La Tradition, la sécheresse morale et le matérialisme

Cet article a pour objet de présenter la pensée traditionnelle, qui constituait le cadre mental des sociétés, notamment occidentales, avant les années 1900-1950. C’est la perte de vue de cette Tradition, dont les prophéties continuent tout de même de s’appliquer, qui explique pourquoi malgré notre puissance matérielle inédite, nous faisons si peu de choses intéressantes et tant de mal. La conquête spatiale n’est à peu de choses près que Musk et partiellement Roscosmos. Les IA progressent, d’accord. Mais où sont les robots de combat ? Où sont les modifications génétiques de l’être humain ? Où sont les drogues d’apprentissage ? Où est la propulsion nucléaire pulsée ? Où sont les voitures volantes ? Pourquoi nos Etats créent-ils des problèmes raciaux en provoquant l’immigration de masse actuelle ? Matériellement, tout cela est faisable, mais nous choisissons de consacrer nos moyens matériels à d’autres choses, par faiblesse spirituelle. La Tradition garantissait l’Action d’au moins une partie de la population, en contraste avec la sécheresse morale moderne.

I) Le présent est vieux. La décadence.

Le point de la Tradition le plus éloigné de la pensée moderne est que la présent est vieux, contrastant avec le présentéisme hédoniste et les lendemains qui chantent socialistes. L’humanité actuelle n’est qu’une dégénérescence de l’humanité passée. L’héritage des envahisseurs indo-européens se diluant dans le fond pélasgien primitif, l’humanité ne peut que subir la décadence/dégénérescence de sa race. L’Âge d’Or laisse place à l’Âge de Bronze laissant place à l’Âge de Fer après lequel l’homme court le risque de voir le feu de Vesta s’éteindre définitivement et de s’enfoncer dans le fond chtonien du Quart-monde .

Le roman Latium de Romain Lucazeau offre des exemples très évocateurs. Dans un lointain futur où ne reste de l’humanité que des IA contrôlant des destroyers stellaires et réglées pour ne pouvoir blesser d’être conscient, vit sous les glaces de Ganymède un peuple d’hommes-cétacés, issus de bélugas génétiquement améliorés par l’homme. Ils résident dans des palais sous-marins, anciennes installations minières reconverties, cultivant des algues à la lumière de grandes lampes sous-marines à mercure. Leur phénotype modifié, dont la conscience et d’autres ressemblances physiques avec l’homme, est instable face aux mutations, de sorte que la majorité du peuple a dégénéré en êtres à peine conscients, dont les membres sont plus proches de la nageoire que de la main, à peine bons à travailler dans les champs d’algues en tant qu’esclaves. Une élite de patriciens parvient à maintenir son phénotype, dont son intelligence, par une consanguinité savamment calculée. Mais un jour, les lampes à mercure ne pourront plus être entretenues, le bas peuple dégénérera au-delà de tout espoir de rédemption, et ce sera terminé. Leurs archives font état de temps anciens où la population intelligente était beaucoup plus importante, et non seulement une élite en extinction, un âge de Bronze. Y sont même évoqués les souvenirs des chaudes mers de la Terre où vivaient leurs ancêtres, avant même l’ascension à la conscience, un Âge d’Or.

La tradition de l’ancienne Germanie témoigne de l’absence d’espoir. Après une courte vie, l’individu est dévoré par les divinités chthoniennes, fondu dans la Gestalt, et recraché. Dans de nombreuses versions des sagas germaniques, même les héros n’échappent pas à ce destin, à cause d’une erreur qu’ils commettent avant même le début de leurs quêtes. Le jour où le travail incessant de Woden ne suffira plus à maintenir le monde, le Ragnarök arrivera, comme il aurait déjà dû arriver depuis longtemps. Les Géants reviendront et les dieux seront tués. Un nouveau cycle commencera alors. Le fils de Woden, ayant survécu, parviendra-t-il à le maintenir au-delà de sa durée prévue tel son père ?

II) Passer à l’Action. Le rajeunissement. L’élévation vers le divin. Rome.

Malgré cette dégénérescence, existe encore dans le cœur de l’homme un potentiel dont l’actualisation permet de ralentir voire de renverser la dégénérescence, constituant un rajeunissement. Ce potentiel est actualisé par l’Action humaine.

