Identité, (5/5) pourquoi nous sommes universalistes

Le monde moderne reposait sur la contradiction entre liberté et égalité, la chute du mur de Berlin symbolisant le dépassement de cette contradiction au sein de l’Occident, qui pensait ainsi sortir de l’histoire. Mais cette parenthèse enchantée fut brève, le 11 septembre 2001, par cette attaque d’ampleur sur le sol occidental, sonna son retour et l’entrée dans le monde post-moderne reposant sur une nouvelle contradiction : l’identité contre l’universel. Dans cet article nous tenterons d’expliquer pourquoi nous sommes universalistes.

Une condition humaine universelle

Nous sommes tous différents, d’un point de vue physique, cela va sans dire, mais c’est aussi vrai pour la structure de notre cerveau et son fonctionnement qui a un impact sur notre personnalité, nos performances cognitives, notre comportement ou encore notre ressenti. Nous avons un accès au monde conditionné par ces capacités, qui nous permettent d’appréhender la réalité telle qu’elle se donne, comme le définit Husserl.

Chaque humain est un template, similaire aux autres, mais disposant de particularités propres. Nous ne différons pas de nature, nos corps sont globalement similaires, nous disposons des mêmes organes, sauf anomalie, et nous éprouvons la même gamme d’émotions… mais à des degrés différents.

Cette différence de degré, qu’on observe à un niveau individuel comme au niveau moyen d’une population, et non de nature laisse donc à penser qu’il existe une façon d’être au monde, un Dasein heideggerien qui est valable pour l’espèce humaine. Il existe donc une condition humaine qui peut être pensée comme partie intégrante de notre identité.

En cela, notre point de vue se rapproche de ce qu’Harari nomme l’humanisme libéral, à ceci près qu’on ne pense pas que la nature humaine soit “foncièrement différente de la nature de tous les autres animaux” mais simplement que notre rapport au monde est différent, ce qui nous rapproche de fait de l’humanisme évolutionniste. Nous ne sacralisons pas Homo-Sapiens, pensons que l’espèce humaine est en constante évolution et se dirige vers un devenir qui nous est encore inconnu.

Tandis que l’humanisme libéral recherche autant de liberté que possible pour les individus, l’humanisme socialiste veut l’égalité entre tous les hommes. Pour les socialistes, l’inégalité est le pire des blasphèmes contre la sainteté de l’humanité

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

Une quête du sens de la vie commune

Étant la seule espèce disposant des capacités cognitives nécessaires à la connaissance réflexive de sa propre existence, l’espèce humaine peut être considérée comme la vie prenant conscience d’elle-même. Dès lors, questionner le devenir de l’espèce humaine, c’est questionner le sens de la vie. Prisonnier de notre condition d’homo-sapiens nous sommes naturellement limités par nos capacités cognitives. Nous pouvons mieux appréhender le monde que nos lointains ancêtres, mais nous devons comprendre que nous avons encore une marge de progression sûrement énorme.

C’est pourquoi Elon Musk et Harari en sont tous les deux arrivés à se dire que ce qui compte pour l’espèce humaine, c’est de trouver les bonnes questions à poser. À l’instar des traditions de connaissance prémodernes telles que l’islam, le christianisme, le bouddhisme et le confucianisme qui affirmaient que tout ce qu’il est important de savoir sur le monde était déjà connu, la révolution scientifique, en germe dans la Grèce Antique, fut la pleine prise de conscience de notre ignorance.

Dès lors, ce qui compte est de poser les bonnes questions et se permettre de les identifier au mieux en développant la portée et l’échelle de la conscience humaine afin de trouver des questions dont nous n’avons même pas encore idée. Autrement dit, nous devons faire émerger ce que Harari appelle de son côté Homo-Deus ; et Elon Musk y participe grandement en travaillant sur le projet Neuralink, visant à améliorer les capacités cognitives humaines grâce à une puce directement implantée dans le cerveau. Mais Homo-Deus n’est pas une fin en soi, c’est une étape, un moyen de faire advenir une forme supérieure du vivant sans qu’on ne connaisse exactement la fin de cette manœuvre.

