La réussite écologique de Morales : la cocaïne.

Economie Politique Société 25 novembre 2019

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La réussite écologique de Morales : la cocaïne.

Pour un Français imprégné de marxisme culturel, le continent sud-américain se résume à dénoncer l’hégémonie américaine qu’il pressent dans des régimes de droite afin d’admirer béatement les régimes de la gauche tiers-mondiste en place, à Caracas ou à la Havane, entre autres. Cet amour inconsidéré pour le socialisme lui fait perdre de vue deux choses essentielles sur ce continent. La première, c’est que les dernières consultations démocratiques font pencher la balance vers une droite dure, comme récemment au Brésil avec l’élection de Bolsonaro qui fut largement commentée et, de façon plus lointaine mais tout aussi importante, le rejet par référendum du peuple colombien de l’amnistie des farcs, laissant outrés les commentateurs français. La seconde chose, c’est que les pays les plus stables du continent, dotés d’institutions solides, où personne n’essaye d’échapper à la nage, doivent la stabilité de leurs institutions à des régimes de droite, comme au Chili ou en Argentine notamment. 

Evo Morales, l’alter narco 

Morales, ancien chef syndical, a été élu à la tête de la présidence bolivienne en 2006. Très proche de Chavez dans sa vision du socialisme, il se plaît à s’affirmer comme un président “indigène” proche des populations andines dont il adopte les habits par opportunisme électoral. La réalité est toujours plus complexe: Morales est surtout très proche des cocaleros, ces paysans qui cultivent la coca. Il est aussi souvent cité en exemple par les altermondialistes comme un parangon du terroir sud américain, face au monstre bolsonarien qui déforesterait à tour de bras. 

Pourtant, soyons honnêtes, comme souvent avec le socialisme, tout commence bien. Entre 2006 et 2016, le PIB du pays triple, l’extrême pauvreté recule. Cependant, la machine s’emballe; en quelques années, la mansuétude de Morales vis à vis du problème de narcotique qu’il qualifie de “culture millénaire” fait en sorte de transformer son pays en narco état. Il mâchera même une feuille de coca à la tribune de l’ONU… Le discours de la coca sacrée, traditionnelle et millénaire a servi à coaliser les paysans boliviens et l’ensemble de l’opposition du pays derrière Evo Morales. Défendre la coca devient en quelque sorte une opposition quasi-identitaire à ces salauds de yankees, au capitalisme et au libéralisme qui en découle. Tout un programme, une feuille de coca en guise d’identité… Il n’en fallait pas tant pour que les cartels s’engouffrent dans la brèche, alors que d’autres pays phares comme la Colombie leur mènent une guerre féroce. 

De fait, Morales sanctuarise dans la constitution la production de coca en 2009 et expulse les agences américaines comme la DEA. Une aubaine. La brèche se transforme en trou béant pour les narcos. Pour bien comprendre, il faut remonter aux années 90. Sous l’impulsion des États-Unis – le plus gros marché de la cocaïne – et avec leur financement, l’arrachage des plants dans le pays avait été entrepris dans les années 1990. Ceci a entraîné une résistance acharnée de producteurs dont les revenus excédaient de beaucoup ceux des paysans produisant les denrées alimentaires. C’est à l’occasion de ces combats qu’Evo Morales s’était imposé comme leader des cocaleros du Chaparé notamment. Nous sommes loin de l’image idéale véhiculée par l’extrême-gauche. 

Revenons à la région du Chaparé : 94% de la coca récoltée serait selon un rapport de l’ONU destinée aux narcos. 10000ha seraient dévolus dans cette région à la production de coca, en sachant qu’un hectare dans cette région produit pas loin de 3t de feuilles de coca, on comprend mieux les enjeux. Dans tout le pays, ce serait pas moins de 36000ha de terres qui seraient réservés à la culture de coca selon le département d’état américain, plutôt bien renseigné sur la question. C’est immense, et le mouvement s’amplifie, puisque la surface ne cesse de croître de 20% d’une année sur l’autre ! L’UNODC (United Nations Office of Drugs and Crimes) estime lui la surface à 24000ha via des images satellites mais reconnait sans mal que la plupart des vallées très encaissées des régions productrices rendent difficile l’exercice d’estimation.

