Mishima/Gobineau : Métempsychose des Races et Décadence

Il est de mauvais genre d’écrire sur la décadence ces derniers temps, à droite. Depuis l’émergence – ou plutôt ré-émergence – d’une droite progressiste en Europe, il faut absolument éviter pour ne pas faire fuir les jeunes.

Car oui, la Droite était trop anxiogène par le passé et cela a traumatisé une génération de jeunes militants – dixit la droite du fun. Je passe sur l’ironie d’un négationnisme qui perçoit ses adeptes comme de petites choses fragiles. Je souligne néanmoins qu’à sa dernière incarnation, la droite progressiste s’est saisie des cornes de ce taureau dans un élan volontariste près de mon coeur. Car pour moi, le fun ne peut jaillir du mensonge.

Bon Américain, je suis Kamaliste – j’adhère à la joie. Mais déviationniste : je veux d’une joie qui passe par la force. Or, on ne peut être fort en évitant ce qui nous fait peur – le White Flight donne de beaux quartiers… en périphérie.

Afin de ne plus reculer, il faut s’endurcir et comme le voyage forme la jeunesse, je vous propose de vous embarquer sur mon Nellie : voguer au coeur ténébreux d’une pensée déterministe et pessimiste de la décadence; d’aborder Yukio Mishima et Arthur de Gobineau tels qu’ils se dévoilent dans la Mer de la Fertilité et le Traité sur l’Inégalité des Races Humaines.

Ne craignez rien, les mots ne tuent pas; la décadence est une chance; il faut que le présent crève pour que l’avenir naisse; si vous lisez d’Europe, vous pourriez être arrêté; il faut savoir désespérer jusqu’au bout; encore un pas et nous serons les maîtres.

Mishima et Gobineau

Mais avant de parler de tragique, de cycles, d’appauvrissement d’âmes et de races, soyons un peu trad et présentons brièvement les auteurs.

Mishima et Gobineau sont paradoxalement aussi connus que relativement inconnus. C’est que nos deux hommes ont chacun conçu un ouvrage si phare qu’il cache la forêt de l’oeuvre; le Traité pour Arthur, le Suicide pour Yukio – quant à moi, je préfère le livre La Renaissance et le film Patriotisme.

À noter, pour éviter les malentendus, bien qu’il soit peut-être trop tard pour cela : ce texte n’est pas une revue de lecture, une critique ou un résumé; c’est une thèse – que je crois inédite !

Yukio Mishima de par le travail incessant de certains poasters et vidéastes bénéficie de nouveau d’une certaine notoriété. Pourtant, on prend toujours un risque lorsqu’on décide de parler de Mishima : comme pour Nietzsche, on devient subitement suspect d’attardement adolescent aux attachements romantiques à la violence. On peut se déjouer du dangereux soupçon en se contentant de n’aborder que l’aspect esthétique.

Mais ne tirant aucun revenu d’écriture, ce numéro de funambule ne m’intéresse pas. J’ai écrit plus haut que j’aimais la force, soyons forts : oui, j’aime les muscles et je suis partisan de la violence… lorsqu’encadrée par nos valeurs démocratiques et d’humanisme.

Mais… je crains de ne parler de moi que pour éviter d’évoquer cet écrivain japonais – suis-je un lâche ? Oui, j’ai peur de cette vie. Elle fait partie de l’oeuvre, mais trop souvent elle sert à l’admirer sans le lire! Puisqu’il le faut…

Il me semble d’abord, devoir parler d’un enfant au corps malade cloîtré avec une vieille femme et qui craint le soleil – voilà la jeunesse. Puis, d’un jeune doué pour la littérature qui se trahit en feignant la maladie pour éviter la guerre et qui craint l’acier – c’est l’adolescence. D’un homme, certes clair-obscur, mais qui se surmonte, amadoue soleil et acier et qui craint la mort de sa beauté – c’est l’adulte. Enfin, toujours d’un homme, qui devant la décadence d’une tradition qu’il a trahi se rachète par le geste (c’est important pour la suite!) et qui ne craint plus rien – c’est le martyr.