“La révolution scientifique n’a pas été une révolution de la connaissance. Elle a été avant tout une révolution de l’ignorance. La grande découverte qui a lancé la Révolution Scientifique a été la découverte que les humains ne connaissent pas les réponses à leurs questions les plus importantes.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

Quand j’étais enfant, je me demandais quel était le sens de la vie ? Pourquoi sommes-nous ici ? Quel est le sens de tout ça ? Et j’en suis venu à la conclusion que ce qui compte vraiment, c’est d’essayer de comprendre quelles sont les bonnes questions à poser. Et plus nous pouvons augmenter la portée et l’échelle de la conscience humaine, mieux nous sommes en mesure de poser ces questions.

Elon Musk

Cette prise de conscience, et cette tournure d’esprit transcende votre civilisation d’origine pour toucher à l’universel. La méthode scientifique est nécessairement universelle. Il n’y a pas de Science Juive comme certains la dénonçait auparavant ou de Science Blanche comme d’autres le font aujourd’hui. Mais plus encore, il n’y a pas de vérité révélée par un être premier. Ce faisant, la révolution scientifique a rendu le christianisme obsolète, alors qu’il était un moyen assez efficace de canaliser le ressentiment. Et comme je l’ai mis en avant, je crois que le but d’une civilisation apaisée devrait être d’éliminer et même de sublimer le ressentiment des individus afin de permettre l’épanouissement des natures fortes et de favoriser leur reproduction tout en s’inscrivant dans son histoire civilisationnelle.

Le Christianisme comme morale de forts

Certains ont avancé que si nous avons réussi à faire des prouesses sous l’ancien régime, c’est parce que l’Église permettait de canaliser le ressentiment des faibles en leur faisant miroiter un arrière monde meilleur, accessible au terme d’une vie de souffrance. Un Dieu bienveillant qui trieraient les bons et les mauvais. Ils acceptaient ainsi leur condition. Le christianisme, morale de faible, contre la morale aristocratique pour les forts, auraient fait tellement d’adeptes qu’il aurait alors poussé les rois et les empereurs à se convertir sous le nombre ou simplement pour contrôler les foules de façon cynique. Ce poison aurait fait tomber Rome et plongé l’Europe dans une grande pause. Je pense avoir dit des choses s’en approchant moi-même et pourtant, après un long cheminement, je postule, que ce n’est pas là toute la raison.

Beaucoup ont essayé de trouver des points d’accords entre Nietzsche et le Christianisme en le faisant rentrer comme un carré dans un rond. Ce n’est pas mon cas. Mais en allant au bout du bout de la logique nietzschéenne du Surhomme, on retrouve nécessairement certains bienfaits du christianisme épurés de leurs scories. 

Je postule que, si le christianisme est une morale de faible, les forts le magnifient et que c’est la raison première pour laquelle il a pu se répandre dans l’élite européenne alors même qu’il fut adopté au début par les plus faibles. C’est parce que le faible comprend qu’il est faible, assume sa faiblesse et n’envie plus le fort, accepte sa situation jusqu’au dénuement le plus total, en refusant le rapport de force, que le fort peut exprimer sa supériorité par la bonté comme la charité. Cette dernière étant un acte librement consenti où les positions sont explicitées. “La main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit” et plus on peut donner, plus on est fort. Le faible recevant la charité comprend lui que c’est un privilège qu’il doit au fort et non un droit censé corriger une inégalité injuste.

Harari n’a pas compris pourquoi il y avait cette contradiction chez l’aristocrate au Moyen-Âge mais la raison est précisément que le christianisme est une morale de fort. Le christianisme a permis de canaliser le ressentiment car il a permis au fort d’exprimer sa puissance envers le faible par la bonté. Dans le même temps, il avait pour mission de se montrer fort envers les forts afin de protéger les faibles ou de laver son honneur bafoué par un autre fort. L’aristocrate du Moyen-Âge pouvait comprendre la parabole lui demandant de tendre l’autre joue comme une expression de sa force envers un faible. Tendre l’autre joue revient à révéler sa condition de fort indiquant ainsi à l’effronté que sa véhémence est peine perdue et que vous pourriez l’écraser. Le duel était lui une façon de régler un différend entre individus de nature égale. En proposant un duel, on reconnait la nature de son adversaire. Lui proposer un duel c’est les respecter lui et son rang. Dans les deux cas, le fort exprime pleinement sa puissance.

