Être et temps [TNT 11]

Une phrase, dont nous trouvons deux versions chez Parménide, nous est transmise ainsi dans le fragment 5 : τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε ϰαὶ εἶναι. En gros, et selon la manière de traduire à laquelle on est accoutumé depuis longtemps, cela veut dire : « Or le penser et l’être sont la même chose. »

Heidegger, Introduction à la métaphysique

Traduisons le problème du pari dans les termes du jeu. Notre vie est une quantité finie – nécessairement finie par la mort. Aussi réelle et tangible qu’elle soit, elle est en un sens toujours déjà jouée. De quelque façon qu’elle doive se dérouler, elle peut être considérée comme une mise déjà engagée. La question pertinente est alors : cette mise engagée sans notre aveu à notre naissance, cette mise involontaire, comment maintenant l’engager volontairement de la manière la plus judicieuse ? Comment « hasarder » judicieusement, tant que nous sommes en vie, cette vie qui sera nécessairement perdue un jour ou l’autre, toujours prochain ? Nous disposons, pour un temps indéterminé, mais nécessairement limité, de cette mise qu’est notre vie : hâtons-nous, avant de la perdre, de la « hasarder » pour un gain qui en vaille la peine !

Pierre Manent, Pascal et la proposition chrétienne

Pour Hegel, l’Être est « l’indétermination qui précède toute détermination, l’indéterminé comme point de départ absolu ». En en faisant une telle abstraction, il en arrive à confondre ce qui relève de l’Être et du non-être. « Cet Être pur, écrit Hegel dans la Petite Logique, est l’abstraction pure et, par conséquent, la négation absolue qui, prise, elle aussi, dans son moment immédiat, est le non-être ». 

Si, comme je l’ai énoncé, l’Être est l’information alors le non-être serait tout simplement l’absence d’information ? L’être est tout ce qui est pensé, et le non-être est ce qui n’est pas pensé, car penser une chose revient nécessairement à générer une information. Le non-être n’est pas, alors, ce qui ne peut pas être pensé, mais seulement ce qui n’est pas encore pensé. Dès lors qu’une chose est pensée, elle obtient une essence, elle est. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle a une existence dans le monde sensible et qu’on peut en faire l’expérience. Faire passer une chose du non-être à l’être, c’est cela l’Aletheia dans son sens originel que lui conférait Parménide dans son poème De la nature. Ce qui est aujourd’hui dans le non-être, dont on n’a pas la connaissance, peut venir dans l’être, dès lors qu’on aura la capacité de le penser.

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Par ailleurs, une pensée ne constitue pas non plus à elle seule une connaissance ; pour connaître, il faut encore unir à la pensée sa dénotation, c’est-à-dire la valeur de vérité de la pensée. On pourrait voir dans le jugement le passage d’une pensée à sa valeur de vérité.

Gottlob Frege, Écrits logiques et philosophiques

Il est donc possible d’exprimer une pensée sans la poser comme vraie. Dans une proposition affirmative les deux éléments sont si étroitement liés qu’ils risquent d’échapper à l’analyse. On distinguera donc :

1. La saisie de la pensée — l’acte de penser.
2. La reconnaissance de la vérité d’une pensée — le jugement.
3. La manifestation de ce jugement — l’affirmation.

Gottlob Frege, Écrits logiques et philosophiques

Peut-il y avoir du non-être qui ne passera jamais dans l’être ? C’est tout simplement impossible à dire, puisque cela demanderait de penser ce qui est aujourd’hui dans le non-être et le séparer entre ce qui apparaîtra dans l’être et ce qui n’apparaîtra pas ; et donc, de facto, les penser leur enlèverait leur statut de non-être. Et s’ils sont pensables, alors on comprendrait a posteriori qu’aucun n’était dans la catégorie du non-être en premier lieu. Ce qui ne peut pas être pensé est alors le néant, et c’est là la différence entre le non-être et le néant. Le non-être est une potentialité quand le néant est, lui, une impossibilité. Ce qui est pensable est aussi possible dira Wittgenstein dans son œuvre majeure Tractatus logico-philosophicus. Je me dois de saluer également les écrits de René Guénon pour l’avoir bien perçu, bien que je ne l’apprécie guère, lui qui n’a su voir l’aspect relevant de la permanence de la modernité, la supériorité morale d’un être productif contre un être improductif ; et qui préférera faire le choix de l’Orient contre l’Occident – sans parler de ses divagations sur l’Atlantide.

