Jean-Claude Van Damme, le dernier chevalier d’Hollywood

Cinéma Société 24 janvier 2020

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Jean-Claude Van Damme, le dernier chevalier d’Hollywood

En tant que futur vieux de la génération Y, voyant le taux de testostérone général fondre comme neige au soleil, je me devais de livrer aux jeunes d’aujourd’hui la bonne parole de Saint Jean-Claude Van Damme. Une mini biographie témoignage sur la vie de JCVD à base de nanars, de mandales, de dollars et de transpiration. Un spinning flash-back kick sur la carrière du maître du grand écart facial. A l’instar de nos jeunes assistés, biberonnés à l’État nourricier et fuyant toute prise de risque non maîtrisée, voilà un bon exemple de volonté, de dépassement de soi et de réussite.

Jean-Claude Van Damme de son vrai nom Jean-Claude Camille François Van Varenberg appliquera sa propre citation à la lettre tout au long de sa vie. Né en 1960 à Berchem-Sainte-Agathe. Ce natif belge réalisera le rêve de bon nombre de Kévin et Jennifer en devenant un des acteurs hollywoodiens les plus célèbres de la planète. Cependant, vouloir ne suffit pas, pour poser son séant au panthéon des monsieur muscles, il va falloir bosser. C’est pour ça qu’on aime Jean-Claude, le mec avait du potentiel, en a eu conscience très tôt et s’est bougé les miches. Pratique intense des arts martiaux depuis l’âge de 10 ans, bodybuilding et même 5 années de danse classique, JCVD déclarera d’ailleurs à ce sujet :« La danse classique est un art, mais c’est aussi l’un des sports les plus difficiles. Si vous pouvez survivre à un entraînement de danse classique, vous pouvez survivre à l’entraînement de n’importe quel autre sport ». Il connaîtra son premier succès national en devenant Mr Belgium. Oui. L’équivalent de Miss France Belge pour homme. La fusée belge s’apprête à décoller vers les étoiles d’Hollywood.

JCVD entrera dans la cour des grands à coups de pompes dans la porte. A 22 ans, 3000 dollars en poche et un niveau d’anglais proche de zéro, JCVD débarque aux États-unis, bien décidé à faire son trou à la pelleteuse dans le milieu du cinéma. Il sera tour à tour livreur de pizzas, videur de boîte de nuit, poseur de moquette, ou encore coach personnel et chauffeur de limousine. Cette dernière activité lui permettra notamment de rencontrer les pointures qui lanceront sa carrière.

« L’être humain, en général, dans la vie, réacte. On réacte, c’est à dire qu’on fait ce qu’on est supposé faire. Travailler, manger… J’m’excuse de l’expression ; chier, mais je trouve qu’un être humain doit créer. »

Encore une fois JCVD attrapera son destin par les testicules en appliquant ce principe à la lettre. A force de travail et de persévérance il finira par créer sa chance en faisant la connaissance de Chuck Norris, le karatéka surcôté. Lui permettant d’accéder à ses premiers petits rôles.

Son premier grand succès s’incarnera dans ce qui restera un des plus grand Nanar de l’histoire : le tragicomique Bloodsports. Ne nous mentons pas, sa nullité est proportionnellement inverse à son niveau de cultissimité. Tout y est, des dialogues affligeants de convenance, des chorégraphies de combat désopilantes, des flashbacks, des plans serrés surjoués et des coupes mulets. Je passe sur la bande originale. Le tout taillant un boulevard jusqu’au classique combat final contre le gros boss de fin. Plus téléphoné, tu meurs. Le film est un succès international.

S’en suivra le magnifique et inoubliable Kickboxer. Quasiment la même chose mais en beaucoup plus beau. Oui, celui où il y a Tong Po, le mec qui s’entraîne en mettant des coups de tibia dans des piliers en béton.

Mais c’est surtout son film le plus culte, celui dont on parlait à la récré avec les copains. C’est dans lequel ils se trempent les mains dans la colle et le verre pilé avant de se mettre sur la gueule. Avec ce combat final où Tong Po se fait exploser sa face en slow motion par un JCVD au top de son art. Des énormes kicks au ralenti en hurlant comme un super sayen et des uppercuts subsoniques finissant le poing tremblant de puissance musculaire. La transpiration luisante au maximum et les muscles tendus comme des strings de cagoles. Raaaah, je jouis. #NoHomo

“Mon modèle, c’est moi-même ! Je suis mon meilleur modèle parce que je connais mes erreurs, mes qualités, mes victoires et mes défaites. Si je passe mon temps à prendre un autre modèle comme modèle, comment veux-tu que ce modèle puisse modeler dans la bonne ligne ?”

