[III] Tolkien et la Critique de l’Occident

« Le théâtre de mon récit est cette Terre, celle où nous vivons actuellement… » – J.R.R. Tolkien

Nous voici arrivés au terme de notre étude sur Tolkien et l’Occident.

Vous l’aurez compris, il ne s’agissait pas développer de façon exhaustive la richesse des références et codes littéraires qui innervent le legendarium de notre auteur.

Cela tout le monde est capable d’y parvenir par ses propres moyens, et les ressources (furent elles numériques) ne manquent pas.

Ce qui importe dans ce travail c’est de proposer un prisme de lecture fidèle aux intentions initiales de l’écrivain. Nous l’avons évoqué, Tolkien c’est une vie complexe et en même temps qui peut sembler prédestinée par sa coïncidence patronymique.

Tolkien parle au-dedans (talk in). Au-dedans des mots, dont il épure la gangue vulgarisée des conventionnels usages afin d’en révéler une signature originelle. Il nous enseigne que derrière chaque dépôt lexical, se cache un sens, une orientation qui nous aide à formuler avec exactitude la qualité du nom que l’on retient.

Retenir le nom c’est établir un lien et donc permettre la compréhension d’un système et des éléments qui le déterminent.

Albert Camus disait « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Avec Tolkien, «  Bien nommer les choses c’est retirer au malheur du monde ».

Ici, la lecture biblique trouve un écho : Invoquer le nom des créatures c’est signifier une autorité sur elles. Ainsi que ce soit Adam sur les animaux de la Genèse, où les exorcistes qui recherchent les noms des démons pour les affaiblir – il s’agit toujours de donner une réalité concrète et identifiable à des phénomènes – moins pour affaiblir le mystère qui entoure leurs manifestations que renforcer notre volonté de les soumettre en s’appropriant les limitations de leurs potentiels.

D’une telle façon, la méthode littéraire de Tolkien est une quête permanente de la dé-signation qu’il nous encourage à mettre à Profit. Faire l’exégèse d’une œuvre en signifiant les évènements ou les acteurs par des noms qui trouvent un écho dans les références culturelles – cela revient de fait à exorciser les apparences pour dénoncer une réalité trouble.

Ainsi, de même que derrière Sauron, se cache σαῦρος, saûros (le reptile donc le serpent entropique responsable de la chute et du chaos) – de même à notre époque, certains agitateurs publics portant les stigmates de ce nom sont-ils à considérer avec Méfiance. Pensons à un certain Georges « Soros1 » à qui nous devons la déstabilisation de nos sociétés européennes sous l’effet de révolutions portant la marque d’une main blanche – non pas celle d’Ortank mais d’Otpor…


Son idéologie de « l’Open Society » est un leurre pour signifier l’abstraction des identités nationales dans un globalisme feutré qui agit par la voie de guerres hybrides en finançant des campagnes de désinformations auprès d’ONG ethno-critiques portant l’idéal naïf d’un inter-nationalisme salvateur. Ne faut-il pas voir la domination « Saurienne » d’un mal qui cherche à corrompre démesurément l’ordre établi sur les fonds baptismaux de nos assises morales  ?

De bien curieuses symétries … Lesquelles ont une visée didactique – et les co-incidences ne manquent pas.

Mais ce qui est décisif dans ce rapprochement c’est qu’en désignant Soros et ce qu’il représente comme un équivalent tolkienien d’un mal ostensible (presque prophétique) qu’il nous faut combattre – une première ouverture sur la critique de l’Occident peut s’engager.

Tolkien et la critique du Globalisme

Aujourd’hui, l’Occident est divisé contre lui-même.

Européisme, Atlantisme, Occident collectif, Civilisation des lumières sont autant de qualificatifs utilisés par les observateurs pour tenter de structurer la manifestation politique d’une idéalité imprécise.

Mais si précisément elle est imprécise c’est que les représentations politiques chargées d’une autorité enseignante n’ont pas fait l’effort d’en préciser les termes.

