Mass effect : le futur en avant-première

Jeux vidéo 14 mai 2019

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Mass effect : le futur en avant-première

À l’heure où les médias mainstream délaissent le champ du futur pour se consacrer à des problèmes occidentaux (non) tels que l’excision ou les horaires séparés pour les piscines, peut-être pouvons-nous nous tourner vers la pop culture pour obtenir des éléments de réflexion.

L’ “Élite” de notre pays, presse et gouvernement, sont à des parsecs de comprendre ne serait-ce que le début des enjeux technologiques de notre temps. Nous accusons un retard collectif en ce qui concerne les IA (Intelligences artificielles), le transhumanisme, le rapport à l’altérité possible, et la course à l’espace en général. Il nous faut rattraper le temps perdu.

Et quelle licence plus intense et plus grandiose pour se pencher sur ces sujets que Mass Effect, le bijou SF du studio canadien BioWare ?

Mass Effect est un RPG qui mélange action-aventure, shooting (tir), dilemmes du personnage principal et souffle épique.

L’humanité est en 2183, à une époque où la technologie de voyage dans l’espace a fait de grands progrès grâce à des reliquats aliens laissés sur Mars. Cette technologie se nomme la cosmodésique ou le Mass Effect, telle que baptisée par les espèces aliens avec laquelle les humains arrivent à se mettre en contact.

Le jeu en lui-même base son évolution sur les choix que va réaliser le personnage à travers les épreuves qu’il va vivre. Et c’est là que la science-fiction (SF) prend toute sa saveur : les thèmes de SF tels que le transhumanisme, l’IA, la résilience humaine, l’altérité réelle, la terraformation, sont juste dépeints, décrits, mais pas abordés. Mass Effect, en lui-même, pousse à se positionner sur ces thématiques fortes. Le jeu nous amène à produire des opinions tranchées sur ce qui selon nous est bon, juste, vrai, ou moins catastrophique que le reste. Jouer à Mass Effect nous positionne tout doucement sur le prix de la vie synthétique, la doctrine d’assimilation, et sur nos propres conflits entre raison et sentiments.

L’intelligence artificielle

S’il est un sujet qui marque profondément le genre de la SF, c’est bien celui de l’intelligence synthétique. Aujourd’hui, il ne s’agit que de programmes itératifs codés pour répondre à des tâches bien spécifiques, tel qu’AlphaGo, qui a battu Lee Sedol au Go. Ces IA n’ont pas la capacité de produire des biais cognitifs qui sont la marque de l’esprit humain. Notre technologie n’est pas capable de produire plus loin, mais notre esprit peut penser davantage.

Dans Mass Effect, le personnage principal se confronte à trois types d’IA.

La première est l’IA collaborative. Dans l’opus Andromeda sorti en 2017, il se nomme SAM et est synchronisé avec l’implant placé dans le Pionnier (le personnage que nous jouons). Cette IA permet au Pionnier de monitorer son système nerveux, endocrinien, ainsi que ses sens extéroceptifs (vision, audition…) dans une symbiose parfaite. À un moment, l’IA ira même jusqu’à tuer le Pionnier pour le faire sortir de stase, avant de lui restaurer ses fonctions vitales. L’IA reste supplétive de l’humain décisionnel.

Mais nous croisons aussi deux autres types d’IA. Le deuxième type que vous croisez est l’IA devenue folle. Le jeu vous met entre les mains une intelligence synthétique qui prétend être menacée ; vous avez eu préalablement l’information que cette IA retenait un alien ami prisonnier. Vous pouvez soit la conserver pour l’étudier, soit la “tuer”… Mais est-ce un meurtre selon vos convictions ? C’est à vous de choisir. Quand on réalise le potentiel de désastre que peut avoir une IA buggée, est-ce bien raisonnable de la comparer à un humain en détresse physique ou psychique ? 

Le transhumanisme et Dieu

Enfin, nous rencontrons une IA avec un défaut de conception. Elle était programmée de base pour n’être qu’un élément de l’entité globale appelée geth. Petit dialogue pour vous donner un aperçu de la profondeur du jeu.

IA Légion : Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux.

Shepard, le héros : quel est le nom de l’individu devant moi ?

IA Légion : il n’y a pas d’individu devant vous.

