La Fraternité Aryenne et les gangs ethniques dans les prisons américaines

Société 26 mars 2019

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La Fraternité Aryenne et les gangs ethniques dans les prisons américaines

« I suspect they kill more than the Mafia »

« Most murderous criminal gang in the US »

Pour le procureur Jessner responsable de l’enquête lancée au début des années 2000 visant à décapiter le gang de la fraternité aryenne, les choses sont claires et sans appel. Cette organisation partie de prison dans les années 60 a maintenant trop de pouvoir. Que ce soit dedans ou dehors, elle jouit d’une réputation qui paralyse de peur tout le monde, même, et surtout, les fonctionnaires de police. Ils savent que cette sombre réputation n’a pas été volée. Loin de là.

En l’espace de 40 ans, la Fraternité a littéralement pris le contrôle du milieu carcéral aux États-Unis. Lorsque que John Gotti, le padre de la famille mafieuse Gambino fût emprisonné en 1992, il s’arrangea avec la Fraternité Aryenne – moyennant finance et services dans la rue – pour être sous sa protection et tuer un détenu qui l’avait aggressé.

John Gotti de la famille Gambino offrit en 1992 un demi million de dollars à la fraternité aryenne pour qu'elle tue un détenu qui l'avait agressé.
John Gotti de la famille Gambino offrit en 1992 un demi million de dollars à la fraternité aryenne pour qu’elle tue un détenu qui l’avait agressé.

Tout le monde doit craindre les représailles de la Fraternité. Pour s’en assurer, les meurtres sont commis avec une violence extrême, permettant ainsi de se faire une aura assez sombre très rapidement. Pour commettre ces meurtres, les membres de la A.B fabriquent des « shanks », ce sont des couteaux de fortune faits « maison ». Il s’agit en général d’un bout de métal bien limé et pointu monté sur un manche. Le plus souvent, ils sont insérés dans l’anus par les prisonniers qui, une fois le « go » donné, peuvent passer à l’action dans la cour de promenade. En 1983, pour la première fois, deux gardes pénitenciaires sont massacrés à coups de « shanks » le même jour par des Aryan Brothers.

Quelques exemples de "shanks", armes utilisés par la fraternité aryenne
Quelques exemples de « shanks », armes utilisés par la fraternité aryenne

Personne ne doit se sentir à l’abri et cela peu importe le rang social. Avec beaucoup d’organisation, un bon réseau et de l’argent, aucune cible n‘échappe au Gang. Du simple maton qui refuse une offre, à un chef de Police un peu trop curieux. Tout le monde peut y passer car les tentacules de l’organisation pénètrent et agissent dans le monde extérieur, permettant ainsi d’étendre son champ d’action.

« Blood in-blood out », on rentre dans le gang par le sang et on ne peut en sortir qu’en faisant couler le sien.

Pour comprendre comment la Fraternité Aryenne s’est hissée à la première place des gangs les plus dangereux et respectés de prison, il faut revenir à sa création.

La génèse de la fraternité aryenne

Tout commence en 1964 dans la prison de San Quentin -surnommée the Q – en Californie. C’est la fin de la ségrégation raciale aux USA, des lois sont donc mises en place pour mélanger toutes les ethnies au sein même des établissement pénitenciers. Comme les gangs sont basés sur la couleur de peau, les blancs se retrouvent de facto ultra minoritaires face à la masse de noirs et d‘hispaniques. Dans la chaîne alimentaire, ils sont tout en bas, de part leur condition de proies isolées.

À cette époque, un gang s’appelle un tip et si on devait faire l’état des lieux concernant les différents tips en prison à fin des années 60, voilà ce que l‘on obtiendrait:

  • Le black tip:
    • principalement composé de la Black Guerilla Family elle même issue des Blacks Panthers et de la Nation of Islam.
  • Le hispanic tip:
    • a dans ses rangs des membres de la Mexican Mafia et de la Eme.
  • Le white tip:
    • n’est pas non plus inexistant en prison. Ses membres sont souvent des bikers provenant du Diamond Tooth Gang et/ou du Blue Bird Gang.

C’est sur la base de ces deux derniers gangs que se forme la Aryan Brotherhood ou aussi surnommée The Rock (pour le Shamrock, symbole de l‘Irlande).

Comme on a pu le constater, quand la Fraternité se crée, c’est pour répondre à une urgence. Celle pour les blancs de se défendre et de se bâtir une réputation assez forte pour ne plus être de la nourriture facile. Ils doivent donc se rassembler et former un gang capable de riposter mais aussi d’attaquer. Les leaders choisissent une forme folklorique du nazisme car il inspire dans l’inconscient collectif le Mal et surtout permet d’exclure tout ce qui n’est pas blanc.

Petits tattoos folkloriques des familles.

Leur méthode de recrutement était simple et (re)connue. N’engager que les plus psychopathes, les plus violents, les pires des pires en somme. Chaque membre, pour être accepté, doit tuer un ennemi de la Fraternité en prison. Ensuite, il peut recevoir son tattoo comme sanction. Cette forme d’initiation viendrait d’un vieux western très populaire chez les prisonniers blancs, « The Brand » réalisé par Louis l’Amour.