Le chef de l’État soutient que cette extension des surfaces cultivées et l’augmentation de la production qu’elle suppose impulsera l’industrialisation de la feuille. Ce qui est totalement stupide. C’est un peu comme si on avait extrait le charbon ou le pétrole avant même d’en avoir l’utilité ! Evo Morales prétend aussi justifier la mesure par la possibilité d’exporter ces mêmes produits, or la communauté internationale en prohibe expressément la commercialisation. Sur la base d’une production annuelle de 230 tonnes de cocaïne, sachant qu’un kg équivaut à 5000 dollars à la frontière, ce commerce engendrerait un montant global de 1.150.000.000$ selon Humberto Vacaflor, journaliste du quotidien Los Tiempos que Morales a voulu emprisonné. En conséquence, « la transnationale » comme on appelle les cartels proche du pouvoir à La Paz a de tels excédents financiers qu’elle peut se diversifier dans la construction, la spéculation urbaine, la mine, la micro-finance, etc. Dans l’et cetera il faut compter les investissements politiques, les subventions, la propagande, les cadeaux aux militaires, et bien d’autres choses encore.

L’argent de la cocaïne irrigue l’économie nationale et ne peut qu’influencer sa vie politique. Le mythe unificateur de la coca se retourne contre ses promoteurs, tant il apparait évident que le gouvernement se satisfait de ce commerce illicite et qu’il fait seulement semblant de le combattre.  Aucun magnat du narcotrafic n’a été détenu pendant toute la durée du mandat d’Evo Morales. Il n’y a pas non plus de politique claire pour lutter contre le blanchiment de l’argent de la drogue puisqu’aucune banque ou entreprise n’a été condamnée sous sa mandature. Le fait qu’Evo Morales est à la fois juge et partie, chose qui était masquée par le discours nationaliste anticapitaliste, et par l’image de l’indien bon sauvage et défenseur de la nature, saute maintenant aux yeux. Il était pourtant évident depuis le début de son mandat que la quasi-totalité de la coca du Chaparé cultivée par des producteurs, dont Evo Morales demeure le chef, allait alimenter les circuits de la drogue. 

Les victimes de tout ce système sont les Boliviens eux-mêmes. Il devient de plus en plus incontestable que la culture intensive de la coca entraîne des problèmes de santé publique et d’importants dégâts humains et environnementaux. Un rapport récent souligne l’usage intensif d’insecticides et d’herbicides comme le glyphosate dans les régions productrices de coca. L’extension des cocales induit la déforestation, la violation des aires protégées et le harcèlement des populations indigènes d’Amazonie. De plus la transformation de la coca en cocaïne produit une série de déchets toxiques (acides, hydrocarbures, diluants…)  qui viennent polluer les rivières et les fleuves et en altérer la faune et la flore.

Il est tout de même savoureux de savoir que l’une des figures de proue altermondialiste a contribué à l’avènement d’une filière industrielle de production de cocaïne. En investissant dans la recherche variétale les narcos ont obtenus des plants de coca aux feuilles plus grandes, plus productifs (quatre récoltes par an) et contenant jusqu’à quatre fois plus de cocaïne, moyennant l’utilisation d’intrants (engrais, pesticides). Qu’importe si les feuilles de coca issues de cette filière agro-industrielle, de saveur amère, sont impropres à la consommation traditionnelle par mastication ou tisane, les consommateurs de crack ne font pas la différence. Comble du ridicule la Bolivie est structurellement en déficit (quantitatif et qualitatif) alimentaire, incapable d’appliquer aux productions agricoles alimentaires locales les recettes qui ont réussit dans la production de coca.

On voit bien à quel point le discours anticapitaliste d’Evo Morales est une farce grotesque et tragique. Le marché de la cocaïne est en effet l’exemple même d’un marché capitaliste sauvage et dérégulé. En Bolivie, celui qui mastique la feuille de coca est en grande majorité le travailleur en bas de l’échelle sociale dont le gouvernement Morales permet la surexploitation sans se soucier de l’impact sur la santé publique. 

Morales nous empoisonne et traite avec nos ennemis. 