Pour Arthur de Gobineau, récipiendaire du Bordin et Pléiardisé, il est inutile de s’étendre sur le risque – celui-là ne peut atteindre un anon.

La Providence a voulu qu’il naisse dans une famille de noblesse de l’Ancien Régime – le Prophète de la disparition des grandes races pointe déjà. Fils de militaire et d’une folle, pour fuir les poursuites des créanciers et policiers contre sa mère, l’enfant connaîtra l’exil – le Germanophile paraît; il ne partira plus. De retour en France, jeune homme épris de lettres et de leur gloire, il monte à Paris – le Lettré débute; il n’en vivra jamais. Légitimiste, mais il faut vivre, il joindra le bureau du ministre Tocqueville puis le Service Diplomatique impérial – c’est le brillant dilettante affermi par le voyage et les cours pouvant se permettre l’oisiveté nécessaire afin de vivre pour son oeuvre et donc d’enrager les spécialistes – eux qui vivent de par leurs travaux; et cela continue, d’outre-tombe. Vieillissant et rappelé, il perce enfin mais… en Allemagne, par l’intermédiaire de Richard Wagner – la Postérité est assurée. Relativement notable mais toujours vieillissant, défaite de 1871; proclamation de la République; fin de carrière et années finales difficiles – c’est la fin.

L’oeuvre du romancier et du nouvelliste se supporte seule. Voici ma prescription : Les Nouvelles asiatiques, Les Pléiades et la Renaissance.

Les formalités expédiées, pressons !

La Mer de la Fertilité

La tétralogie de la Mer de la Fertilité est une série de romans s’étalant de 1911 à 1970 dans un Japon qui, plus qu’un décor, est un personnage métaphysique de l’intrigue. Neige de printemps. Chevaux échappés. Le Temple de l’Aube. L’Ange en décomposition. Voici les titres ! Il importe à ma thèse que ce quatuor représente le testament littéraire de Mishima. Ainsi, ce qu’y conscrit l’écrivain se doit d’être pris au sérieux; s’il ne l’a pas composé avec son sang c’est tout de même avec celui-ci qu’il l’a signé.

Les romans suivent la vie de Shigekuni Honda principalement dans sa singularité d’être l’axe d’éternel retour des réincarnations de son ami d’enfance Kiyoaki Matsugae. Ce dernier et ses incarnations successives en viennent à incarner une sorte d’avatar du Japon ou du moins un miroir individuel du collectif japonais.

Ainsi, Kiyoaki est le reflet du Japon de l’ère Taisho titubant entre libéralisme et autoritarisme : aristocratique, raffiné, beau, il possède une énorme potentialité innée mais aussi une indécision le portant à l’inactivité – du moins jusqu’à la tragédie le révélant capable de chevaucher un destin jusqu’à son plus sombre dénouement.

Sa seconde incarnation Isao Iinuma nous apparaît comme une version épurée du premier; c’est le Japon Showa débutant. Réactionnaire mais partiellement libéré des limites de caste; lesté du raffinement, il est décisif au point de la violence; et refusant le réalisme du calcul politicien, il choisit l’Action comme preuve par la beauté et donc source de salvation.

Puis vient Ying Chan, seule des incarnations à être femme et à ne pas être japonaise; elle est cosmopolite, trouble jusqu’à la malhonnêteté passive et spirituellement ambiguë voire vidée – c’est le Japon Showa 2.0 émergeant des ruines et sous occupation américaines.

Le cas de la dernière incarnation de Kiyoaki est plus difficile à trancher et Mishima y appose une couche théologique pour achever le cycle et qui aura son importance dans l’argument que je déposerai, mais pour fin de clarté je continuerai sur ma présente lancée et y reviendrai plus loin : Toru Yasunaga qui comme toutes les incarnations précédentes est beau, il l’est toutefois d’une beauté sans chaleur, de cette même manière qu’il est jeune mais sans la plasticité de la jeunesse; il est le Japon Akihito qui arrive, il est une fin sans âme ni noblesse, il est achèvement.