Cela posé, si l’on définit l’Être, au sens universel, comme le principe de la manifestation, et en même temps comme comprenant, par là même, l’ensemble de toutes les possibilités de manifestation, nous devons dire que l’Être n’est pas infini, puisqu’il ne coïncide pas avec la Possibilité totale ; et cela d’autant plus que l’Être, en tant que principe de la manifestation, comprend bien en effet toutes les possibilités de manifestation, mais seulement en tant qu’elles se manifestent. En dehors de l’Être, il y a donc tout le reste, c’est-à-dire toutes les possibilités de non-manifestation, avec les possibilités de manifestation elles-mêmes en tant qu’elles sont à l’état non-manifesté ; et l’Être lui-même s’y trouve inclus, car, ne pouvant appartenir à la manifestation, puisqu’il en est le principe, il est lui-même non manifesté. Pour désigner ce qui est ainsi en dehors et au delà de l’Être, nous sommes obligé, à défaut de tout autre terme, de l’appeler le Non-Être ; et cette expression négative, qui, pour nous, n’est à aucun degré synonyme de « néant » comme elle paraît l’être dans le langage de certains philosophes, outre qu’elle est directement inspirée de la terminologie de la doctrine métaphysique extrême-orientale, est suffisamment justifiée par la nécessité d’employer une dénomination quelconque pour pouvoir en parler, jointe à la remarque, déjà faite par nous plus haut, que les idées les plus universelles, étant les plus indéterminées, ne peuvent s’exprimer, dans la mesure où elles sont exprimables, que par des termes qui sont en effet de forme négative, ainsi que nous l’avons vu en ce qui concerne l’Infini. On peut dire aussi que le Non-Être, dans le sens que nous venons d’indiquer, est plus que l’Être, ou, si l’on veut, qu’il est supérieur à l’Être, si l’on entend par là que ce qu’il comprend est au delà de l’extension de l’Être, et qu’il contient en principe l’Être lui-même. Seulement, dès lors qu’on oppose le Non-Être à l’Être, ou même qu’on les distingue simplement, c’est que ni l’un ni l’autre n’est infini, puisque, à ce point de vue, ils se limitent l’un l’autre en quelque façon ; l’infinité n’appartient qu’à l’ensemble de l’Être et du Non-Être, puisque cet ensemble est identique à la Possibilité universelle.

René Guénon, Les états multiples de l’être

Cependant, je crois qu’il a tort sur sa vision du non-être et sur le fait que l’addition de l’être et du non-être serait infinie. Il le sait lui-même et reconnaît que c’est la seule nécessité du langage qui le force à établir cette distinction, sans quoi il serait tout simplement impossible d’en parler purement et simplement. Mais je crois que cette imperfection naît tout simplement d’une vision faussée. Là aussi, Wittgenstein a raison, si ce que vous dîtes n’a pas de sens, c’est qu’elle ne décrit pas un fait du monde réel. Si nous générons la connaissance par la construction d’information qui permet de faire passer le non-être à l’être, où était-il avant cela ? Cela semble purement subjectif. Ce n’est pas parce qu’un humain n’a pas généré cette connaissance que ce ne fut pas le cas ailleurs dans l’univers. Donc, une chose pourrait être du non-être pour nous, et de l’être pour une autre civilisation plus avancée ? Je ne crois pas. L’être était déjà là, tout simplement, mais nous n’en avions pas la connaissance. C’est ce qui amènera Platon à imaginer le monde des idées. Par exemple, un hélicoptère existe dans le monde des idées, mais il nous faut construire l’information bit après bit permettant de le porter à notre connaissance, de le porter à l’essence par l’Aletheia avant de le faire apparaître dans le monde réel. Mais alors, si cet hélicoptère existait déjà dans le monde des idées, il n’y a pas de non-être en réalité. Il n’y a que de l’être, existant en tant qu’information, et qui sera potentiellement découvert par la connaissance. C’est tout à fait logique puisque la totalité de l’information est présente dès le début de l’univers.

Tout ce qui peut être dit peut être dit clairement

Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

À présent cela a du sens et cela peut donc s’énoncer clairement. Ce qui ne peut en revanche pas être découvert est le néant. Si l’être est fini, alors l’in-fini se trouve dans le néant qui marque le seul dualisme que Sartre conservera dans l’être et le néant.

Le néant n’a en réalité pas de limite mais il faut bien que je le représente.

Est-ce à dire que nous ayons réussi à supprimer tous les dualismes en réduisant l’existant à ses manifestations ? Il semble plutôt que nous les ayons tous convertis en un dualisme nouveau : celui du fini et de l’infini.

Jean-Paul Sarte, L’être et le néant

On ne peut pas penser le néant. Vous remarquerez d’ailleurs qu’il vous est impossible de véritablement penser l’infini, et en même temps cela exerce une certaine fascination. C’est sur cela que repose la culture faustienne, cette attirance pour l’abstraction absolue que représente l’infini, le néant. On peut alors comprendre le lien existant entre l’ascétisme et le néant car « si le bonheur est dans la privation, la perfection est dans le néant » comme le dira Bastiat. Mais si l’être est fini, il n’en est pas moins cependant indéfini. Il en va de l’être de l’homme comme de l’Être universel.

Je dis indéfinis et non point infinis, car rien de ce qui tient à l’homme n’est infini.

