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Guy Millière, « Des changements de régime dans des pays culturellement éloignés ne peuvent être couronnés de succès selon Trump »

22 juillet 2019

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Guy Millière, « Des changements de régime dans des pays culturellement éloignés ne peuvent être couronnés de succès selon Trump »

L’universitaire Guy Millière, désormais installé aux USA en 2016 et l’un des plus fameux (et des seuls) commentateurs francophones à soutenir Trump, nous a fait le plaisir de répondre à nos questions que nous avons divisées en 3 volets distincts: les USA, l’Europe et Israël. Guy Millière est un fervent soutien à l’interventionnisme américain afin de remodeler le monde en faveur de l’Occident. Libéral convaincu, il jette un regard très critique non seulement sur l’étatisme français, mais aussi sur l’expansion de l’Islam dans nos contrées européennes. Dans l’interview suivante, nous avons capturé plus précisément sa vision sur les USA et l’ère Trump.

Tout récemment, vous avez quitté la France pour le Nevada. Est-il vrai que le système de santé américain est un parcours du combattant pour qui a été pris en charge par l’Etat Providence jusque là? Comment expliquez-vous la déliquescence de votre terre natale, vu de Las Vegas?

Le système de santé américain est aujourd’hui très détraqué en raison de l’Obamacare: les prix des assurances ont augmenté, les remboursements sont moindres, les contrats proposés sont moins nombreux. Cela dit, le système de santé américain est plus performant qu’on le dit en France. Il repose largement sur la responsabilité personnelle et la liberté de choix, ce qui est difficile à comprendre en France où le système est monolithique et obligatoire. Aux Etats-Unis, on peut s’assurer ou prendre le risque de ne pas s’assurer et devoir assumer les conséquences. Les assurances sont multiples et pour l’essentiel, privées.

Les entreprises prennent en charge les assurances de leurs employés et leur laissent le choix de ne pas s’assurer. Quand on travaille à son compte, on doit s’assurer soi-même auprès d’une compagnie d’assurance. Plus on commence à s’assurer tard, plus les prix sont élevés. Cela dit. Une personne pauvre est prise en charge par le système Medicaid et n’est pas sans assurance. Une personne âgée de plus de 65 ans est prise en charge par le système Medicare et couverte à cent pour cent ou presque, quel que soit son niveau de revenu. Je ne rentre pas dans les détails, car cela deviendrait vite complexe, mais le système de santé américain n’est pas un enfer et n’est pas un parcours du combattant, sauf si on est passif et qu’on attend tout de l’État, mais ce n’est pas dans la mentalité américaine.

Pour ce qui concerne votre deuxième question, la réponse pourrait faire l’objet d’un livre entier. J’y ai, en fait, consacré plusieurs livres: Un gout de cendres, Pourquoi la France ne fait plus rêver, et Voici revenu le temps des imposteurs. C’est en raison de cette déliquescence que j’ai choisi de partir vers l’Ouest américain, il y a plus de trois ans maintenant. Une réponse lapidaire à votre question impliquerait de dire que la Révolution Française, qui a été un désastre, a créé une instabilité politique et juridique dont la France n’est jamais vraiment sortie, et a donné à la gauche une tentation idéocratique qui persiste jusqu’à ce jour.

Après la deuxième guerre mondiale, la gauche communiste a exercé un travail de prise de pouvoir dans les institutions politiques, économiques et culturelles du pays. Le processus s’est enrayé dans les années 1980 quand le communisme a commencé à décliner, et a semblé disparaître avec la chute de l’Union Soviétique: il a, en fait, persisté sous une autre forme. Les idées disséminées au cours du travail de prise du pouvoir sont restées dans l’atmosphère, nébulisées et ont constitué un prêt-à-penser de gauche omniprésent jusqu’à ce jour. Ce prêt-à-penser est devenu une pensée unique qu’on retrouve dans tous les partis politiques sous des formes différentes, de La France insoumise au Rassemblement National. Aucun parti politique français aujourd’hui ne défend effectivement la liberté d’entreprendre et le libre marché, aucun ne dit que la France n’est pas un État de droit au sens lockéen du terme et aucun ne dit que la France ne dispose pas d’une effective séparation des pouvoirs telle que définie par Montesquieu.

Aucun ne remet en cause l’idée, infondée, qu’il existe un réchauffement global anthropique et que celui-ci implique des décisions étatiques. Macron est défini souvent comme un libéral alors que c’est un étatiste autoritaire. Un pays où les dépenses publiques représentent 57 pour cent du Produit intérieur brut est un pays profondément socialiste et asphyxié par l’hypertrophie de L’État. Cette hypertrophie s’est mise en place graduellement sous l’influence du travail de prise de pouvoir que j’ai évoqué un peu plus haut. Les idées effectivement libérales ont été évincées au fur et à mesure de cette mise en place et sont absentes des débats. La France est asphyxiée économiquement, politiquement et intellectuellement.

Lors d’un récent passage a Paris, je suis entré dans une grande libraire, puis dans une autre: quasiment tous les livres de la section économie étaient des livres marxistes ou marxisants. Strictement tous les livres sur les États-Unis étaient empreints de stéréotypes anti-américains grossiers. Je n’ai, hélas, pas été surpris. Quand je parcours la presse française, je rencontre peu ou prou la même chose.