L’Action permet de s’élever vers le divin en se dépassant dans l’action. Le dépassement de soi se voit par l’abandon d’une partie de ses attributs terrestres, nécessaire pour l’action considérée. Ces attributs terrestres constituent la partie dégénérée de l’homme, presque des handicaps artificiels, issus de la dégénérescence. Ils sont sacrifiés dans l’action, lui permettant de s’élever vers le divin, qui est la réalisation du potentiel en lui. Ce potentiel de dépassement constitue la part de divin en l’homme, et en ce sens de potentiel, l’homme est fait à l’image de Dieu. Un exemple de très bas niveau est le suivant. Si vous prenez votre vie en main, si vous agissez, vous vous rendrez compte que vous n’aurez plus le temps de jouer aux jeux-vidéos. Vous aurez choisi de sacrifier l’attribut terrestre, le fait d’être gamer, qui constituait cependant une partie de vous. Ce sacrifice était nécessaire, et est heureux. Un autre exemple de sacrifice, plus noble et moins trivialement heureux, serait l’ingénieur spatial s’exposant aux radiations spatiales pour réparer un élément essentiel du moteur du vaisseau de colonisation vers Alpha du Centaure, perdant des années d’espérance de vie à chaque sortie.

Cette Action, par le sacrifice, pourrait sembler une notion de gauche, souvent opposée à l’intérêt individuel et mortifère. Il n’en est rien. Ce dépassement et ce sacrifice de soi, en fait d’attributs terrestres constituant autant de handicaps de dégénérescence, sont nécessaires à l’accomplissement de l’intérêt individuel. Dans une bataille, si vous avez peur de mourir, si vous hésitez à vous sacrifier pour tenir la ligne, la ligne débandera et vous serez sûr d’y passer lors de la poursuite. Si vous êtes prêt à vous sacrifier, surmontant votre peur de la mort, la ligne tiendra et vous aurez une chance. Un lien peut être fait avec le thumos, la virilité, évoquée par Harvey Mansfield dans son livre Virilité, vertu consistant à être prêt à sacrifier sa vie pour la sauver. L’ascète, faisant des sacrifices non nécessaires à l’action, voire se scarifiant sans agir, est, pour citer le Rig Veda, « comme un animal utile à la divinité ». Le fanatique peut être utilisé avec fruit, en lui montrant la direction, en le manipulant.

Avant de parler de Rome et de l’espoir de rédemption pour les non-héros, faisons une parenthèse sur le Péché originel. Face à nos choix quotidiens, nous savons quel est le bon choix et quel est le mauvais choix. Nous choisissons consciemment le mal alors que nous savons que c’est le mal. C’est cela le Péché originel. Réviser une dernière fois la ville de l’examen ? Je peux bien me reposer un peu, et puis, mieux vaut être relax pour le passer correctement. Répondre à un proche en étant agacé parce que je suis fatigué tout en sachant que cela provoquera une dispute ? Oui, je suis fatigué, non mais. Travailler 3 heures de plus le soir pour finir tel travail alors que je sais que le lendemain je serai épuisé et incapable de travailler correctement, perdant plus de temps que j’en gagne ? Go ! Faire mon devoir ? C’est plus agréable de ne pas le faire, bien que je sache que je le regretterai. Être adulte, c’est avoir le sens du devoir permettant de dépasser assez souvent le Péché originel.

Mais alors, seuls les héros seraient-ils capables de s’élever vers le divin, rajeunissant par leur Action des pans entiers du système ? Que devient l’homme de base ? Est-il condamné à être dévoré par les divinités pélasgiennes anciennes et fondu dans la Gestalt? Non, car l’homme de base peut obtenir sa rédemption en obéissant volontairement au commandement du héros, montant ainsi au ciel dans son sillon. Le sens métaphysique de Rome est celui-ci. En obéissant à ‘l’imperium de Rome, les peuples peuvent gagner la rédemption, tels les bandes de Germains dans leur rapport à l’Empire. Les Romains ont en effet gagné le droit divin, en tant que peuple, de décider de qui sera sauvé ou banni/oublié, par leur Action historique de conquête du monde. Les Romains ont réalisé la prophétie, renversant la dégénérescence de l’humanité en restaurant l’Âge d’Or après l’Âge de Bronze, du moins temporairement, avec le Principat d’Auguste. En ce sens métaphysique, le Saint Empire Romain Germanique, du moins jusqu’au dernier des Hohenstaufen, était bien Romain.

III) Le sens traditionnel de la religion. A quoi reconnaît-on la dégénérescence ?

La religion, traduisant la dimension morale et spirituelle des individus la pratiquant, indique le niveau de dégénérescence du système ou de l’individu concerné. L’affaiblissement des principes unitaires et d’incitation à l’action témoigne de la dégénérescence spirituelle par la résurgence des éléments pélasgiens. Au contraire, la restauration par l’Action des hommes détenteurs de l’imperium témoigne d’une halte, voire d’un renversement de la dégénérescence spirituelle spontanée. Pour en parler, le plus simple reste de parler d’histoire des religions en Occident. Ce sera l’objet d’un prochain article.

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