Frédéric Bastiat, Harmonies économiques

Lors d’une situation initiale comme le début de l’univers ou d’une vie, toutes les options sont encore possibles. L’être est encore total. Le non-être advient alors à la suite de nos choix. Il est les options qui auraient pu advenir, mais ne le furent pas. Le non-être n’est pas de l’être potentiel, il est une potentialité obsolète de l’être, des variations de l’être qui ont perdu cette qualité. Le non-être est ce qui est retiré à l’être dévoilant l’œuvre dans l’existence. Il n’y a au début que de l’être. Un être fini incluant toutes les possibilités. Et le non-être se crée au fur et à mesure que les possibilités sont sélectionnées. Je vois déjà les zététiciens hérétiques me dirent « Nan mais attends mais c’est du bullshit ou alors c’est un truc banal exprimé de façon obscure ».

https://twitter.com/CercleCobalt/status/1582818209798926337?s=20

Et c’est peut-être du bullshit, ou plutôt, prenez cela pour du Et si. La discussion sur le fait que l’information est présente dès le début de l’univers n’est pas arrêtée. En tout cas, j’essaie de m’assurer que mes dires ne s’opposent en rien aux connaissances scientifiques actuelles, et il y a des pistes allant dans ce sens sans pour autant qu’il n’y ait de consensus à ce stade. Alors je souhaite les évoquer quand bien même je suis conscient ici de faire du cherry-picking, en sélectionnant ce qui va dans mon sens.

Selon la théorie de l’information classique, l’information ne peut ni être créée ni détruite. Mais, il est important de noter que cette théorie est basée sur des systèmes fermés, et l’univers n’est pas nécessairement un système fermé. Cependant, dans le papier A post-quantum theory of classical gravity?, Jonathan Oppenheim explore la possibilité de formuler une théorie de la gravité classique qui serait cohérente avec la théorie quantique. L’auteur soutient que la théorie classique de la gravité doit être révisée pour tenir compte des principes de la mécanique quantique, notamment l’idée que les informations ne peuvent pas être créées ni détruites.

L’information peut être effacée mais pas détruite. La différence entre l’effacement et la destruction de l’information, dans ce contexte, réside donc dans le fait que l’effacement est un phénomène temporaire et réversible, tandis que la destruction serait un phénomène permanent irréversible, mais donc impossible.

Du point de vue de la physique quantique, le refroidissement et l’effacement d’informations sont étroitement liés. Deux théories importantes, la théorie de l’information et la thermodynamique, se rencontrent, mais elles semblent être en contradiction. Selon le principe de Landauer, la suppression d’un bit d’information nécessite une quantité minimale d’énergie très spécifique, tandis que la thermodynamique indique qu’une quantité infinie d’énergie est nécessaire pour refroidir un objet jusqu’au zéro absolu. Cette contradiction est liée au fait que la suppression d’informations et le refroidissement jusqu’au zéro absolu peuvent être considérés comme étant la même chose, ce qui nécessite une explication.

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Le problème provient du fait que la thermodynamique a été créée pour des objets classiques au XIXe siècle, tels que des machines à vapeur, des réfrigérateurs et des charbons incandescents, sans tenir compte de la théorie quantique qui n’était pas connue à l’époque. Afin de comprendre la thermodynamique des particules individuelles, il est nécessaire d’analyser l’interaction entre la thermodynamique et la physique quantique. Le professeur Marcus Huber et son équipe ont donc fait exactement cela.

Nous avons rapidement réalisé qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser une énergie infinie pour atteindre le zéro absolu. C’est également possible avec une énergie finie, mais il faut alors un temps infiniment long pour y parvenir. Jusqu’à présent, les considérations sont toujours compatibles avec la thermodynamique classique telle que nous la connaissons dans les manuels scolaires. Nous avons découvert qu’il est possible de définir des systèmes quantiques qui permettent d’atteindre l’état fondamental absolu même à une énergie finie et en un temps fini – aucun d’entre nous ne s’y attendait. Mais ces systèmes quantiques spéciaux ont une autre propriété importante : ils sont infiniment complexes. Il faudrait donc un contrôle infiniment précis sur un nombre infini de détails du système quantique pour pouvoir refroidir un objet quantique jusqu’au zéro absolu en un temps fini et avec une énergie finie. En pratique, bien sûr, c’est tout aussi inaccessible qu’une énergie infiniment élevée ou un temps infiniment long.

Marcus Huber, Absolute zero in the quantum computer

Donc pour atteindre le zéro absolu, l’absence totale d’information, il faudrait que l’énergie, la complexité ou le temps soit infini. Logique, si la complexité est maximale, l’ordre est maximal, mais il n’y a plus d’énergie cinétique donc le système est sclérosé.

Si, comme je le propose, l’Univers naît avec l’intégralité de l’information et qu’elle est sélectionnée au fur et à mesure, alors il devrait commencer avec la température maximale et se diriger vers un refroidissement constant jusqu’à sa mort thermique. C’est exactement ce que l’on observe aujourd’hui avec le Big Bang appréhendé comme le début de l’Univers où sa température était la plus haute et la mort thermique où elle sera la plus basse*.