Citer la Bible pour une IA serait presque insultant pour nous, humains devenus athées. L’IA est-elle plus intelligente que nous parce que synthétique, et serions-nous stupides d’avoir tourné le dos à la religion ? De ne pas connaître nos textes sacrés ? L’IA, aboutissement supposé de l’homme qui défie Dieu, se retrouve face à Ses paroles via une intelligence synthétique engendrée par lui-même, alors que cette entité ne dispose pas de conscience propre.

À la fin de la première trilogie de Mass Effect, nous devons faire un choix : la race alien qui vient éradiquer la vie tous les cinq mille ans approche. Pour sauver l’humanité, Légion se propose en tant que sacrifice pour le plan, disant pour la première fois de la partie “JE crois que c’est la seule solution” devenant un individu à l’instant critique et oubliant le “nous” de son esprit de ruche (hivemind).

Le jeu nous offre alors le choix suivant : éradiquer la vie organique pour conserver la synthétique, éradiquer la vie synthétique pour conserver l’organique, ou fusionner entre l’homme et la machine pour devenir intouchable par les créatures qui viennent annihiler la vie sur Terre.

Qu’auriez-vous fait ? Jouez, et positionnez-vous.

Kert et assimilation

Un des points scénaristiques forts réside dans la manière dont les Kert, race belliqueuse et invasive, se reproduit et enrichit son pool génétique. Cette race alien se propage de manière très particulière : elle injecte aux créatures d’autres races ( aliens ou humains) un liquide qui fait muter l’ADN  de la créature ainsi que son mode de pensée, pour qu’elle devienne un Kert à part entière. La créature, convertie, ne peut ni ne souhaite inverser le processus. Ce Kert nouvellement aliéné rejoint ses ex-tortionnaires de tout son être et se retourne contre son ancien peuple.

Difficile de ne pas y voir une version allégorique des politiciens modernes ultra étatistes, qui ouvrent les portes du pays à tout vent, vont même semer le trouble à l’extérieur de ses frontières pour convertir de nouvelles âmes à leur idéologie mortifère, pour les assimiler et faire grossir la machine.

Terraformation

Dans le dernier opus Andromeda, on se confronte à une technologie supérieure qu’est la terraformation. L’accent a été mis sur l’exploration de nouveaux mondes et leur colonisation. La résilience des hommes est immense, épique et phénoménale ; on a tendance à oublier l’horizon dans nos sociétés bordées par tous les moyens de satisfaire nos désirs, que l’infini nous contemple.

Andromeda nous invite à rendre vivables des mondes hostiles dans une galaxie inconnue. En SF, soit on augmente l’humain via le transhumanisme pour lui permettre de s’adapter à des conditions de vies hostiles (températures extrêmes, environnement acide, pauvre en oxygène…), soit on adapte la planète par terraformation. C’est la seconde option qui a été retenue dans Andromeda.  Malheureusement la technologie qui permet ce prodige et alien, ce qui atténue la porté de l’effet. Mais on peut tout de même s’interroger et se projeter : pourra-t-on un jour réchauffer Mars et l’amener à des températures viables pour nous ? Qui seront les pionniers qui s’attaqueront à ce chantier ?

Presque réussi

En réalité, sur le dernier opus de la saga, Andromeda, on aurait pu s’attendre à des niveaux de réflexion bien plus élevés. À la moitié de la production, la direction artistique a été changée, ainsi que la moitié de l’équipe de développement, pour être remplacée par des créatifs à cheveux bleu d’un autre studio (ceux d’Edmonton prenant le pas sur ceux de Montréal). Pendant un instant de pure descente de cocaïne, ces petits génies ont même réussi à nous insérer un dialogue dans lequel le seul individu de type africain du groupe du héros se plaint qu’il se sent étranger… dans la galaxie dans laquelle ils sont arrivés il y a deux semaines. C’est dire le décalage entre les petites problématiques des bobos poussifs de notre temps et les niveaux de réflexion qui sont attendus pour nous garder au niveau du géant qu’est la Chine.

Mass Effect reste une licence unique qui nous donne la possibilité de nous confronter à des questionnements bien trop laissés de côté par les médias de gauche, plus préoccupés par le micro-agressions et le quinoa bio que par les sujets qui devraient vraiment nous interpeller. À l’aube de la conquête spatiale, il est de notre responsabilité personnelle de nous maintenir à jour sur ces thématiques qui seront clefs dans le monde de demain. Jouer à Mass Effect nous permet de prendre une longueur d’avance, et, peut-être, de sensibiliser autour de nous à ces questionnements déterminants.

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