Il faut constater la dégradation successive des incarnations que rencontrera Shigekuni Honda lors de sa longue existence – bien que le constat puisse être plus ambivalent pour le personnage d’Isao Iinuma et différera selon les appréciations, surtout au vu des sensibilités des lecteurs de Mishima. Je me distingue de l’écrivain dans ce que la Loi de Manu ne consiste qu’en un maigre intérêt pour moi et pourtant, je le suis sur la possibilité de ce qu’une même âme puisse aller à son appauvrissement successif jusqu’à son anéantissement – nous le voyons tous les jours. L’intérêt, ici, demeure dans le questionnement passablement insoluble auquel nous soumet Mishima : les âmes appauvries mènent-elles à une décadence de la société – si c’est le cas, qu’est-ce qui a mené à leur appauvrissement; ou bien est-ce plutôt l’inverse, et une société décadente mène inexorablement les âmes à l’appauvrissement – perdant ainsi progressivement sa possibilité de relèvement ?

Mishima semble pointer vers une réponse partielle qui est à la fois symbiotique et cyclique – et non-universaliste. Ainsi, les âmes ont besoin de la métaphysique du Japon impérial pour maintenir leur rang et celui-ci a besoin d’âmes demeurées entières pour fonctionner.

Je reviens maintenant à Toru Yasunaga et la spécificité théologique que Yukio Mishima fait entrer en jeu : les Anges du bouddhisme. Ceux-ci sont des êtres supérieurs aux hommes bien que toujours prisonniers du cycle de réincarnation et qui, à la façon des civilisations spengleriennes, connaissent des cycles organiques culminant avec leur trépas annoncé par leur déchéance physique qui est une décomposition avant même que le coeur n’ait cessé de battre. Kiyoaki revêt alors une plus vaste signification comme incarnation de l’Ange du génie national japonais; et chacune de ses vies, une phase du cycle de cette vie d’Ange. Avec Toru, le cycle et la Tétralogie s’achève. Cette mort annonce-t-elle une fin ou un renouveau ?

Laissons cela. Le moment de faire correspondre les oeuvres approche, mais il n’est pas encore arrivé…

Le Traité sur l’Inégalité des Races Humaines

Le Traité est un pavé d’histoire universelle rattachant chaque peuple à des races antédiluviennes – jaune, noire et blanche. Arthur de Gobineau développe une théorie quasi-alchimistique de la morphologie du développement, progrès et déclin des civilisations selon la quantité de sang jaune, noir et blanc contenue dans les veines d’une population.

Une époque civilisée saluerait un ouvrage vieilli mais visionnaire. Mais nous n’en sommes pas.

Principalement lue en vue d’attaquer un père absent du nazisme. On glose sur les références bibliques quant à l’origine des peuples, du chapitre dédié à la phrénologie, des attributs de races et de quelques audacieuses hypothèses linguistiques – lorsqu’on ne se contente pas d’inventer des extraits.

Pour ma part, j’ai souri en lisant ces chapitres – je tiens cela pour une heureuse chose et pas du tout un passif. J’ai aussi reconnu le souffle d’imagination spéculative des grands historiens du XIXe, que les études archéogénétiques font aujourd’hui surgir de leur purgatoire – comme autant de diables de leurs boîtes. Et encore, j’ai senti une telle force de fond en ces idées, que si on les prenait au sérieux, elles entraîneraient une transvaluation des valeurs d’un même ordre de radicalité que lors de la conversion du monde antique au Christianisme.