Fait plus méconnu, il incarnera le premier Predator mais abandonnera le film car il étouffait dans le costume et se plaignait qu’on ne voyait pas son visage à l’écran. Que nenni. Il touchera son premier million de dollars avec le génial Universal Soldier en 1991. Ne subissant aucun échec il devient l’un des acteurs d’arts-martiaux les plus populaires et un des acteurs les mieux payés au monde, avec un cachet de huit millions de dollars pour Street Fighter : L’ultime combat (1994). Défoncé par la critique, le film rencontre un succès insolent…

On ne va pas refaire toute sa filmographie, mais il est possible que JCVD détienne le record de films où il joue son double, son sosie ou son frère jumeau : Double Team, Double Impact, Risque Maximum, Replicant et cette série de 2017 Jean-Claude Van Johnson.

“La drogue, c’est comme quand tu close your eyes et que tu traverses la rue.”

Jean-Claude est au top, il a tout réussi et n’a plus rien à prouver à personne. Mais qui dit atteindre le sommet, dit baigner dans les fastes de la vie de star, l’opulence et la luxure.

Ce qu’il y a de bien avec lui, c’est qu’il ne nous gonfle pas avec des galas contre la faim dans le monde et de la charité bien correcte pour les gentils rohyngas/yéménites/whatever. Jean-Claude reste dans son coin et il a la décence (rare dans ce milieu) de ne pas nous faire la leçon sur ce qui est bien ou pas. Et pour cause, à la fin des années 90, JCVD, au zénith de son succès, dérape : sa consommation de cocaïne explose. Ce qui lui vaudra d’enchaîner mauvais choix de carrière et mauvais films. Ses longs métrages de 1995 à 2011 sont artistiquement anecdotiques et de cuisants échecs commerciaux.

Lors de plusieurs interviews pour le film Replicant, il en fera la promotion à ses dépens via ses citations philosophiques improvisées et involontairement comiques. On se moque souvent des interviews que JCVD a données en France, de ses propos décousus et abstraits. Faut-il rappeler que JCVD souffre de bipolarité et que petit, il a toujours eu du mal à s’exprimer. On aimerait que les journalistes qui aiment tant le piéger à sa sortie d’avion en plein jet lag aient la même carrière à succès que lui. Les railleries iront bon train et finiront par affecter sa famille, Jean-Claude en souffrira beaucoup. Il en viendra naturellement à bouder un temps les médias français de peur que cet épisode ne resurgisse.

“Ma femme n’est pas ma meilleure partenaire sexuelle, mais elle fait très bien le ménage.”

Jean-Claude prend pour femme Gladys Portugues en 1986. Après quelques années de bonheur, il divorce de celle-ci pour se marier un an plus tard avec une actrice à la carrière aussi superficielle que sa plastique : Darcy LaPier. L’idylle ne durera pas et le divorce sera prononcé en 1997. Cette dernière enchaînera les mariages grotesques mais fructueux financièrement et lui donnera néanmoins un fils. Il entretiendra d’ailleurs également une courte liaison avec Kylie Minogue sur le tournage de Street Fighter. On peut dire que la fusée Van Damme explose en plein vol à ce moment, black listé par les studios de cinéma pour avoir réclamé des cachets pharaoniques sous prétexte que les têtes d’affiches de l’époque touchaient davantage. Les fiascos au box-office s’enchaînent avec notamment Double Team. En 1999, JCVD décide enfin de soigner ses addictions, et ce n’est certainement pas un hasard si il parvient à reconquérir le cœur de son ex-femme Gladys

Il faudra attendre 2012 pour voir JCVD reprendre le dessus en ressuscitant dans l’orgasmique Expendables 2 : Unité Spéciale. De l’action à l’ancienne sublimée par la réunion jubilatoire de tous les héros bodybuildés de notre enfance. La All Star Team des films d’action des années 90 enfin retrouvée, unie dans la baston chorégraphiée en slow motion et la destruction des méchants par l’orage d’acier. Il prêtera aussi sa voix à Maître Croc dans Kung Fu Panda en 2011 et immortalisera le style Van Damme dans une publicité pour Volvo avec ce prodigieux grand écart facial suspendu entre deux camions en marche arrière.

“Quand j’étais jeune, j’étais très con. Je suis resté très jeune.”
En plus de son caractère simple et attachant, ce qui nous le rend plus sympathique que des Schwarzy ou des Stallone, c’est son côté « new american » qui n’a plus revu la Belgique depuis trop longtemps et qui parle français comme un américain. Cependant Jean-Claude ne s’est jamais renié, il a juste évolué. Pour les siens, JCVD a toujours été là, c’est un mec à l’ancienne. Ses enfants sont équilibrés et ne nourrissent pas la colonne faits-divers des “fils de” dans le milieu du show bizz. C’est une famille normale.