La modernité et ses ratés

Le monde moderne, via les droits de l’homme, a fait énormément de bien au monde, cependant, il lui a aussi fait un mal immense, bien malgré lui, et à l’Occident en premier. Si les droits de l’homme ont raison de dire que les hommes naissent libres et égaux en droits, ils oublient de dire qu’ils naissent fortement influencés par leur nature inégale et qu’une nature forte appelle à de plus grands devoir qu’une nature faible. Le libéralisme, reposant grandement sur ces principes, a donné lieu à un capitalisme qui put être extrêmement violent. L’aristocratie ne remplissant plus son rôle fut balayée par des bourgeois ne garantissant pas toujours les nobles principes aristocratiques.

On peut noter que la réforme protestante donna une chose intéressante chez les anglo-saxons, Ils pensent que la réussite financière est une reconnaissance de Dieu mais, dans le même temps, ils possèdent une culture de la charité et du pourboire comme nulle part ailleurs. L’effort est récompensé, l’argent n’est pas sale et le don est une valeur essentielle. Ils n’étaient pas loin du surhomme, mais ils manquaient d’une chose importante. Toutes les façons de gagner de l’argent ne se valent pas, le plus important est la tâche en elle-même.

Si les droits de l’homme, libéraux, n’en ont pas assez dit, le communisme lui en a trop dit. En disant “De chacun selon ses capacités” c’était un excellent début qui exprimait cette différence de nature entre les hommes mais ils auraient dû finir par “à chacun selon ses accomplissements”. Car c’est à l’aune de ce principe qu’on doit juger les actes des gens. Quelqu’un avec peu de capacités mais les remplissant toutes vaut plus qu’un autre avec de grande capacités gâchées. À capacités égales, celui qui réalise plus vaut plus. À réalisations égales, celui partant avec de plus faibles capacités initiales vaut plus.

Enfin, les wokes, en ne disant que “Deviens qui tu es” et en lui proférant comme seul sens la subjectivation passent à côté de ce que cette formule recouvre de plus important, l’injonction morale à se montrer à la hauteur de sa nature.

Surhomme et éthique personnelle

Comme Nietzsche lui-même le dira à la fin de sa vie, le surhomme c’est “César avec l’âme du Christ”. Un homme disposant de la nature la plus haute, la manifestant en usant de sa volonté de puissance mieux que quiconque par de grandes réalisations personnelles mais doué d’une volonté d’offrir au monde autant que sa nature le lui permet. Qu’est-ce qu’un homme oisif spéculant sur le Bitcoins sans rien construire offrirait au monde quand bien même il donnerait la moitié de ses intérêts par charité. La tâche en elle-même est importante nous dit Nietzsche. Les natures fortes ont le devoir d’apporter beaucoup au monde par leurs actes.

La méritocratie a cela de supérieur à l’aristocratie qu’elle offre les mêmes chances à chacun de révéler cette nature, en cela, il est important que les hommes naissent libres et égaux en droits. Chacun doit alors essayer de révéler sa nature la plus haute par des manifestations ayant un impact positif pour l’humanité, son continent, son pays, sa ville, sa famille. Plus notre nature est grande, plus notre tâche revêt une importance mais chacun peut l’exprimer à son échelle.