S’ils le lisaient, même superficiellement, ils ne souriraient plus – ils ne sourient déjà plus… Car Gobineau n’évite rien; n’épargne rien. Dans sa recherche du Sens de l’Histoire, il se met en devoir d’abattre les lieux-communs qui empêche de penser autant à droite qu’à gauche – et c’est probablement en ce point que cette lecture est la plus enrichissante.

Pour abattre l’indépassable rousso-hugoéen cliché de la gauche universaliste sur ce que les institutions font les Hommes, Gobineau offre à ses lecteurs un édifiant portrait de la classe dirigeante haïtienne. Celle-ci porte aux nues les mêmes idoles progressistes que ses homologues éclairés européens; le régime est républicain, bâti sur les mêmes bases philosopho-politiques que les Républiques américaines et françaises; et pourtant, Haïti demeure un enfer vaudou – et nos contemporaines tentatives de rélocalisation de ses citoyens semblent devoir se heurter aux mêmes limites…

À droite, il déboulonne les éternels veaux d’or que tout fin connaisseur en décadence s’attend à immanquablement trouver dans un ouvrage sur la question : la baisse des valeurs civiques et de la religiosité chez les populations d’origines.

Car en effet, ils pointent habilement que les périodes ascendantes dans l’histoire des peuples coïncident rarement avec celles où la morale publique est la plus élevée – la puissance américaine ne prend réellement son essor qu’à l’époque des Robber Barons et des Années folles et non durant la chasse aux sorcières de Salem ou bien lors du premier Thanksgiving des Pilgrims du Mayflower. Peut-on réellement parler de haute valeur civique lorsque Romulus enlève les femmes sabines – et pourtant, il s’agit bien là d’un acte de fondation conséquent ?

Sur la baisse de la religiosité comme marque de décadence, ce Catholique pratiquant n’hésite pas à affirmer qu’au moment de la Chute de Rome, nul ne peut douter de la forte pratique religieuse de ses habitants ni de la sincérité de leur foi… Qu’est-ce qui a donc pu changer ?

… La Géographie ?

Ah oui! Il démonte aussi le montesquieste déterminisme géographique, mais comme cela est chose acquise à gauche comme à droite, passons…

Non, pour Gobineau la seule explication est que la composition ethnique du peuple a changé entre la période de ses fondateurs et de sa décadence. Les peuples sont d’abord fondés par l’union des races conquérantes et des races conquises. Ainsi, un peuple blanc (car pour lui, aucune des autres races ne peut fonder une civilisation) conquiert un autre peuple noir ou jaune, s’y établit durablement, forme une nouvelle élite, un nouveau système de gouvernement; puis face à la masse disproportionnée de ses gouvernés, se métisse et entame sa décadence.

Avant même l’arrivée du premier migrant légal ou illégal, la partie est pliée : les maîtres couchent avec les servantes – leur descendance est déjà autre.

Ce cycle est inéluctable et ne peut donc qu’être tempéré soit par un système de gouvernance implacable interdisant les mélanges (Brahmanisme) ou bien l’arrivée de nouveaux apports de sang blanc (Völkerwanderung). Notons que pour le Comte, ses contemporains européens ne sont déjà plus des Blancs purs mais des métisses à divers degrés – qu’écrirait-il aujourd’hui s’il pouvait être mis en contact avec les dirigeants de l’Alt-Right ou des Identitaires ?

Nous voilà donc face à une théorie historique universelle accouchée par un écrivain ne possédant pas le moindre atome démocratique ou universaliste – mais n’est-ce pas ce qui fait le génie de la littérature d’arriver à l’universel en partant du particulier ?

Enfin, nous abordons vers notre but, le lieu où ces deux oeuvres-fleuves se rejoignent.

Cycles : Métempsychose, Races et Décadence

Donc pour récapituler, nous avons mis en lumière deux visions cycliques de la décadence des peuples : la première, métaphysique, débute à un moment incertain et se manifeste par la dégradation des âmes dans le cycle de transmigration; la seconde, biologisante, débute dès les premiers métissages et se manifeste par l’écart sans cesse grandissant entre un peuple fondateur et ses descendants se mutant en de véritables étrangers quant à leurs principes fondamentaux dont ils ne comprennent plus le sens.