Pendant ce temps là, la Colombie n’a eu de cesse de traquer férocement narco et farcs, se séparant ainsi de l’image de narco état qui lui collait à la peau. Mieux, ils n’ont eu aucune pitié pour les farcs, laissant incrédule les Français, toujours prompt à excuser les crimes d’une guerilla marxiste. Ce faisant, la Bolivie a pris la tête des narco-états du monde. En 2010, une opération antidrogue d’envergure permettait de montrer pour la première fois un lien entre la guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les trafiquants de cocaïne boliviens. Les dernières saisies des quelques forces anti drogues boliviennes qui font encore leur travail ont démontré que tous les laboratoires servant à produire la cocaïne étaient dirigés par des chimistes en lien avec la guerilla marxiste colombienne. Morales ne peut l’ignorer puisque ces installations sont situés dans ses fiefs. Les marchés d’Afrique et du Moyen Orient séduisent de plus en plus les trafiquants qui opèrent depuis la Bolivie. Or la cocaïne qui transite par ces pays est moins destinée à la consommation locale qu’au financement d’organisations terroristes telles que Boko Haram, Al-Qaïda au Maghreb islamique (ou AQMI), et le Hezbollah, qui servent d’intermédiaire pour le trafic de la drogue vers l’Europe en passant par la Méditerranée. 

Déforestation: Morales champion 

Pourtant un des chevaux de bataille des altermondialistes, ceux-ci sont curieusement silencieux sur le cas bolivien, alors qu’ils sont prompts à dénoncer l’horreur bolsonarienne. Et pourtant… 

48% de la surface bolivienne est couverte par la forêt. La déforestation avance elle au rythme de 350000ha par an ce qui fait de la Bolivie un des pays au monde qui déforeste le plus, seul la Namibie et le Bostwana font pire. Ce taux de perte est presque 3 fois supérieur au Brésil ! A ce rythme, la forêt bolivienne aura disparu d’ici 2100. le taux de déforestation ramené au nombre d’habitants est de 320 m2 par personne et par an (m2/personne/année), une moyenne vingt fois plus élevée que la moyenne mondiale (~16 m2/personne/année), et supérieure à celle du Brésil (~137 m2 /personne/année). Les émissions de carbone engendrées par cette déforestation placent les Boliviens parmi les agents les plus actifs du changement climatique au monde. Que fait Morales? Cette année, il a concocté une loi sur mesure pour les élevages intensifs avec pour objectif l’export massif de viande de boeuf. Les adeptes de la décroissance sont servis, la destruction du massif forestier bolivien est plus rapide en Bolivie qu’au Brésil.

Vers l’autocratie et la chute 

On peut imaginer que les partisans d’Evo Morales chérissent plus que tout la démocratie face à l’horreur – quasiment le nazisme – que représente le “néolibéralisme”. Et pourtant, petite rétrospective: à l’occasion du référendum du 21 février 2016 la majorité du pays s’est opposée à ce qu’Evo Morales brigue un quatrième mandat présidentiel. Ce référendum s’est déroulé sur fond d’affaire de corruption: la petite amie du président (avec qui il a reconnu avoir un enfant avant de le nier pour enfin affirmer que cet enfant est mort et mettre en prison sa mère) n’était autre que la directrice de la société de travaux publics chinoise qui négociait des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars avec l’État bolivien depuis le bureau officiel de la première dame. Ne se donnant pas pour vaincu le chef de l’État bolivien a fait valider sa candidature aux élections présidentielles d’octobre 2019 par le Tribunal Constitutionnel. A cette issue, Morales a tenté vaille que vaille de monter des primaires, forçant ainsi l’opposition à précipiter la désignation de son candidat. Mais la pilule fut amère pour le MAS, parti présidentiel, puisque seulement 30% des votants ont désigné Morales, malgré une fraude électorale conséquente, les fonctionnaires ayant été courtoisement forcés à voter pour leur maître. Le processus qui mène à la dictature touche à son terme. Au mépris de la Constitution, par une série d’artifices juridiques et de coups de force, on s’achemine à grand pas vers une quatrième élection du petit chef indien, poussant le ridicule à se grimer en empereur inca. 