Quelle que soit notre nature initiale, quel que soit l’impact de notre tâche, nous sommes tous égaux face à ce devoir. Nous devons être durs avec nous même, bons avec les plus faibles que nous et ne pas éprouver de ressentiment pour les plus forts. Chaque fois qu’on se rabaisse, qu’on manque de discipline, de volonté, de sérieux ou qu’on se laisse aller et qu’on ne manifeste plus la grandeur de notre nature, on se trahit nous-même et les personnes impliquées par notre devoir. Si notre nature est si grande que notre devoir a un impact sur l’humanité, alors refuser de se donner les moyens de l’effectuer est une trahison envers l’humanité entière. On ne doit pas juger ou mépriser quelqu’un n’étant pas à la hauteur de sa nature mais on doit être dur avec lui en lui rappelant son devoir. Ce n’est que lui faire respect que d’être dur avec lui, ça témoigne combien on a de l’estime pour lui.

Une vie de paresse où nous n’avons pas pu ou pas tenté de manifester cette nature est une vie ratée. Nous devons la finir en nous disant qu’on aimerait la revivre à l’infini et c’est à cette fin que Nietzsche usa du concept de l’éternel retour.

Devenir et principe vital

Arrivé à ce stade, vous devriez comprendre pourquoi Nietzsche dit “Deviens qui tu es. Fais ce que toi seul peut faire”. Nietzsche disait s’adresser à une élite mais les penseurs post-modernes ont vu dans son message une chose que chacun peut s’approprier individuellement pour se trouver, se connaitre soi-même en explorant. Les penseurs post-modernes ont vu juste en démocratisant ce principe, chacun doit se l’approprier mais son ultime but n’est pas l’individuation ni la subjectivation. Toutes les expériences ne se valent pas, certaines sont plus nobles que d’autres.

Le but n’est pas tant de devenir un individu singulier au sein d’un groupe que d’accomplir la tâche que notre nature nous appelle à réaliser que personne d’autre ne fera. Si je ne m’occupe pas de ma famille, qui le fera ? En le faisant je deviens un mari et un père, ce qui constitue déjà une tâche noble en soi. Si mes capacités sont plus grandes alors je dois les mettre à profit pour offrir encore plus. En cela notre premier devoir est envers nous-même. Faire ce que seuls nous pouvons faire, signifie avant tout de prendre soin de soi. Vous ne devez compter sur personnes d’autre pour prendre soin de vous, seul vous pouvez le faire.

Le principe que j’évoque n’est rien d’autre que la vie. Ce que Nietzsche appelait la volonté de puissance. On ne pouvait comprendre ce qui pousse un homme à aller mourir à la guerre. Cela semblait aller contre le principe évolutionnaire visant à passer ses gènes. En réalité ça ne l’est pas. Nos proches partagent nos gènes, vaincre à la guerre c’est s’assurer qu’ils passent leur gènes. La perdre c’est courir le risque que toute la lignée s’éteigne. C’est pourquoi c’est dans ces moments que la vie s’exprime le plus crûment. Mais le processus évolutionnaire implique aussi naturellement l’altruisme et, en cela, ce principe ne trahit pas la vie.

Ce principe vital est le moteur du Surhomme. Respecter la vie dans ce qu’elle a de plus dur et de plus cruel parfois mais en étant dépourvu de ressentiment et en cherchant à améliorer le sort de l’humanité, c’est devenir un surhomme.

De l’être suprême au Devenir Suprême

Ainsi, la race est noble car elle est la voie vers le lointain. Je dis bien LA race et pas LES races qui ne sont que des conséquences. Quelle que soit votre couleur de peau, vos ancêtres, vous avez une race. Le corps et le sexe sont nobles car il sont les moyens de faire continuer la race tel que l’appelle la vie. Mais si la race est noble car elle est la voie vers notre lointain et que la vie est le moteur du surhomme permettant d’y accéder en aimant son lointain, alors ce qui est sacré, ce n’est pas l’être mais le devenir. Et le devenir suprême… c’est Dieu. J’aurais pu choisir un nom différent mais après avoir redonné ses lettres de noblesse à la race parce que quelques faquins la salissent, il me semble opportun de redonner un sens positif au mot Dieu.

