Cet article est la suite de l’article « Concepts pour l’économie qui vient – 2 », qui traitait de la crapeautage et du cutting edge.
Cet article abordera non pas deux concepts mais deux axes de pensée.
Ne pas penser à système constant – les barbares transcendantaux
Derrière ce titre cryptique se cache une idée plutôt simple. Il convient de toujours penser à l’impact d’une action ou d’une mesure sur le système, qui n’est pas constant même à court-terme. Une mesure d’optimisation peut tout à fait détruire le fondement du système et donc in fine le rendre inefficace. Au contraire,une mesure apparemment désoptimisante peut être structurelle et rendre possible un système efficace. Par exemple, si on constante une mauvaise allocation de la ressource humaine, disons que des femmes capables sont exclues pour des raisons discriminatoires de certains emplois, certains pourraient proposer d’optimiser le système en intégrant ces femmes en retirant cette discrimination. Cela permettrait une meilleure allocation RH, donc plus d’efficacité. Sûrement oui, mais forcer leur intégration nécessitera un contrôle de l’Etat sur la fonction RH des entreprises, ce qui tend à être nocif. Par aileurs, si l’intégration d’une femme donnée dans l’équipe peut être positive, on peut s’interroger sur l’effet systémique de l’intégration d’un grand nombre de femmes dans une organisation. Par exemple, certaines administrations ont perdu de leur tranchant avec la féminisation.
Plus généralement, une catégorie de la population semblant marginale dans le process d’innovation peut être essentielle au maintien des conditions politique de l’innovation. Par exemple, les Hillbillies, les sudistes, les survivalistes aux Etats-Unis vs. les gens qui sont directement employés dans le process d’innovation, qui sont les métropolitains principalement. Mépriser les Hillbillies en affichant leur dépendance à l’Obamacare et leur manque d’innovation est une position non pertinente car ce sont ces gens, avec leurs défauts, qui ont permis à Trump d’arriver au pouvoir et d’empêcher l’anti singularité d’arriver (cf. Les projets de taxation des lancements de fusée et de démantèlement des GAFAM des démocrates). Ces gens sont ceux qui portent les armes et qui aiment l’ordre dur et fort alors même que leur vie personnel is a mess, ils sont ceux qui sont attachés aux valeurs familiales alors qu’ils sont ravagés de divorces, de mères seules et de drogue. Toutes ces choses, avec leur pendant hypocrite dans la vie réelle, sont cependant très positives.
Ces gens sont les Barbares, qui ne comprennent pas le système1 mais sont essentiels au maintien des conditions politiques le rendant possible. Ils sont transcendantaux. Les Etats-Unis ont leurs barbares, la Russie aussi, la Chine également, mais l’Europe n’en a plus depuis les années 70 et la fin de la paysannerie. A la limite, les mouvements skinheads élargis pré années 70 (hooligans, prolos anglais) auraient pu former une base, mais ils étaient trop peu nombreux et surtout furent écrasés par l’Etat de Thatcher. Les forces de la liberté sont fabriquées dans les forges de l’enfer.
Le centralisme libertarien et la décentralisation socialiste
Ce point par d’un constant. Les gens aiment le crapeautage et détestent le cutting edge. Le crapeautage est naturel, la débrouille, sur le tas. Le cutting edge n’est pas naturel, il n’est pas socialement pertinent. Les gens ne veulent pas obéir, bien qu’ils n’aient aucune idée de vraiment que faire et qu’organiser. Les pouvoirs politiques décentralisés, émanant des gens, aiment aussi le crapeautage. Après tout, il ne menace pas le petit ordre local établi et leur routine. Et avec un fonctionnement informel, on peut tricher et facilement détourner des fonds. Ainsi, un embryon de cutting edge se fera toujours attaquer par les décentralisés et sera étouffé par la masse.
Seul le pouvoir central peut éventuellement aider le curring edge à surmonter ces oppositions locales. Pourquoi ? Car ils sont en fait de même nature. L’Etat est le premier organisme ayant inventé une capacité organisationnelle. Le cutting edge l’a suivi, voire s’en est directement inspiré. Il est juste beaucoup plus efficace car n’ayant pas subi la charge séculaire du maintien de l’ordre politique et de l’entropie. Le cutting edge est régulièrement rajeuni par la faillite et l’émergence de nouveaux, quitte à ce qu’ils soient absorbés. L’Etat est un cutting edge qui a vieilli.
Le lecteur comprendra alors qu’uau lieu d’une dichotomie Etat (socialisant) < privé (liberté), on a plutpot une gradation d’efficacité :
- Privé centralisé (cutting edge)
- Etat centralisé
- privé décentralisé (districts industriels italiens)
- public décentralisé (para public, socialisme municipal des sociétés d’économie mixte)
Cela montre une voie pour le progrès. Commençons par nationaliser les activités économiques privées décentralisées. Réorganisons-les selon les lignes du cutting-edge, quitte à subir les inefficiences caractéristiques de l’Etat vieillissant. Puis seulement privatisons-les pour arriver au sommet, le cutting edge privé.
Prenons la France. Les maires contrôlent le système depuis les décentralisations de Mitterand. Ils contrôlent le foncier via les PLU, donc in fine une grande partie de l ‘économie. A Toulouse, Moudenc n’autorise que des projets immobiliers résidentiels pour accueillir la diversité venue de Paris via le projet de TGV. Les deux tiers des projets d’entreprises ne peuvent pas se faire pour cette raison.Ils verrouillent le système par les intercommunalités, les départements et les compromis permettant de former une liste unique aux élections municipales des petites villes. Les conseillers municipaux forment le gros du collège électoral des sénateurs, représentants du décentralisé, sur lequel s’appuie le gouvernement en cas d’assemblée divisée. La A69 est un cadeau aux maires du sud, qui disposent de terrains autour du projet appelés à prendre de la valeur. Ce projet produit également de l’emploi local. Ce sont les (élus) locaux qui réclament et obligent des couvre-feu sur les aéroports alors même que la population installée autour des aéroports a bien profité d’un prix de l’immobilier réduit du fait du bruit qu’engendre l’installation. Ce sont eux qui multiplient le prix des projets d’infrastructures par 10 en réclamant des murs antibruit, des contournements, des ouvrages d’art pour éviter toute site nuisance locale. Ce sont eux qui refusent l’installation de grandes surfaces au profit des petits commerces locaux, crapeautage bénéficiant d’une faveur de monopole locale. Ce sont encore eux qui négocient avec les dealers des cités, LR comme PS comme LFI.
On dit souvent sue Mitterand a paradoxalement libéralisé la France. C’est vrai, mais il l’a fait en alliance avec les décentralisés. La France tend donc vers l’état le plus bas, l’étatisme décentralisé. Avan lui, nous étions plutôt au deuxième état, l’étatisme centralisé avec quelques éléments du premier état2. L’alliance des libéraux avec les décentralisés contre l’Etat central est une erreur. Leur allié naturel est et doit être l’Etat central contre ld décentralisé.
- Cf. Hillbillie Elegy de JD Vance et la vidéo suivante d’Anthony Cobalt : https://www.youtube.com/watch?v=Km1Wryel100&t=1s ↩︎
- Le colbertisme industriel, Elie Cohen ↩︎