Le déroulement de la campagne électorale fut une farce digne d’un potentat soviétique: Les fonctionnaires furent forcés d’aller aux meetings de Morales sous peine de licenciement pendant que des rassemblements demandant le respect du résultat du référendum de 2016 eurent lieu dans les principales grandes villes. En outre, cette campagne 2019 a été très déséquilibrée : Evo a utilisé les biens et les moyens de l’État et a fait de nombreuses promesses de travaux publics en échange des votes. Le 20 octobre, les résultats du premier tour tombent… Du moins le croit-on. Mais coup de théâtre, le système servant à comptabiliser les votes tombe en panne pendant 24h. Le lendemain, Morales crie victoire sans nécessité de second tour. A ce moment là, tout s’accélère et le pays s’embrase. Des secteurs dont on aurait pu croire acquis à Morales se désolidarisent: mineurs, ouvriers, retraités manifestent avec en toile de fond des tensions au sein de l’armée et de la police qui refusent de réprimer les manifestations. La jeunesse, plutôt atone depuis le règne Morales se rebelle. Le 27 octobre, Morales, acculé, lance pour consigne à ses derniers partisans cocaleros “d’assiéger les villes”. On imagine sans mal l’effroi de nos médias si Morales était de droite. 

De plus, la situation économique finit de se détériorer, les pénuries débutent. Les réserves de change ont diminué de moitié en quatre ans. La dette ne cesse de croître (notamment la dette bilatérale avec la Chine). La pauvreté recommence à augmenter. Et n’oublions pas que la Bolivie demeure de loin le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, tandis que 70 à 80% de sa population active travaille dans le secteur économique informel dans des conditions précaires, sans respect du droit du travail, sans sécurité sociale, sans retraite… Les services de santé et d’assainissement, le système éducatif, les transports sont à la traîne. Finalement, le bilan de Morales ne pèse pas lourd sans ses beaux discours qui séduisent les écologistes occidentaux. On a bien là les germes d’une guerre civile, attisée par l’irresponsabilité du gouvernement Morales qui hurle au coup d’État raciste, chauffant à blanc les Indiens. 

Le 6 novembre, le pays est le théâtre d’affrontements violents dans les plus grandes villes faisant plusieurs morts. Les blocus se multiplient. Le 8 novembre, les officiers de police de plusieurs grandes villes comme à Potosi se mutinent. Certaines unités sont retranchées dans leurs casernes. L’armée refuse elle aussi d’intervenir. Le système Morales s’effondre comme un château de cartes et les rats quittent le navire, Morales lui-même s’enfuit au Mexique. Depuis, la situation reste très confuse malgré la reprise en main d’un gouvernement provisoire. 

La Bolivie victime de la mégalomanie de son président 

Il ne s’est pas passé un jour sans qu’Evo Morales ne fustige le capitalisme, ou l’impérialisme yankee, le plus souvent les deux, et pourtant, il a livré le pays aux mains de Pékin en creusant la dette bilatérale envers la Chine. Il s’est rendu dépendant de la Russie en les laissant construire une centrale sous couvert d’obscures concessions. 

Mais il ne se passe pas un jour sans que le gaz, le pétrole, les minerais exploités par les compagnies multinationales tant honnies n’alimentent le trésor public bolivien qui serait vite asséché sans ces recettes.

Et il ne se passe pas un jour sans que les cultivateurs de coca n’engraissent le marché sauvage de la drogue, dont Evo Morales est le chef.  À la différence des multinationales, les cocaleros ne payent ni impôts, ni concessions à l’état. 

Pas une occasion ne se passe sans qu’Evo Morales, en Bolivie comme du haut de tribunes internationales, ne se présente comme un défenseur de la nature et de la Terre-Mère, mais il ne se passe pas un jour sans que la terre bolivienne ne soit polluée par les résidus miniers, les fuites des puits d’extraction du pétrole, les herbicides et pesticides utilisés massivement pour l’agro-industrie comme pour la production de la coca et les produits chimiques toxiques nécessaires au raffinage de la cocaïne. Et il ne se passe pas un jour sans que le déboisement ne ravage un pan de la forêt, à moins qu’elle ne soit détruite par des incendies volontaires.

Mais tout cela, selon le champion Morales, c’est de la faute de l’Occident. Voilà un ennemi confortable!

La présidence Morales fut une farce gobée par les médias de gauche et ses partisans. Si Morales avait été de droite, ces mêmes médias et organisations politiques l’auraient déchiqueté médiatiquement

One Comment
  1. tom

    dommage qu'il n'y ai qu'une seule affirmation sourcée.

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