Devenir un Surhomme nous rapproche, nous et toute l’humanité, de Dieu. Refuser de manifester sa nature, au contraire, nous éloigne, nous et toute l’humanité, de Dieu. 
Dieu est mort parce que nous l’avons tué collectivement. Mais de la même façon, nous pouvons rendre Dieu au monde. Pas par des textes, pas par une révélation divine, mais en se montrant chaque jour à la hauteur de notre nature et exprimant pleinement notre volonté de puissance en la sublimant dans les actions les plus nobles. Dieu est mort car il devait mourir. Car Dieu n’est pas la cause première – causa sui-, ce n’est pas “l’être suprême” comme l’appelait Robespierre. Dieu c’est le devenir suprême. Ce qui est sacré, c’est le devenir et non pas l’être, et c’est d’ailleurs pour cela qu’on aurait tort de sacraliser la race comme une chose figée et éternelle alors que ce qui est grand est son devenir. Dieu ne doit pas être défini. Définir le devenir, le borner, c’est risquer de verser dans les pires atrocités comme nous l’a montré la modernité.

Ce principe réconcilie Prométhée et le Christ, Nietzsche et Dostoïevski, le paganisme et le Christianisme. Le néo-païen est un néo-chrétien. Vous vous écharpez depuis des siècles sur des questions comme savoir s’il existe un progrès linéaire ou s’il est cyclique. C’est, pour moi, regarder la même chose depuis deux référentiels différents. Le mouvement est en fait hélicoïdal, de la même manière que d’un point de vue héliocentré on pourrait croire que les planètes se contentent de tourner autour du Soleil par cycles, mais en changeant de point de vue, on voit que le soleil a lui-même une trajectoire et les planètes ne reviennent jamais au même endroit après chaque cycle. Les païens aiment leur terre et leur sang, les chrétiens aiment leur Dieu. Dieu, en tant que devenir suprême, vous dit d’aimer votre sang et votre terre. L’Être Suprême est le bâton qui vous promet la punition, le Devenir Suprême est la carotte qui vous pousse à être meilleur. Il sélectionnera les individus et les peuples qui l’aiment le plus car ce sont ceux qui s’aiment le plus en premier lieu et veulent apporter beaucoup au reste du monde, dans une charité bien ordonnée.

Ainsi, le pari de Pascal n’a plus de sens. Croire en ce Dieu c’est être gagnant à tous les coups. Soit il existera et vous aurez permis de l’atteindre, soit il n’existera pas mais en ayant vécu comme s’il existera vous aurez eu la meilleure vie possible, pas une vie de privation spéculative, pas d’enfer potentiel. Croire en lui c’est s’assurer qu’à la fin de notre vie, on ait envie de la vivre encore à l’infini. Ne pas y croire et ne pas suivre les préceptes nécessaires à la vie, c’est se donner la possibilité de ne pas sélectionner ce qui est noble et, à la fin de sa vie, éprouver des regrets.

La révolution scientifique, aussi nécessaire qu’elle fut, s’accompagna d’un véritable problème de nihilisme. La grandeur du christianisme était de permettre que chacun fasse preuve de discipline et remplisse la tâche qui lui était due du mieux qu’il puisse quelle que soit sa nature et sans ressentiment, condition première pour une société harmonieuse et d’excellence. Par tradition, la modernité a pu capitaliser sur ces dispositions humaines avant qu’elles ne se perdent peu à peu au fur et à mesure que la croyance en Dieu fut détruite. En libérant la connaissance et la technique, la Science a amené au monde des bienfaits incroyables. Cependant, elle lui a fait un mal encore plus grand en lui enlevant le sacré.

Mais cette conception de Dieu réconcilie également la Croyance et la Raison, le spirituel et le scientifique, puisque la Science s’occupe de ce qui est et que mon Dieu, en tant que Devenir, n’est pas. Le profane et le sacré sont ainsi bien séparés sans empiéter l’un sur l’autre. Un Dieu comme Devenir Suprême, suivant les principes de la vie et du cosmos, n’est pas incompatible avec la Science. Au contraire, la Science permet de le comprendre et de s’en rapprocher sans cesse. Il permet d’offrir le cadre moral permettant d’orienter la technique vers les tâches importantes et se détacher de celles ne servant pas la vie.