Une critique bien souvent invoquée porte sur la « mission civilisatrice de l’Occident ». Mais là encore – à quoi fait-on allégeance entre la « Manifest destiny de l’anglo-israélisme » et « le Renovatio Imperii Byzantiniste ou Habsbourgeois ». « L’Universalisme gallo-républicain » n’est-il pas moins légitime que le « Catholicisme ultramontain ? »

Et « l’Europe des Nations » ? Héritière de la Chrétienté, d’une Paganité fédérale, d’une Blanchité continentale ? Et la Russie ? Et les Etats-Unis ? Et les Arméniens ? Et les Juifs ? Et les peuplades amazigh …

Autant de réalités historiquement discordantes qui affectent notre jugement et amende notre capacité à définir clairement ce qui est un potentiel d’unités pour l’avenir de nos générations.

Il ne faut pas nous cacher. Cette prétention à dominer le monde sous toute ces formes (animale, végétale, minérale) est la clause d’un héritage édénique où nous fumes missionnés par des forces supérieures  pour faire régner l’ordre sur la Création.

Mais aujourd’hui, les enfants d’Adam sont légion.

Et qui peut prétendre parmi la diversité des peuples au leadership d’une Humanité pervertie par des siècles de vices et d’afflictions qui l’ont marquée dans sa chair et son âme ?

Tolkien ne se dérobe pas. Pour lui, (et nous l’avions dans notre précédente étude) les peuples sont porteurs d’un idéal commun plus ou moins éloigné d’une tradition authentique (Sophia perennis). La cause de cet éloignement comme de se rapprochement tient en la vertu des ancêtres.

L’enracinement est au cœur de son œuvre. Chaque Peuple comme chaque homme, elfe, nain ou hobbit descend d’une lignée.

Aucun ne résume à lui seul. Il est porteur d’un nom et fils d’un père. Aragorn, fils d’Aratorn, – Thorin fils de Thrain, Elrond fils d’Eärendil –Etc.

Éphésiens 3 : 14 A cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, duquel tire son nom toute paternité dans les cieux et sur la terre,…

La première des vertus est celle de la transmission – car un bien ne saurait survivre à lui-même, il s’hérite. Voilà pourquoi, le respect des parents, des ainés et plus généralement des ancêtres est un commandement divin.

Nous ne sommes jamais complétement l’unité atomique de notre ego mais la somme de ceux qui nous précèdent.

La première critique que formule Tolkien à l’égard de l’Occident. C’est l’individualisme. L’individu comme seule et unique mesure de lui-même dans ce qu’il a de plus dérisoire et de plus lâche – un consommateur sans retenu, un électeur sans idée, un travailleur sans projet, un dirigeant sans noblesse, un peuple sans racine, une nation sans ordre.

L’Occident a perdu son Ethique et donc sa Mystique. Le dépôt traditionnel de nos ancêtres, l’héritage de nos peuples dans ce qu’ils ont de divers n’en demeure pas moins identifiable. Nous sommes les gardiens d’une conscience helléno-chrétienne. Le nier c’est nous nier.

Que ce soit dans nos droits ou dans nos mœurs – dans nos rites et dans nos rêves – nous sommes irrigués par des flux certes distincts mais qui puisent dans une même source – une « Mer commune » où se jettent le Tibre et le Jourdain sur les rives de l’Hespérie.

Lanza del Vasto disait que le contraire étymologique de la religion c’était « la négligence ». Aujourd’hui, comme les repères symboliques et les racines culturelles de l’Occident sont malmenés par un ethnomasochisme mortifère – que la religion trop longtemps incomprise est la cible des consciences révolutionnaires et adulescentes qui n’ont la critique acerbe de la morale que pour mieux détourner le regard de leur propre laideur – il nous faut regarder l’œuvre de Tolkien pour ce qu’elle est « un avertissement ».

Nous pourrions le résumer ainsi : cessez d’être radical et vous finirez déraciné.

