Cinéma

Royal Corgi, ou l’hypergamie assumée?

28 avril 2019

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Royal Corgi, ou l’hypergamie assumée?

En période de vacances scolaires, c’est devenu un passage obligé avec les enfants: le dernier dessin animé au cinéma.

Je n’y ai pas échappé et le choix s’est porté sur Royal Corgi dont ma fille avait vu la bande annonce. Déjà, avant le film, ça commençait sous les meilleures auspices, si je puis dire, avec une bande annonce d’un film qui met en scène une jeune femme noire voilée et harcelée dans la rue par de jeunes européens… Terrible. Lourd soupir de plusieurs papas dans la salle pour ce film financé manifestement par le CNC, et donc, quelque part, par nos impôts.

Mais voici que Royal Corgi commence. Il met en scène Rex, un corgi dans les canons de la race, véritable favori de sa maîtresse, la reine d’Angleterre. On sent tout de suite que le film ne verse pas dans l’égalitarisme forcené, ça change, oui, mais je ne vois pas non plus l’intérêt de verser dans l’excès inverse, c’est à dire de ne s’occuper que du toutou favori en délaissant la meute des 3 autres chiens.


Car ils sont 4 corgis à vivre au palais royal, mais seul Rex a les égards dus au favori. Ceci ne fait qu’exciter la rancoeur des autres, en particulier de son meilleur ami.

Un film ancré dans le réel

Un beau jour, le palais de Buckingham reçoit la visite présidentielle de… Trump. On passera sur la caricature balourde du président US décrit comme un touriste stupide accompagné de sa femme potiche en combinaison rose et hauts talons. Non, l’intéressant ici, c’est qu’ils traînent aussi dans leurs bagages une chienne texane aussi délurée que maquillée comme une voiture volée. La reine et le président se mettent d’accord pour que la petite chienne de Mélania choisisse parmi les corgis celui le plus à son goût pour… s’accoupler afin de raffermir les liens entre les 2 nations.

Trump caricaturé

Et là vient une scène d’une violence rare pour tout SJW: la petite chienne fait son choix en décrivant les motifs de son refus: untel est trop vieux, une autre est une femme (avec un ricanement), celui-ci est trop laid… Puis vint le tour de Rex sur lequel elle jette son dévolu. Rex ne semble pas ravi de ce nouveau devoir royal, on passera donc sur le consentement mutuel qu’on nous rabâche sans cesse depuis les campagnes féministes. Je me suis pris à imaginer la scène inverse, à savoir que Rex fasse son choix parmi un harem de femelles, à base de commentaires gras et que l’heureuse élue ne soit pas… consentante. Jamais le film ne serait sorti.

Bref, les 2 couples humains laissent donc les pseudos amoureux seuls pour sceller leur union. Mais Rex parvient à s’enfuir, poursuivi par la texane. La séquence se clôt sur les 2 chiens qui surgissent lors du dîner d’État entre le couple royal et présidentiel. Rex finit par commettre l’irréparable: mordre Trump dans les parties intimes.

À ce moment, avec ma femme, on se regarde: à quel moment les réalisateurs de ce dessin animé pour enfant ont jugé pertinent que le chien morde les parties intimes du président US? Évidemment, scandale d’État. Rex perd son statut de favori. Son meilleur ami l’influence pour fuguer du palais et aller au Vatican, où, pensent-ils, le pape les accueillera avec plaisir. Choix logique d’un coté vu l’amour que le pape porte à nos chers migrants…

Sauf que le voyage tourne court: le meilleur ami de Rex le trahit et le jette du haut d’un pont afin de prendre la place de favori de la reine. Rex est laissé pour mort mais parvient à s’en sortir, il finit dans un refuge pour chien de type SPA pendant que son meilleur ami retourne au palais.

Au refuge, le royal canin tombe de haut: la vie en communauté avec les corniauds n’est pas son truc. Il échappe à l’adoption d’une famille dont la petite fille est aussi insupportable que cruelle. De retour au chenil, Rex fait la connaissance d’une jolie femelle, Wanda. Le coup de foudre pour lui est immédiat, mais non réciproque. En effet, Wanda est avec le molosse du chenil, un chien violent et imbécile. C’est ainsi que le film fait un clin d’oeil à un classique du cinéma, « fight club » où les animaux du refuge se réunissent tous les soirs pour des combats sans pitié.

Le mâle comme ascenseur social

Le numéro de Casanova de Rex ne touche pas Wanda qui le dénigre. Sauf au moment où elle se rend compte que Rex n’est autre que le royal corgi de la reine, ornant des mugs et toute une série de produits dérivés. À cet instant, le regard de Wanda sur la maladroite petite bête déchue change du tout au tout: Rex sera son ticket de sortie pour une vie meilleure.

Que de calcul! Fini « la belle et le clochard » de mon enfance me suis-je dit en silence. Le statut social serait plus important que les bonnes intentions pour conquérir une fille? Soyons francs, nous savons tous qu’il est plus facile de séduire sur un yacht rutilant qu’avec une Talbot Samba. Mais ici, la vérité est dite si crûment à des enfants… dans un sens, ça leur fera gagner du temps.

Au terme d’une épopée qui voit Rex et Wanda se défaire du molosse gonflé aux stéroïdes, Rex revient au palais juste à temps pour déjouer les plans de son ex meilleur ami à la veille de son couronnement en tant que « premier de la reine ». Le chien félon n’hésite pas à mettre le feu à une partie du palais mais finit tout de même, grâce à la mansuétude toute calculée de Rex, à ses fins: il est le royal premier. En contrepartie, Rex garde ses amis du chenil et Wanda qui ont tous participé à l’épopée. Le premier de la reine, pendant ce temps, aura l’obligation de s’accoupler avec la chienne texane du couple présidentiel américain, afin de laver l’affront initial.

Tout est bien qui finit bien. Ma fille est conquise. Moi, je reste dubitatif. En clair, le message de l’histoire est que les filles sont hypergames. On les pousse à calculer leur vie amoureuse par intérêt. Cela ne me choque pas en soi, mais il m’a surpris venant d’un dessin animé pour enfant. Ça m’a rappelé l’histoire de ce joueur de l’Ajax Amsterdam à qui on a demandé un jour comment il a séduit l’avion de chasse qu’il traîne à son bras:

« Ce fut facile, je lui ai dit sur Instagram que je jouais à l’Ajax »

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