Elon Musk, Surhomme par excellence

Étrangement, le peuple incarnant peut-être le mieux ces principes n’est pas Occidental. Ou du moins, il ne l’est plus, car je pense que la France, à une époque, aurait pu y prétendre. Ce peuple, ce sont les japonais. Un peuple d’individus si durs avec eux même que leur culture fait périr les faibles et les ratés, incapables de se montrer à la hauteur de leur nature, par le suicide. Si soucieux que tout soit beau et parfait, ils ont créé un pays que tout le monde aime, du bobo le plus délicat au droitard le plus rustre, mais si conscients du travail requis génération après génération pour en arriver là qu’ils mesurent l’importance de se préserver d’un point de vue ethno-culturel, et n’accueillent que très peu d’immigrés, leur préférant les machines. Mais il leur manque une chose qui est propre à l’Occident. Il leur manque les héros. Étant trop collectivistes, leur individualité est étouffée. Aussi, ils connaissent le même problème démographique que nous, symptôme d’un mal plus profond.

On a beaucoup à apprendre d’eux mais, in fine, on jugera de la grandeur d’un peuple à sa capacité à produire des individus hors normes qui apportent le plus à l’humanité entière, même si le prix à payer est parfois élevé. Ces peuples auront alors nécessairement le meilleur Dieu, car Dieu est le devenir.

Ces héros, il en existe déjà au moins un aujourd’hui, un homme sans ressentiment à l’insouciance d’un enfant qui partage des memes comme un gamin. Un homme qui voit l’argent comme un moyen et non une fin en soi, pour entreprendre des projets d’une grandeur inégalée et donner énormément au monde, via les tâches qu’il accomplit. Un homme qui n’hésite pas à chasser les marchands du temple en faisant couler un hedge fund… Elon Musk est un Surhomme. Si sa réussite est si grande, c’est non seulement parce que sa nature est très grande mais surtout parce qu’il a rarement failli face à Dieu, et a toujours choisi des tâches revêtant la plus haute importance pour l’humanité. Le Surhomme n’est rien d’autre que le saint du Devenir Suprême. Ainsi, il n’y a aucune différence entre le guerrier et le saint. Le guerrier est le saint au cœur épuré qui peut donner la mort sans aucun ressentiment mais simplement car cela est nécessaire pour servir la vie comme se nourrir, ou se défendre. On ne peut rien comprendre aux guerres tant que l’on croit que Dieu est l’être suprême. Pourquoi un être suprême si bon voudrait que les hommes se battent ? On ne peut rien comprendre à la phrase “Battez-vous et Dieu reconnaitra les siens” si on ne place pas Dieu comme devenir suprême. Dieu aura choisi les siens car de facto, les vainqueurs sont ceux qui continueront leur devenir et ainsi se rapprocheront de Dieu, du Devenir Suprême, de l’effet dernier. Ce sera leur destin car le destin, c’est ce qu’on ne peut pas changer. Ce n’est pas l’avenir, c’est le passé. Nous pouvons avoir un impact sur notre destin tant qu’il n’est pas advenu.

Si quelque chose est suffisamment important, vous devez le faire même si les chances de réussite sont minces.

Elon Musk

Ainsi, le Grand Remplacement, aussi tragique soit-il, n’est qu’un symptôme. Le problème de fond est qu’une part trop grande d’Européens refusent de servir la vie. L’avenir appartient à ceux qui font des enfants, se défendent des attaques extérieures et croissent. Trop en Occident aujourd’hui ne font plus d’enfants, ne veulent plus se défendre et veulent disparaitre. Les immigrés eux-mêmes font moins d’enfants après quelques générations. Si le premier peuple victime sera les européens, Le Grand Remplacement est en fait un phénomène constant et permanent, une grande machination contre la vie comme aime à l’appeler Renaud Camus. Les conservateurs nous disent qu’on doit revenir au christianisme pour ses valeurs morales, que la technique aspirerait l’âme et épuiserait l’énergie vitale des peuples au sein desquels elle se développe. Les collapsologues les rejoignent sur le danger de la technologie et voudraient qu’on décroisse. Il n’y a rien de plus faux. La morale des conservateurs est mauvaise car elle part d’un mauvais postulat. La technique est neutre, elle peut servir les plus grands desseins comme les plus bas instincts. L’avenir appartiendra aux peuples qui usent de la technique pour servir la vie, qui auront le plus de Surhommes servant Dieu comme Devenir Suprême.