Il reste un magazine de droite à peu près lisible, Valeurs Actuelles, quelques articles dignes de ce nom dans Causeur, la chronique d’Ivan Rioufol dans Le Figaro, parfois un article d’Eric Zemmour, mais pas tous, car Eric Zemmour peut se révéler anti-capitaliste. C’est tout. Aucune alternance effective et aucun sursaut de la population française n’est envisageable tant qu’une intoxication mentale continuera à se disséminer quasiment sans partage.

Comment se fait-il que certains néoconservateurs historiques comme votre ami Daniel Pipes (avec qui vous avez co-écrit Face a l’islam radical) ont une vision sceptique, voire négative, de Trump. La stratégie de Trump peut-elle déboucher vers un nouveau néo-conservatisme?

Daniel Pipes a été très hostile à Trump en 2016. Depuis, son hostilité s’est estompée. Et il a reconnu que nombre des décisions de Trump en politique étrangère étaient des décisions qu’il ne pouvait pas désapprouver. L’hostilité des néo-conservateurs vis-à-vis de Trump tient à ce qu’ils ont vu en lui un isolationniste, ce sur quoi ils se sont trompés. Trump n’a jamais été un isolationniste (je l’explique en détail dans mes livres La révolution Trump ne fait que commencer et Ce que veut Trump). Ils lui reprochent maintenant d’être l’adepte d’un réalisme fondé sur des principes éthiques, ce qu’ils jugent insuffisant.

Trump, à la différence des néo-conservateurs ne pense pas que des changements de régime dans des pays culturellement éloignés du monde occidental peuvent être couronnés de succès, et il ne pense pas, par exemple, que la démocratie peut s’implanter dans le monde musulman, et je pense qu’il a raison (j’ai publié un livre où j’expose l’incompatibilité entre islam et démocratie: L’ombre du djihad). Il considère que les États-Unis ont quelques rares alliés stratégiques, ainsi Israël, et ont en dehors de cela des alliés tactiques avec lesquels ils doivent avoir des relations basées non pas sur l’amitié, mais sur des preuves d’amitié. L’Arabie Saoudite s’est vue demander des preuves d’amitié en mai 2017, et Trump accepte qu’elle soit une monarchie absolue. Il accepte qu’Abdel Fattah al Sisi en Egypte soit à la tête d’un régime autoritaire dès lors qu’il donne lui aussi des preuves d’amitié.

Trump ne se contente pas du statut d’ »alliés » des pays de l’Union Européenne, quand bien même les pays de l’Union Européenne sont des démocraties: il veut des preuves d’amitié. La doctrine Trump ne sera jamais un néo-conservatisme, car elle n’intégrera jamais l’idée que c’est le devoir des États-Unis de procéder à des changements de régime sur les cinq continents. John Bolton a souvent été identifié à un néo-conservateur: il est aujourd’hui un adepte de la doctrine Trump et n’envisage le renversement d’un régime ennemi qu’en dernier recours, et si l’ennemi refuse de prendre les mesures exigées de lui pour qu’il cesse d’être un danger pour les États-Unis et les alliés et amis des États-Unis.

Pensez-vous que Donald Trump sera réélu en 2020? Si oui pour quelles raisons?

Oui, je pense que Trump sera réélu. La situation économique aux États-Unis n’a jamais été aussi bonne depuis plus d’un demi siècle, grâce à l’ensemble des décisions prises par l’administration Trump. C’est présentement le plein emploi, la croissance est forte, les salaires augmentent, les impôts ont baissé et il n’y a pas d’inflation. Trump est en train de juguler le problème posé par l’immigration clandestine. Il a fait des États-Unis un pays énergétiquement indépendant et, même, exportateur de pétrole.

Il a rétabli la puissance de l’armée américaine, et, faute d’être aimés, les États-Unis sont à nouveau respectés sur la planète. La dérive gauchiste du parti démocrate, qui se livre à un harcèlement constant, vicieux et obsessionnel vis-à-vis de lui, Trump, va contribuer à l’aider aussi. Le seul candidat un peu plus modéré chez les démocrates aujourd’hui est l’ancien vice-président Joe Biden, et les gauchistes le critiquent férocement. Joe Biden semble de surcroît impliqué dans des affaires de corruption le reliant à la Chine. Plusieurs membres de l’État profond et de l’administration Obama finissante ont de lourdes responsabilités dans les actions illégales d’espionnage qui ont visé la campagne de Trump en 2016 et dans les actions de déstabilisation qui ont visé Trump devenu Président dans les premiers mois de son mandat: ils risquent la prison. Ils sont démocrates.

Quand tout sera mis au jour, et cela ne devrait pas tarder, ce sera très mauvais pour les démocrates en 2020, et leurs vociférations et leurs manœuvres sordides n’y changeront rien. La victoire de Trump ne sera, cela dit, pas aussi triomphale qu’elle devrait l’être dans ces circonstances. Un nombre élevé de membres des minorités votent démocrate parce que le parti démocrate est le parti de la redistribution. Un nombre très élevé de jeunes de moins de vingt-cinq ans ont le cerveau lessivé par des professeurs gauchistes et votent démocrate aussi: nombre de ces jeunes rêvent même de faire des États-Unis un pays socialiste.

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