Au moment du Big Bang, l’univers était incroyablement chaud et dense. Depuis lors, il s’est étendu, ce qui a eu pour effet de diluer l’énergie et de refroidir la température. Actuellement, la température moyenne de l’univers est d’environ 2.7 Kelvin (-270.45 degrés Celsius), ce qui est à peine au-dessus du zéro absolu, la température la plus basse possible. Cette température est due au fond diffus cosmologique, le rayonnement laissé par le Big Bang. En raison de l’expansion continue de l’univers, qui est apparemment en accélération, nous nous attendons à ce que l’univers continue à se refroidir dans le futur.

Mais la température la plus basse de l’univers signifie-t-elle le zéro absolu ? Non, il est impossible d’atteindre le zéro absolu, selon les principes de la thermodynamique, en dehors de la théorie. Le troisième principe de la thermodynamique, également appelé la loi de Nernst, stipule qu’il est impossible d’atteindre le zéro absolu par un nombre fini de processus physiques, même si le temps était infini.

Mais alors qu’est-ce que serait cette Information – avec un I majuscule – totale présente dès le début de l’univers ? Melvin Vopson de l’université de Portsmouth offre une piste plutôt audacieuse. Vopson attribue une masse à l’information et émet l’hypothèse que ce que nous appelons « matière noire » ne serait en fait rien d’autre que cette information. Et devinez quoi, théoriquement, la quantité de matière noire n’augmente ni ne diminue au cours du temps, comme on pourrait l’attendre de l’Information si elle ne peut être ni créée, ni détruite.

Comme il y a un nombre incroyablement grand de particules élémentaires composant l’Univers, alors l’univers visible contiendrait également une énorme quantité de bits numériques associés au contenu informationnel de ces particules. Le principe de Landauer a démontré que l’information est physique. Le principe d’équivalence masse-énergie-information a extrapolé cela et a démontré que l’information a en fait une masse. Puisqu’il y a beaucoup d’informations associées à la masse baryonique dans l’Univers, alors ce doit être une énorme quantité de masse qui correspond à cette information.

Melvin Vopson

Alors est-ce que la matière noire n’est rien d’autre que l’Information contenant toutes les possibilités de l’univers ? Serait-ce tout son Être dont une partie se manifeste dans la nature ? C’est une limite entre la science et la philosophie qu’il est délicat de franchir alors revenons à la philosophie.

Malgré cette différence de point de vue sur ce que représente le non-être, je suis d’accord avec Guénon quand il dit qu’un « état d’un être est donc le développement d’une possibilité particulière comprise dans un tel degré, ce degré étant défini par les conditions auxquelles est soumise la possibilité dont il s’agit, en tant qu’elle est envisagée comme se réalisant dans le domaine de la manifestation ». Il existe deux grands principes dans la nature qui sont la construction d’information et la sélection d’information. Mais si, comme nous l’avons dit, l’Être est ce qui comprend la totalité de l’information bornée, alors on peut résumer cela purement et simplement à la sélection des agencements d’information potentiels les dévoilant dans l’existence. Ce n’est pas tant le monde qui génère ces agencements que ces agencements qui façonnent le monde.

Si on accepte ce cadre théorique, on ne peut pas partir d’un monde existant, composé de choses, de substances, d’Idées, pas plus qu’on ne peut désigner par le concept de monde leur totalité (universitas verum). Pour les systèmes de sens, le monde n’est pas un gigantesque mécanisme qui produit des états à partir d’états et qui détermine ainsi les systèmes eux-mêmes. Au contraire, le monde constitue un énorme potentiel de surprises; il est de l’information virtuelle qui utilise cependant des systèmes pour produire de l’information ou, plus précisément, pour donner le sens de l’information aux irritations sélectionnées.

Niklas Luhmann, La société de la société

Et parmi ce non-être se trouvera toujours la possibilité que des versions de nous, meilleures que notre être actuel, en fasse partie. Il est l’endroit où naissent la nostalgie et les idéaux de ce que les choses auraient pu être. Ce que ne dit pas Parménide, c’est qu’on peut encore penser des choses qui ne peuvent plus être. Et si le désir est ce qui fait venir l’être à l’existence, alors il s’accompagne effectivement toujours de tout le non-être, de l’être manqué. Le portrait de ce que vous auriez pu être, maintenant perdu dans les limbes du non-être, viendra vous hanter. Dans ce qui semble une pure folie, Schopenhauer ira jusqu’à voir le non-être comme un « paradis perdu » d’où il eut été préférable de ne jamais sortir.

Or cette soif d’existence proviendrait-elle peut-être de ce qu’après avoir maintenant goûté la vie, nous
l’avons trouvée préférable à tous les biens ? Certes non ; nous l’avons déjà brièvement expliqué plus haut : l’expérience faite aurait pu bien plutôt éveiller en nous une aspiration infinie vers le paradis perdu du non-être.

Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

Il me faut m’arrêter sur Cioran dont je partage la vision, mais pas le point de vue schopenhauerien. Pour Cioran, naître est une privation d’Être. Là où d’autre pensent qu’on sort du non-être, Cioran comprend qu’on sort en réalité de l’Être et c’est en cela que je suis d’accord. Il voit cependant cela comme une malédiction, à la manière de Silène disant à Midas qu’il aurait mieux fait de ne pas naître et que la meilleure chose à faire une fois né est de mourir le plus vite possible. 

J’aimerais être libre, éperdument libre. Libre comme un mort-né.

Cioran, De l’inconvénient d’être né

La pleine liberté se trouvant dans l’Être et ce dernier précédant la naissance, cette dernière constitue une sortie de la virtualité où on pouvait tout être. Une fois née, nous sommes un être figé. Être jeté dans l’existence revient à perdre sa liberté. C’est ici la perte d’un paradis perdu, l’Être (non-être) prénatal où nous sommes encore virtuellement tout. 

N’être pas né, rien que d’y songer, quel bonheur, quelle liberté, quel espace !

Cioran, De l’inconvénient d’être né

On retrouve ici l’idée d’un Jardin d’Eden où vit le premier homme qui en constitue son essence. Un lieu dépourvu des contraintes inhérentes à l’existence d’où Adam et Eve tomberont sous l’action du désir de cette dernière de goûter au fruit défendu de la connaissance, entraînant ainsi leur chute qui n’est autre que leur entrée en scène dans l’existence. En tant qu’individuation, ils ne peuvent être parfaits et cette imperfection, symbolisée par le pêché originel, fera partie de leur nature. Si l’Information est effectivement entièrement présente dès le début de l’univers, alors la possibilité de notre existence est présente dès le début en tant qu’information.

Il fut un temps où le temps n’était pas encore… Le refus de la naissance n’est rien d’autre que la nostalgie de ce temps d’avant le temps.

Cioran, De l’inconvénient d’être né

Sa conclusion se voudra moins péremptoire. La naissance constitue un mal qu’on regretterait de ne pas avoir eu la chance de posséder. La mort n’est alors pas à craindre car l’existence ne nous condamne pas à être libre mais au contraire à ne plus l’être du tout. Malgré l’intense pessimisme caractérisant l’œuvre de Cioran, il ne se suicidera pas, mourra vieux, et usera de l’écriture comme d’un exutoire lui permettant de canaliser ses pulsions morbides. Il distingue l’idée du suicide et le projet du suicide. Penser à l’idée du suicide permet de mieux supporter la vie car elle est la possibilité d’une reconquête d’une liberté perdue, d’un retour au néant où nous étions plus libres. Cette idée nous permettrait de nous pousser à s’attacher à l’existence avec les inconvénients qu’elle comporte. C’est ainsi que la naissance est un inconvénient et pas une catastrophe.

Je ne me pardonne pas d’être né. C’est comme si, en m’insinuant dans ce monde, j’avais profané un mystère, trahi quelque engagement de taille, commis une faute d’une gravité sans nom.
Cependant il m’arrive d’être moins tranchant : naître m’apparaît alors comme une calamité que je serais inconsolable de n’avoir pas connue.

Cioran, De l’inconvénient d’être né

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Le non-être n’est pas un paradis perdu. La possibilité de votre existence réside dans l’Être. Sombrer dans le non-être sans même passer par l’existence signifie seulement que vous avez raté cette opportunité. Mais être porté à l’existence n’est pas une malédiction comme l’entend Cioran. La vie est une chance, et elle est un miracle statistique. Imaginez-vous pleinement toutes les causes qu’il a fallu depuis la création de l’univers il y a 13,7 milliards d’années pour conduire à votre existence ? Imaginez-vous la somme d’information totale existante qui ne fut pas sélectionnée et qu’au contraire l’information unique conduisant à votre existence le soit ? C’est une opportunité qui vous est offerte et elle ne repassera pas. Pour reprendre des termes Calvinistes, votre naissance fait déjà de vous un membre du club très sélectif des élus, quand ceux n’ayant pas eu la chance de connaître l’existence sont des réprouvés. Le « paradis perdu » est au contraire l’Être originel où toutes les possibilités sont encore ouvertes. À l’échelle d’un individu, c’est la rencontre des gamètes. À ce moment précis, toutes vos options sont encore ouvertes et vous passerez votre vie à réduire le champ des possibles, résoudre l’incertitude, en faisant passer des options de l’être au non-être. Et peut être des meilleures. Alors on pourrait effectivement voir ce début comme un paradis perdu, mais pas le fait d’avoir été sélectionné lui-même, car nous n’aurions pas pu être autre chose que ce que nous sommes. Nous pouvions seulement être soit sélectionné tel que nous sommes, soit passer à la trappe.