On pourra tenter de se préserver en tant que peuple par des moyens politiques aussi longtemps qu’on voudra, tant que notre peuple n’aura pas renoué avec cette pulsion de vie, ce sera peine perdue. Un peuple n’est jamais que la somme de ses individus et la race n’est jamais que les individus se reproduisant. Seuls les peuples avec les individus ayant le plus de vie en eux survivront, pas les plus intelligents. De fait, ce principe est universel et en cela, nous sommes universalistes. On ne peut pas éprouver de ressentiment envers un peuple qui exprime son désir de vivre en se reproduisant. On ne peut que se désoler de ne pas en faire de même. Ainsi, les individus à la plus grande nature mais aussi les peuples disposant de la plus grande nature ont le devoir de se montrer à la hauteur de cette nature. Sinon, ils seront remplacés. Les Japonais n’y échapperont pas non plus. En refusant ce principe vital, le Japon de 2100 ressemblera à la France d’aujourd’hui.

Je suis un anarque, non pas parce que je méprise l’autorité, mais parce que j’en ai besoin. De même, je ne suis pas un non-croyant, mais un homme qui exige quelque chose qui vaut la peine d’être cru.

Ernst Jünger

Je me suis longtemps défini en tant qu’athée, comme en témoigne certains de mes articles. Pourtant je me suis toujours demandé pourquoi tous les peuples avaient des dieux ? Par quel procédé l’évolution a-t-elle voulu que les peuples croyants en des dieux furent sélectionnés ? Je voyais que ça devait être un avantage, mais lequel ? Et comment choisir délibérément de croire ? Il m’était impossible de croire au Dieu chrétien, Allah, Yavé, Gaïa… Je voyais ça comme une offense à l’esprit. On ne choisit pas de croire en n’importe quoi. Pour croire, il faut que ce soit possible. Ma conviction est que tous les peuples avancés connaissant une révolution scientifique, rendant la croyance en leurs Dieux obsolète, finissent par se faire remplacer. Les Grecs sûrement ont-ils trop usé de leur raison. Ce qui est tragique, c’est que cela condamnerait l’humanité à ne jamais franchir ce grand filtre, passé un certain niveau d’intelligence qu’Elon Musk définit lui-même comme un but, une étape à franchir. Ce qui me rassure cependant, c’est qu’il n’y a pas de vestiges de civilisation ancienne plus avancée que nous. Pourtant, peut-être que cette condition est quand même indépassable, ou peut-être que le transhumanisme permettra de la dépasser. Mais je suis convaincu à présent que la civilisation doit sélectionner les forts et doit donc se doter d’une morale aristocratique reposant sur une croyance forte. Je préfère encore un mensonge qui sert la vie à une vérité qui la rabaisse.

J’en suis de plus en plus intimement convaincu, Jésus et Nietzsche avait un message très similaire. Mais comme le message de Jésus a été déformé pour le transformer en une morale tenue par une Église par Saint Paul de Tarse, celui de Nietzsche a été transformé par Michel Foucault pour le vider de sa substance et n’en laisser qu’une morale qui sert la mort de ce qui est fort. Les universités sont nos nouvelles Églises. Car on a bien tort de parler de marxisme culturel. Ce que nous voyons à l’œuvre, c’est du Nietzschéisme, mais il est au Christ ce qu’était le Christianisme.

J’étais un anarque comme Ernst Jünger le présente dans Eumeswil. Un individu sans Dieu ni maître mais, contrairement aux anarchistes, en attente de ces deux figures dans la mesure où il les reconnait pleinement comme un Dieu et un maître valables. J’ai aujourd’hui un Dieu et un maître.