Mais lorsqu’on se penche plus profondément sur ces deux approches, rapidement il apparaît que la cause n’est que superficiellement différente puisque pour chacune de ces théories, le premier moteur consiste en une altération du fond de la population – indépendamment qu’il puise sa source dans l’apport d’un sang jaune ou noir ou bien de la Loi de Manu et des traditions shinto-bouddhistes.

Les classifications en cours sur le Web pourraient tendre à classifier la vision du Comte d’identitaire et une certaine débillerie, propre à ce média, pourrait même sortir le gros mot de “libertarienne”; alors que l’approche de Yukio Mishima tendrait vers l’autoritarisme étatique oriental. Mais encore une fois, cela serait superficiel : si l’idéologie du culte impérial possède un lien avec la préservation ou la dégradation des âmes, l’auteur ne le définit jamais directement et seuls certains de ses personnages l’affirment; ce qui ne l’éloigne pas du rôle qu’Arthur de Gobineau prête à certains États éclairés qui mirent en place des législations politiques et religieuses pour entraver ou empêcher l’altération de sa classe dirigeante – au final, dans les deux cas de figure, l’État cesse d’assurer son rôle sacré car la population n’est plus la même. Dans les deux cas, on se retrouve avec une masse s’agitant pour le changement – et ironiquement, cela aboutit autant dans le Japon Showa 2.0 du Temple de l’Aube que dans l’Europe du XIXe finissant et de notre époque au… socialisme – ce cri immortel des âmes et races décadentes.

Pourtant, une divergence majeure vient et elle dépassera en intérêt tous les points communs; le temps est venu de l’aborder. L’irréversibilité du processus de décadence ou autrement dit : le degré de pessimisme dans la pensée des deux écrivains.

Tel que démontré par la mention du chapitre sur la phrénologie, le Comte de Gobineau évoluait dans une époque encore à l’enfance de la méthode scientifique loin des nouveaux champs de possibles qu’elle allait ouvrir au monde; ainsi, sa pensée dépasse le pessimisme pour sombrer dans le fatalisme : le métissage ne peut être inversé, une fois qu’il a eu lieu. Cela était renforcé de par ce que le monde historique occidental était quant à lui déjà au seuil de la vieillesse couplé à l’exploration et la mise en cartographie de la quasi totalité du Globe et la classification méthodique de ses peuplades – il n’y avait plus de Peuples Blancs pour venir raffermir le stock de grandeur.

Pour Mishima le pessimisme est aussi présent mais rendu ambigu en partie par la forme d’expression du roman et l’affirmation métaphysique de la métempsychose et surtout par l’affirmation de la possibilité de salvation par le Geste pur. Sauf que voilà, Isao qui est le seul personnage à avoir tenté ce Geste et accédé à une exécution esthétiquement parfaite ne parvient pas à enrayer la décadence du Japon – au contraire! Pour pousser, il me faut surmonter ma répugnance et faire parler la vie de Mishima et de son propre Geste dont l’exécution fut loin de la perfection esthétique. Dans ce cas aussi, le Seppuku n’enraya pas la décadence du Japon – non littéraire, cette fois. Pourtant on est poussé à croire que si l’écrivain a tenté ce Geste, c’est qu’il croyait honnêtement que la décadence des âmes individuelles et de l’âme collective pût être inversée par l’Action – et les hommes sont toujours honnêtes… Le surpassement de la décadence par Mishima a passé par l’adoption d’un nihilisme actif – ce qui sous-tend à préférer le devoir à la vie et non forcément une croyance en une voie de salut collectif.