Au contraire, dès l’instant que le Dasein « existe » de telle manière qu’en lui absolument plus rien n’est en excédent, alors, et du même coup, il est ainsi devenu un ne-plus-être-Là. La levée de l’excédent d’être signifie l’anéantissement de son être. Aussi longtemps que le Dasein est en tant qu’étant, il n’a pas atteint sa « totalité ». Mais qu’il obtienne celle-ci, et alors ce gain devient la perte pure et simple de l’être-au-monde. Il n’est alors plus jamais expérimentale en tant qu’étant.

Heidegger, Être et Temps

Il en va de même d’une culture qui a ce que Spengler nomment ses possibilités. Il y a pour lui l’idée d’une culture qui est la somme de ses possibilités intérieures, et son phénomène sensible dans l’image historique, sa réalisation achevée. Leur achèvement étant synonyme de leur fin. Comme le fera remarquer Heidegger dans Être et Temps, on peut comprendre le mot de deux façons. D’une part la cessation d’une chose, d’autre part sa réalisation. Est-ce que la mort d’un individu, ou celle d’une culture, est leur finalité ? Elle représente la fin de leur existence, mais leur finalité se trouve-t-elle plutôt dans leur réalisation ? Comme le fait remarquer Nietzsche dans son chapitre intitulé de la mort volontaire dans son Zarathoustra, il n’est rien de plus parfait que de savoir mourir à temps, c’est-à-dire au moment où ces deux sens du mot fin coïncident. Élément typiquement Hollywoodien qui voit le protagoniste se sacrifier pour sauver le monde. Le point final de sa vie est alors aussi celui dans lequel il se réalise pleinement.

Henri Atlan conclue son ouvrage L’organisation biologique et la théorie de l’information en expliquant que ce qu’une structure dissipative recherche vraiment est en réalité le retour à l’équilibre thermodynamique. Elle veut se « reposer » dans un état d’énergie libre minimum ou, pour le dire plus simplement, mourir. Tout le reste qui relèverait de ce qu’on tient pour sa finalité tel que l’organisation, la croissance, l’apprentissage et la reproduction ne serait pas de l’ordre du projet mais de simples perturbations aléatoires qui viennent contrarier ce projet initial du « repos ». Pas très enthousiasmant tout cela. Tout ce à quoi nous attachons de l’importance serait donc une illusion ? On comprend ici les fondements de la position de Cioran et Schopenhauer. À quoi, à qui, servirait vraiment le sens de ce processus qu’est la vie ? Une volonté qui nous est extérieur dont on ne sait rien ? Au moins, si c’est le cas, alors la mort trouvée au bout de ce processus, au terme d’une vie bien remplie, devrait être une fête.

Le « rêve » d’une cellule n’est donc ni de se reproduire, ni de « jouir » de son métabolisme, ni d’assimiler, mais, « comme tout le monde », c’est-à-dire comme tout système physique dans le temps irréversible qui est encore celui de notre représentation, de se « reposer » dans un état d’énergie libre minimum, c’est-à-dire de mourir. Seulement, par suite du dépassement d’une valeur critique dans le niveau de complexité des systèmes naturellement constitués qui lui ont donné naissance, elle est ainsi faite que pour le réaliser, elle ne peut faire autrement qu’assimiler et se reproduire.
Le seul véritable projet reste encore, ici comme dans tous les systèmes physiques, celui du retour à l’équilibre, c’est-à-dire de la mort. Tout le reste, c’est-à-dire l’organisation, la croissance, le développement, l’apprentissage et la reproduction invariante elle-même, ne sont pas de l’ordre du projet, mais au contraire des perturbations aléatoires qui heureusement le contrarient. Les organismes vivants apparaissent ainsi comme des systèmes suffisamment compliqués, redondants et fiables, pour réagir aux agressions aléatoires de l’environnement de telle sorte que l’atteinte de l’état d’équilibre, c’est-à-dire de la mort, ne soit possible qu’à travers les détours de ce qu’il est convenu d’appeler la vie.

Henri Atlan, L’organisation biologique et la théorie de l’information

La mort constitue la fin de vos possibilités et définit ce que vous êtes à l’aune du pour-soi, mais pas du en-soi. Ce qu’une chose, un individu, est en-soi relève toujours de son interaction avec l’environnement et le sens qui leur est conféré. À la fin de sa vie, Christophe Colomb était peut-être pour-lui une multitude de choses, du point de vue extérieur il était un explorateur de génie qui a découvert l’Amérique, aujourd’hui, certains le voient comme un Blanc venu opprimer les Indiens qui n’a de facto rien découvert puisque lesdits Indiens étaient déjà là. L’être est l’information, cette dernière est symbolique et ce qui compte est le sens. On se réalise toujours en relation à un environnement, aux autres et en fonction du sens que ces derniers donnent à nos actes. Notre identité est alors toujours le fruit d’une médiation entre ce que nous sommes pour-soi et le sens que les autres génèrent de nous et nos actes de façon directe ou indirecte. Si j’enfante, je deviens de facto père. L’existence d’un nouvel individu vient renseigner directement une nouvelle facette de mon essence. Si je l’abandonne, alors je suis un mauvais père. Cela fera aussi parti de mon essence mais cette information nait d’un jugement de valeur, d’une médiation venue de l’extérieur, générant du sens sur mon acte.