7 comments
  1. Je ne commente que cet article. C’est bien, de retrouver le sens de grec ancien de “race”, c’est une chose.
    Mais, ce que je comprends bien, c’est que le christianisme n’est pas encensé pour une raison intrinsèque, ni le dieu prétendu totalitaire (qui, de base, reste son dieu, le dieu des monothéismes avec des nuances entre chaque monothéisme et au sens de chacune de leurs variantes internes voire individuelles) … ni le dieu prétendu totalitaire, n’est encensé pour ce qu’il était … et là, tout d’un coup, je sais que j’ai affaire à de la poésie pure, en forme d’article.
    Est-ce problématique ? Non pas, puisque ça dégage un escompte : celui de l’auteur, qui veut se donner un souffle, et donner un souffle. Cela se sent bien, après la série d’article, qu’il y a là pour lui-même un Devenir initiatique qui s’exprime, le sentiment d’une métanoïa.
    Et tout cela pour accoucher d’une souris quand même, c’est-à-dire à l’énième redite d’un parallélisme Christ-Nietzsche qu’on trouve déjà chez les premiers nietzschéens français, ainsi qu’une adaptation au monde contemporain, qu’on trouve chez les nietzschéens actuels en France toujours. Mais quel idéalisme, pouah ! Nietzsche dirait que cela pue, littéralement, sur la base de sa Généalogie de la morale, avec l’onomatopée.
    Toute cette surcharge de devoir était encore au stade du chameau d’Ainsi parlait Zarathoustra, et son surhomme s’en ressent lourdement. L’esprit de pesanteur règne.
    Néanmoins, il est vrai que Nietzsche disait aussi que les dieux sont l’expression de la volonté de puissance des peuples. Mais il y a beaucoup de romantisme, à la fin. Et de contradictions car, un César doux comme le Christ, cela donne-t-il franchement un Elon Musk ? Même Nietzsche faisait dire à son Zarathoustra que le surhumain n’était qu’un poème. Et il disait, en outre, que sa bonté ferait blêmir de crainte toute le monde, et son rire et la raison de son rire, que cela horrifierait. Qu’est-ce que cela dit d’un César doux comme le Christ ? Et surtout d’Elon Musk ? Et, à la fin, de la validité du maniement de la notion de surhumain par cet article ? …
    Des choses dommages. M’est d’avis qu’on manipule beaucoup de paravents pour se faire belle.
    A la fin, reste “la race”, au sens que lui donnait encore Hippolyte Taine, au XIXème siècle, sans racisme. C’est déjà bien.

    1. Un César avec l’âme du Christ n’est pas un César doux, c’est un César agissant sans ressentiment, dont la tâche sert la vie et fait progresser l’humanité aussi destructrice soit-elle par ailleurs.

  2. Merci pour cette série d’articles.
    Comme toujours chez RAGE, la thèse est étayée, appuyée, cohérente; en revanche, et l’auteur le concède, on note un tournant (ou au moins une inflexion) dans la ligne directrice. Les notions de moyen plutôt que d”objectif en soi concernant le surhomme, de rapport à Dieu, voire d’Universalisme, m’ont surpris venant de RAGE; quant à l’identité, cette approche est convaincante.
    Les maux actuels (absence de transcendance, trahison des élites, individualisme sous toutes ses formes, tyrannie des minorités, …) sont présentés sous un angle intéressant.
    Cela ouvre beaucoup de sujets de discussions et de débats quant à notre monde occidental et les forces en oeuvre le mettant en péril. J’espère donc lire de nombreuses suites.
    Amicalement!

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire.

      Le Surhomme reste un objectif individuel à atteindre mais il sert un plus grand dessein, celui du devenir de sa lignée donc de son peuple et de l’humanité.

      Je pense que j’écrirai d’autres articles autour de ce thème mais je veux aussi m’attacher à trouver dans le présent des formes d’expressions artistiques qui semblent suivre ce cadre moral que j’offre ici.

      NIMH

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