Et c’est bien la substance de ses propos face à l’ahurie Schiappa : oui sa femme préfère s’occuper de ses enfants, elle est heureuse et lui aussi. Gladys mérite tout particulièrement un hommage : c’est elle qui a tenu la barque quand JCVD ne “voulait pas lâcher la corde du succès” comme il déclare pudiquement dans C à vous. Jean-Claude sait ce qu’il doit à sa femme : une famille soudée, un clan qui a su traverser les épreuves. Non, Gladys ne milite par pour le remboursement des serviettes hygiéniques, mais elle a créé le clan Van Damme, et avoir une femme comme ça, c’est inestimable. Les Schiappa iront dans le sanibroyeur de l’histoire, tandis que nous, les hommes, respecteront toujours du plus profond de nos êtres les Gladys. 

« Au début pour faire l’amour…, et je ne parle pas que de sexe…, il faut être physical, mais ensuite, il faut être plus mental, et après quand tu as un enfant, il faut être spiritual pour bien l’élever. »

Dans la même émission, l’acteur fut ému aux larmes par un petit message de ses parents et de son fils Kristofer : 

« Je suis très fier de ce que tu as fait. Il y a trente ans, je ne croyais pas qu’un Européen aurait pu éventuellement forcer les portes des studios en Californie. Toi tu as réussi. Je suis vraiment très fier de ce que tu as fait (…) J’ai un vœu. J’aimerais que tu te reposes un peu. Que tu profites toi-même de ta vie. Je sais que c’est difficile pour toi mais tu as mis toute ta famille à l’abri, je ne vois pas pourquoi tu continues encore à travailler » a notamment déclaré son père, Eugène Van Varenberg.

« On veut seulement te dire qu’on t’aime. On est tellement fiers de toi. Et moi personnellement je veux te dire merci. Merci à toi d’être un héros » a conclu son fils.

J’ai le même père que JCVD. Belge lui aussi. Le genre de taiseux qui ne parle pas pour ne rien dire. Le genre avare en compliment. Quand il en sort un, il faut bien l’attraper car le train ne passe pas 2 fois. Cette génération n’a jamais appris à dire ce qu’ils ressentent. Aussi, quand ce genre de papa dit qu’il est fier de vous, c’est que vous avez tout gagné, et quelque chose de bien plus précieux que de l’argent : un clan.

« Je crois au moment. S’il n’y a pas le moment, à ce moment-là, il faut arriver à ce moment-là, au moment qu’on veut. »

Au final sa personnalité atypique et sa volonté de puissance auront propulsé ce petit belge d’origine modeste en légendaire énormoïde superstar. Malgré une carrière assez inégale et un personnage sacralisé par ses citations tragicomiques, JCVD restera toujours le héros de films comme on en fera jamais plus ; du sympathique film d’action de série B au film de SF raté, mais toujours au rythme soutenu d’un scénario qui a au moins l’honnêteté assumée de ne pas péter plus haut que son cul. Ça castagne sec, JCVD met sur la gueule à des gros méchants et il gagne à la fin. Pourquoi faire autre chose alors que c’est exactement ce qu’on veut et ce qu’on attend lui ? Les films de JCVD sont taillés comme les pornos. La parfaite mise en scène de nos fantasmes de mecs virils.

Ainsi, pour toute cette génération aujourd’hui orpheline d’icônes couillues, Saint JCVD représente un des derniers modèles vivant qui gagne vraiment à être connu et qui j’espère continuera ponctuellement de nous gratifier de ses quelques sorties bien à lui.

Petite dédicace à Marlène et mention spéciale pour sa fille Bianca Bree qui n’a pas terminé obèse, les cheveux bleus et ainsi faisant honneur à son père.

Merci Jean Claude. Change rien.

Empereur du black metal et guerrier rhapsode. Explorateur de mélopées synthétiques et ancestrales. Mon vaisseau auditif dérive au gré des vents musicaux dans une odyssée sans fin.
One Comment
  1. yoananda

    Tout à fait d'accord. Non seulement ça, mais en plus, les déclarations "philosophiques" du JCVD sont en réalité très profondes, proche du koan, des petits concentrés de sagesse, du moins pour ceux qui sont capable de les comprendre. Oui JCVD est une icône. Je retiens particulièrement ceci : "il a gagné un clan" et ça ça vaut tout l'or du monde.

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