur) qui passe le repas avec eux en évoquant les sports de combat et prétend que le Noir, « avec sa génétique et de l’entraînement » aurait pu être une bête de performance mais il enchaîne sur le ju-jitsu et sous entend qu’il faut de intelligence dans ce sport là, de la stratégie plutôt que de la force… Sous-entendu que c’est plutôt un truc de Blancs ou d’Asiatiques. Il a une attitude assez provocante mais qui reste encore dans l’ambiguïté, le sous-entendu. On ne sait pas s’il est raciste ou ethno-masochiste.

La nuit, après une séance d’amour mixte que nous épargne à peine le réalisateur, le Noir va se faire hypnotiser à partir du souvenir de son sentiment de culpabilité du jour où sa mère est morte, avant de se réveiller en sursaut dans son lit le matin suivant.

Une scène centrale du film et de l’intrigue est le grand dîner traditionnel et un peu mystérieux de la famille. Les hôtes ont été qualifiés la veille de « so white, so white », par Rose, la jeune femme blanche.
Tous les hôtes vont avoir, comme les parents, des références raciales mais toujours dans le sens du « racisme admis» ou ethno-masochiste, c’est à dire dans la mise en valeur du mâle noir. Par exemple, la scène d’une cougar et son « cuck » qui tâte littéralement le Noir et fait l’allusion sexuelle bien connu a propos des Noirs (gros zizi, blablabla). Bref, une sorte de folie semble habiter toute la population et cette folie se nomme « anti-racisme », « racisme positif » (défavorable aux Blancs), « ethno-masochisme ». Jusqu’ici dans le film, tout ressemble étrangement au cauchemar de notre quotidien, le cauchemar du racisme que nous subissons indirectement chaque jour à travers la propagande médiatique.

Cette fête se révèle être une sorte de foire aux bestiaux où l’on vend en une sorte d’enchère des Blacks de maison, ou en guise d’objets de satisfaction sexuelle, pense-t-on dans un premier temps.
Inquiet, le héros noir décide de partir mais regarde finalement dans le tiroir dont la porte était étrangement ouverte depuis son arrivée. Et là, il découvre une succession de photographies de Rose, sa petite amie… en compagnie de multiples petits-amis noirs, qu’elle expose comme une collection de maniaque obsessionnel et fétichiste de la race, du genre de « celles qui ne sortent qu’avec des Blacks ». Je n’ai pas vérifié si le réalisateur du film était lui-même noir, mais j’imagine que c’est à peu près le sentiment d’inquiétude que doit avoir un Noir qui découvre que sa petite amie blanche a collectionné les petits-amis de son genre, sur un critère raciale et non pour son « individualité ». J’imagine que dans ce cas il doit aussi se dire qu’il n’est qu’une sorte de jouet, d’obsession, de TOC, victime d’une déréliction dont il profite, mais qu’il vit par ailleurs bien mieux qu’un Européen qui découvrirait que sa sœur ou sa fille sont atteintes des mêmes inquiétants symptômes.

Bon, résumons.
Une sorte de groupe constitué kidnappe des Noirs, les hypnotisent, puis s’implantent en eux (leur esprit dans le corps de ces Noirs), grâce à la neurochirurgie.
« Mais pourquoi des Noirs ? » , demande Chris. Parce que « c’est à la mode », pour des raisons de génétique, de performances… en réalité toutes les thèses de l’anti-racisme actuel, qui est lui-même raciste. Et c’est là tout l’intérêt du film : il relie l’anti-racisme au racisme. Des Blancs veulent de meilleures performances et s’implanter dans des corps de Noirs (forme d’eugénisme bâtard, ou de métissage façon Frankeinstein), parce que ce serait l’avenir du genre humain, en quelque sorte. Autrement dit, c’est bien l’ethno-masochisme blanc ici présenté avec tous les poncifs et les phrases du racisme ordinaire toléré (sur les performances des Noirs par exemple) que l’on subit régulièrement, et qui détruit non seulement les Blancs (qui s’auto-remplacent d’une manière assez étrange, abandonnent leur vieille enveloppe d’Européen considérée comme obsolète pour intégrer des corps noirs) mais aussi les Noirs, victimes de ce soudain revirement d’intérêt obsessionnel à leur égard.
Cette espèce de secte prône bien un racisme biologique mais pas du tout sous la forme connue de la supériorité des Blancs, non, sur la base d’une supériorité génétique et physique supposée des Noirs. Il s’agirait simplement de conserver son cerveau de Blanc pour l’additionner à la perfection structurelle du corps des Noirs.
En même temps, ce néo-racisme bâtard est mêlé à des éléments de racisme plus classique tout au long du film, et l’on pense en effet à ces Blancs qui se prennent en photographie entouré de jeunes Noirs lors d’un séjour bénévole dans “l’humanitaire”, comme on s’exposait avant avec des animaux exotiques, “car c’est trop mignon”. C’est tout l’intérêt du film et sa subtilité car c’est effectivement le film d’horreur dans lequel nous vivons concrètement aujourd’hui. Le discours indirect que nous entendons actuellement en Occident dans de nombreuses franges de la population, à la différence prêt que les Noirs sont ici présentés comme les victimes et les manipulés des Blancs y compris quand on montre pourtant très bien que la décadence mène ces derniers à souhaiter leur propre disparition, de sorte que notre cauchemar, le vrai, lui, n’en finisse pas. De ce fait il semble qu’on ne puisse jamais tout à fait sortir de l’aporie du discours « anti-raciste ». Néanmoins on reste dans une posture à la Kémi Seba et communautariste noir intégral, un discours ni assimilationniste ni intégrationniste (tout le film semble s’adresser aux Noirs en leur disant “attention, si une Blanche s’intéresse à vous il y a anguille sous roche…”) ce qui est déjà un progrès pour nous.

En conclusion : ce film est le pur produit d’une époque malade où les Blancs s’auto-dévalorisent dans des œuvres d’art produites avec leur argent. Mais Get Out en se voulant “anti-raciste” dénonce involontairement la propagande pro-métissage et n’encourage pas les Noirs à sortir avec des Blanches, bien au contraire. Il rappelle même et paradoxalement, l’incongruité des amours mixtes inter-continentaux et le caractère parfois pathologique de leur fondement. Toutes ces ambiguïtés fondent l’intérêt de ce film.

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