Aujourd’hui la Radicalité est devenue un gros mot parce que les progressistes se sont tellement éloigné de leurs racines qu’ils oublient que leur diversité foliaire tient à la stabilité d’un tronc commun tapis sous le feuillage abondant et les bruissements sans fin de quelques glands agités… (vous noterez subtilement l’Analogie entique)

Soyons religieux à défaut d’être négligent.

Sortons de tous ces pièges que sont le laïcisme, l’universalisme, l’irénisme. Toutes ces fausses chapelles qui se confortent dans l’idéal pour mieux fuir les responsabilités du réel.

La mort ne vous épargnera pas et croyant ou non : vous serez jugé pour vos actes dans ce monde ou le suivant.

C’est cette pression culturelle qui motivait nos ancêtres – la volonté impérieuse de rechercher la vertu par devoir pour notre sang. D’être brave et de dénoncer le mal sous toutes ces formes.

Depuis trop longtemps, des mouvements associatifs prônant l’indifférenciation des peuples, l’incohérence des frontières et l’égalité des hommes prospèrent en Terre du Milieu. Ils se servent même de Tolkien comme l’ambassadeur de leurs propres fantasmes. Tristes sires. Le Globalisme est un poison. Le Marché est son empire.

Soros et sa cohorte de globalistes n’ont que trop longtemps posé leur œil sur la chute des Hommes de l’Ouest mais l’Occident tient en dépit des traitrises. Soros veut lier les peuples dans l’obscurité funeste de sa propre tombe. Après lui le déluge … Comme avant – comme après.

Ces êtres « dé-racinés » – qui défendent l’étranger comme un frère, la jeunesse comme un guide et l’hystérie comme un discernement – sont immatures, immodérés et dangereux. Ils sont comme ces bonimenteurs qui vous promettent Valinor pour vous imposer Angmar. Une terre meurtrie où la seule frontière qui demeure est l’épée qui retient le crime.

En conclusion, Tolkien parle certes au-dedans des mots, mais il parle aussi au-dedans de nous. De notre être dans ce qu’il a de plus décisif à vouloir s’élever loin des apparences et des aspirations superficielles.

Au-delà des circonvolutions biographiques – cet homme de confession catholique, d’instruction thomiste, d’ascendance germanique, de souche anglo-saxonne et de citoyenneté britannique, inscrivit et modula son identité culturelle, son ethos, dans un héritage civilisationnel que nous appelons l’Occident.

Un héritage dans lequel tout un monde qui a baigné dans les humanités helléno-chrétiennes peut se retrouver. Voilà pourquoi, il ne faut pas mésestimer cette œuvre dans sa portée apologétique.

Tolkien a réalisé quelque chose de profondément brillant. Dans des sociétés dé-racinées et traumatisées par les simulations de la modernité techno-mortifère – il a rappelé à plusieurs générations que le monde résonne comme un ordre supérieur où la valeur de nos vies consistent à se battre pour le bon qui s’y trouve.

Aujourd’hui nous disons que le bon est « néguentropique » car il retient la confusion et le chaos – mais dans toute la diversité mémétique des peuples – il y a au-delà des contingences, une discrimination des cultures dans leur compréhension du Vrai. Et seules, celles qui s’identifient aux vérités éprouvées qui ont survécu au poids de l’Histoire peuvent prétendre sillonner les vastes mers célestes où jadis les elfes nous ont précédé et faire vraiment l’expérience du Destin.

« Ónen i-Estel Edain »

  1. Il y aurait tout un travail étymologique à faire sur Soros. En 1936, la famille Soros changea son nom de « Schwartz », d’origine juive allemande, en « Soros », afin de se protéger dans une Hongrie de plus en plus antisémite. Tivadar, le père de Georges, appréciait ce nouveau nom car c’est un palindrome et pour sa signification. En hongrois, soros signifie « suivant » ; en espéranto, il signifie « s’élever ». Sans fuir nos considérations méta-physiques, il est également judicieux de préciser que le grec néotestamentaire retient « Soros » (σορός) comme une urne ou un réceptacle utilisé pour garder les os d’un mort, une civière funèbre sur laquelle les Juifs portaient leurs morts jusqu’à l’enterrement. ↩︎
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