Peut-être que la véritable différence de vision entre Gobineau et Mishima réside réellement en une question de foi ? Le premier étant fervent catholique peut s’accommoder de ce que les plus belles races doivent disparaître, de ce que les civilisations ne peuvent être sauvées puisqu’à la fin de tout, il y aura le Jugement Dernier, la Parousie et l’Éternité passée en félicité en compagnie du Bon Dieu. Alors que le second avec son éclectique cortège d’Empereur sacré, de Roi-Paon, de shinto-bouddhisme, d’amalgames indiens et de nationalisme ne peut s’accommoder de la décadence puisqu’il aura à la vivre à un degré sans cesse plus avancé d’abaissement – l’Éternel Retour sans l’Amore fati…

Conclusion

Pour nous qui vivons à l’ère Naruhito/Ano Domini 2025, nous ne pouvons nous contenter de nier bê(a)tement (sic) l’existence d’une décadence. Que nous soyons des matérialistes biologisant ou bien de spiritualistes de la métempsychose la question de la décadence et de sa réversibilité doivent nous interroger et sérieusement… car l’enjeu est… sérieux – peut-être même davantage. Ne serait-ce que pour s’assurer que les tentatives de réponses et des résultats souhaités nous conviennent.

Hélas, les réponses apportées par les Mishima et Gobineau ne peuvent plus nous convenir! Les dieux ne marchent plus sur la terre. Et donc, l’attente chrétienne de Gobineau dans la défaite inéluctable d’un triomphe final tout aussi inévitable ne saurait être proposée à des jeunes qui ne croient plus en Dieu – et même s’ils croyaient, il faudrait les contraindre à ne pas l’accepter! …Et donc, dans ce monde désenchanté, le nihilisme actif de Mishima ne serait qu’un plagiat mécanique… une publicité négative pour les lignes anti-suicide.

Et pourtant, nous avons pour nous l’avantage d’être établis sur des hauteurs de connaissances scientifiques et techniques qu’aucun de nos deux auteurs ne pouvait entrevoir – pas même celui qui a assisté au déchainement de l’Atome par l’homme contre l’homme. Et déjà, nous pressentons l’ascension vers le prochain sommet. Toujours plus élevé. Et si le vertige nous gagne alors qu’il nous interdise de jamais redescendre!

Ce n’est pas entièrement nouveau – mais outre la thèse de ce texte, rien ne l’est jamais. Et les héritiers de Gobineau ont voulu user de la Science et de la Technique pour endiguer son prognostic de telles manières qu’ils en ont durablement dégoûté les générations suivantes. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus besoin des manières d’autrefois; nous avons maintenant des médecines douces. Déjà, des parents se bousculent pour sélectionner et donc améliorer le fœtus de leur futur enfant; la compétition du monde techno-capitaliste en poussera toujours davantage. Et puis, la beauté de la décadence réside dans ce qu’elle épure les choix pour ne laisser que celui-ci : surmonter ou disparaître.

Le seppuku de Mishima n’a pas empêché la décadence japonaise de poursuivre son cours inexorable, mais son oeuvre a peut-être enrichi des âmes – son suicide est-il autre chose que le couronnement de cette oeuvre? S’il a d’abord été accueilli par la dérision, le temps passant celle-ci l’a tout de même recraché de sa gueule puante et plus personne ne rit – les mythes naissent ainsi, je le crois.

Encore se peut-il que l’appauvrissement des âmes n’était causée que par la finitude du nombre de ces dernières et que pour pallier à l’exponentielle croissance d’humains, il a fallu se partager des tronçons? Si on en croit les chiffres mondiaux de la démographie, en pleine décadence, cela aussi est en voie de se régler.

Peut-être voyons-nous déjà la lumière dorée indiquant que nous arrivons à la sortie du Kali Yuga… Peut-être que les Francs resurgiront des forêts de Franconie…

Peut-être que pour cela billions must … mais :

« Je viens de faire un rêve.
Je te reverrai.
Je le sais.
Sous la chute d’eau. »

-Yukio Mishima, Neiges de Printemps
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