On ne peut pas changer ce que nous avons reçu à la naissance mais on est responsable de nos actes. Comme le dit Aristote, « le désir est toujours accompagné d’un sentiment de peine ». Le sujet prenant conscience de sa finitude et de l’importance de ses choix pour son existence et celle des autres ressentira ce que Heidegger nommera le souci et une angoisse face à la mort. Le souci est une condition de la vie. C’est un sentiment naturel qui intervient lorsqu’on ne peut s’empêcher d’imaginer que nous pourrions être meilleurs si nous avions fait d’autres choix et que cela sera encore le cas toute notre vie. Toute l’information est construite, on ne peut plus rien y changer et elle constituera le matériel sur lequel reposera la perception qu’on aura de nous pour l’éternité. N’avez-vous jamais ressenti qu’une chose vous semble juste, mais que la façon dont vous serez perçu, la trace que vous laisserez, vous angoisse ? Vous avez le contrôle de vos actes, mais vous n’avez pas le contrôle sur le sens qui sera donné à vos actes. Le poison le plus virulent que l’homme connaisse est alors la culpabilité qui repose sur ces choses qu’il aurait pu faire différemment dans le passé. La solution de Nietzsche bien conscient de cela ; l’oubli et l’Amor Fati. Nietzsche met l’accent sur le « sain oubli » dans la prévention et la guérison du ressentiment, et ce, pour une très bonne raison : Le dernier homme trafique d’abord et avant tout de la culpabilité.

Aujourd’hui, nous n’avons plus peur de « l’hypothèse indéterministe ». Elle est la conséquence naturelle de la théorie moderne de l’instabilité et du chaos. Et elle confère une signification physique fondamentale à la flèche du temps sans laquelle nous sommes incapables de comprendre les deux caractères principaux de la nature : son unité et sa diversité. La flèche du temps, commune à toutes les parties de l’univers, témoigne de cette unité. Votre futur est mon futur, le futur du soleil est celui de toute autre étoile.

Ilya Prigogine, La Fin des certitudes

Le temps est alors un élément capital. Il existe une flèche du temps qui définit le sens d’un processus irréversible. Le temps va sélectionner les possibilités. Pour le dire simplement dans les termes de Bergson, le possible est « plus riche » que le réel, et le réel apparaît grâce au temps. Nous pouvons alors ajouter à notre schéma, cette flèche du temps, qui est aussi au centre de la philosophie de Martin Heidegger. Elle incarne le processus cher au philosophe Alfred North Whitehead connu pour sa théorie de la « philosophie du processus » qui est sûrement ce qui se rapproche le plus de ma vision des choses. Cette théorie postule que le monde est en constante évolution et changement, plutôt que d’être constitué d’objets statiques et immuables. Selon Whitehead, chaque chose dans le monde est en constante transformation et est interconnectée avec toutes les autres choses, formant un “processus cosmique” où chaque chose peut être potentielle ou actuelle.

Faisant reposer sa pensée sur les connaissances scientifiques de son époque telle que l’évolution darwinienne et les prémisses de la physique quantique, il en arrive lui aussi à l’importance de l’information, de la data. La data, donnée, est concomitante à ce qu’il nomme une occasion qui représente une interaction entre les entités. Lors d’une occasion, un lien se crée entre les entités qu’il nomme alors nexus, ou nœud en français. Les entités font une expérience et de cette expérience se forme un nexus. Vous êtes une entité et le propos que je développe ici est une autre entité avec laquelle vous avez en ce moment une expérience. Si vous adoptez mes idées alors un nexus entre vous et ces idées va se former. Mais, s’il donne une place centrale aux sensations dans la création de data, la conscience telle qu’on l’entend n’est pas nécessaire pour avoir une expérience. Il y a besoin d’une expérience pour éprouver le phénomène de conscience, mais l’inverse n’est pas vrai.

Pour résumer succinctement sa pensée, un « nexus » est formé à partir de « données » lors d’une « occasion ». Une occasion est un événement qui se produit dans l’univers, tandis que les données sont les éléments sensoriels ou les expériences perçues par les êtres vivants. Lors d’une occasion, les données sont combinées pour former un « nexus ». Le nexus est une organisation spécifique de données qui a lieu lors de cette occasion. Il est formé par l’intégration de différentes données qui ont été perçues par l’être vivant pendant cette occasion.

Le nexus est donc créé lorsque les différentes données sont combinées pour créer des relations entre elles. Les relations sont créées en fonction de la manière dont les différentes données sont liées et interagissent les unes avec les autres lors de cette occasion. Ces nexuses se forment de manière continue au cours des occasions qui se produisent dans l’univers. Les nexuses ne sont donc pas des entités permanentes ou fixes, mais plutôt des organisations dynamiques de relations qui évoluent au fil du temps.

En formant des nexuses, les occasions créent un « continuum » dans lequel les événements passés, présents et futurs sont reliés entre eux. Les nexuses sont donc des points de convergence de différents événements qui sont reliés entre eux dans le continuum. Ainsi, le continuum est constitué de l’ensemble des occasions qui se sont produites dans l’univers, chacune créant un nexus particulier. Les nexuses sont donc les éléments constitutifs du continuum, formant un réseau complexe de relations entre les événements dans l’univers.

On peut alors imaginer le monde comme un système composé de sous-systèmes – ou une société composée de nexuses pour reprendre les termes de Whitehead – aux contours perméables qui entretiennent des relations les uns envers les autres au cours des occasions. Une occasion peut se produire à l’intérieur ou à l’extérieur d’un système, mais une occasion se produisant à l’extérieur d’un système peut tout de même avoir un impact sur ledit système. Le monde est un continuum auquel appartient l’humain en tant que nexus et il n’y a pas une place spéciale en tant qu’animal pensant comme chez Aristote ou comme Dasein chez Heidegger. Loin d’être figés, ces systèmes croissent et décroissent, fusionnent et se séparent dans un mouvement perpétuel où leur avenir est constitué des possibilités qui s’offrent à eux en relation aux possibilités des autres systèmes. Un nexus est alors une entité dynamique ayant des expériences qui vont modifier son essence et son existence.

Whitehead est reconnu comme étant un philosophe difficile à comprendre, pourtant, il m’a paru limpide dès la première lecture superficielle, car il est extrêmement aisé de placer les termes qu’il emploie sur mon schéma. Sa proposition n’a pourtant pas l’ambition d’un point de vue unificateur entre l’énergie et l’information. Cependant, il met en avant un élément clef, le processus.

Mais quelle est la véritable nature de ce processus ? Un calcul utile par unité d’énergie. Pas étonnant que les Français parlent d’ordinateurs pour décrire leurs machines calculantes. C’est bien là leur rôle. Mais qu’est-ce que cela nous dit à propos du temps ? Qu’il ne serait que le fruit d’un processus de calcul alignant des unités d’information dans un certain ordre. Si nous parvenons à l’heure actuelle à créer des ordinateurs quantiques capables d’effectuer des calculs réversibles, donc inversant le sens du processus, qu’est-ce que cela nous dit sur la flèche du temps et l’irréversibilité du temps ? Serait-elle une illusion ?

*La période qui a suivi le Big Bang, connue sous le nom d’ère de radiation, veut que l’entropie était maximale à ce moment-là. Il est important de noter que cette déclaration est quelque peu contre-intuitive et nécessite une clarification.

L’entropie est une mesure du désordre ou de l’incertitude dans un système. Dans le langage courant, on peut dire que l’entropie mesure le degré de “désordre” d’un système. Selon la deuxième loi de la thermodynamique, l’entropie d’un système isolé ne peut jamais diminuer ; elle reste constante pour un processus réversible et augmente pour un processus irréversible.

Cependant, dans le contexte de l’univers en expansion, le concept d’entropie est légèrement différent. Immédiatement après le Big Bang, l’univers était extrêmement chaud, dense et homogène. En d’autres termes, l’énergie était répartie aussi uniformément que possible. C’est cette uniformité qui est qualifiée d’ “état d’entropie maximale”.

La confusion peut survenir parce que nous avons l’habitude de penser que l’entropie maximale correspond à un état de désordre maximal. Alors, comment un univers uniforme peut-il être considéré comme un état de désordre maximal ? La réponse tient au fait que, dans le contexte de la gravité, l’entropie maximale correspond à une répartition d’énergie aussi uniforme que possible.

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Lorsque l’univers a commencé à se refroidir et à se développer, la gravité a commencé à regrouper la matière, créant ainsi des régions de haute densité (comme les galaxies et les étoiles) et des régions de faible densité (comme les vides cosmiques). Cela a mené à une répartition moins uniforme de la matière et de l’énergie, ce qui signifie que l’entropie de l’univers a diminué par rapport à son maximum initial.

En d’autres termes, au fur et à mesure que l’univers évoluait et que les structures complexes émergeaient, l’univers devenait de moins en moins homogène, ce qui signifie que son entropie diminuait par rapport à l’entropie maximale de l’état initial uniforme. C’est pourquoi on peut dire que l’entropie était maximale au début de l’univers.

Cependant, la deuxième loi de la thermodynamique reste valable au niveau microscopique. C’est-à-dire que dans toute interaction particulière, l’entropie globale augmentera ou restera la même. Mais à l’échelle de l’univers entier, l’entropie a diminué par rapport à son état initial uniforme.

C’est un sujet complexe et il y a encore beaucoup de débats et de recherches en cours sur la question de savoir comment définir et comprendre l’entropie dans le contexte de l’univers dans son ensemble.

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