En général, le tattoo est un trèfle irlandais, les lettres « AB » ou les numéros « 666 ». Une fois tatouée, la personne appartient entièrement à l’organisation aussi bien dans la prison qu’en dehors.

“An Aryan brother is without a care/He walks where the weak and heartless won’t dare/And if by chance he should stumble, and lose control/His brothers will be there, to help reach is goal/For a worthy brother, no need is too great/He need not but ask, fulfillment’s his fate/For an Aryan brother, death holds no fear/Vengeance will be his, through his brothers still here.”


Serment de la fraternité Aryenne inspiré par celui des Kamikazes japonais et des Thugs Of India qui volaient et tuaient au nom de Kali, déesse de la destruction.

L’organisation de la fraternité aryenne, la hiérarchie et les différentes activités du Gang.

Selon un rapport du FBI, bien que représentant un dixième d’un pourcent de toute la population carcérale aux USA, l’Aryan Brotherhood est responsable de presqu’un quart des assassinats commandités en prison. Le nombre de ses membres serait d’environ 20,000.

Alors qu’au début, elle était totalement démocratique dans le sens où chaque membre avait droit de voter pour les prises de décisons, le système de votation a du évoluer face aux nombres grandissant de recrues et à fini par se transformer en système pyramidal.

À sa tête, « the commission » qui est constituée des grands décideurs, ils sont aux nombres de trois. Ils sont appelés les « shot callers » car ce sont eux qui donnent le feu vert pour tuer. Lorsque quelqu’un est désigné par la commission, son nom tombe « dans le chapeau » – c‘est le rituel. Les noms des gens à éliminer sont inscrits sur des petits bouts de papier puis chaque nom est pioché par les membres de la commission qui ensuite décident de la méthode et de la logistique pour mener à bien la mission fatale. Avoir son nom dans le chapeau est synonyme de mort certaine, tout le monde le sait.

La commission de la fraternité aryenne en 1970. 
Barry Mills est au centre.
La commission de la fraternité aryenne en 1970.
Barry Mills est au centre.

Dans chaque prison, ils établirent un conseil de personnes sélectionnées uniquement par eux. Les décisions les plus importantes sont prises par la commission et concernent:

L’Aryan Brotherhood arrive en peu de temps à prendre le dessus sur tous les autres gangs ethniques en prison. En réalité, il n’y a aucune comparaison possible lorsqu’il s’agit des méthodes d’organisation ou par exemple de la sophistication des moyens de communication. Le niveau de codage des lettres utilisées par le gang est si élevé que le FBI n’a pu le déchiffrer que de longues années après, avec l’aide d’une taupe.

Bien que supérieurs en terme numérique, les gangs noirs américains se sont toujours pliés aux règles instaurées par The Brand. Des guerres à mort ont d’ailleurs été menées de part et d’autre. Notamment en 1997 où la Fraternité avait déclaré la guerre totale aux D.C Blacks, leur rival historique. C’est dans ce contexte, que des lettres codées écrites à l’urine avaient été envoyées par « the commission » pour informer les différents conseils de l’apocalypse à venir.

Pour la petite anecdote, le célèbre dealer de cocaïne des années 80, Freeway Rick Ross, décrivait le manque d’organisation et de structures parmi les noirs. Ce qui explique la montée en puissance de la Fraternité qui, comme on a pu le voir, est très bien organisée et structurée.

Pour bien comprendre cette fulgurante ascension, il faut un peu s’intéresser aux membres de la commission car ce sont eux les grands architectes qui ont permis d’édifier la plus redoutable organisation criminelle jamais basée en prison qui a par la suite aussi évolué « on the street level ».

Le membre le plus éminent, le principal « shot caller » s’appelle Barry Mills a/k/a The Baron. Une légende.

C’est clairement lui qui revient dans les histoires les plus épouvantables et les plus complexes. L’homme se sentait en prison comme un poisson dans l’eau parait-il. Il se savait aussi condamné à y passer le reste de sa vie alors qu’il avait à peine 20 ans, lors de son premier délit. On estime son QI à 140 et il combinait à cette très haute intelligence un historique et un vécu assez impressionant dans la violence. Il tua un codétenu en 1979 et fût en conséquence condamné à la prison à vie. Il a 30 ans à ce moment là. C’est lui qui commanditait la plupart des assassinats et contrôlait la logistique, la communication et la fabrication des armes pour organiser le meurtre d’un détenu qui pouvait être à l’autre bout du pays, posé, dans sa cellule en isolement total.

Forcément, il finit par rentrer en conflit avec un autre membre de la commission. Il s’agit de John Greschner et comme il fallait un bon snitch dans l’histoire, quoi de mieux que son meilleur pote pour jouer ce rôle. C’est donc grâce à lui que beaucoup d’informations ont fuité, des renseignements précieux pour le FBI qui tente par tous les moyens de faire tomber les commissioners ainsi que les autres gros managers établis dans les différents conseils des prisons. Au cours de ce procès d’envergure exceptionnelle qui débuta en 2006, l’État voulu appliquer la peine de mort pour 25 de ses membres afin de littéralement décapiter la structure et de tuer les cerveaux derrière. Aucun des membres n’y fut réellement condamnés et reçurent à la place les peines maximales d’emprisonnement avec des conditions d‘isolement extrême.

John explique la raison de son retournement et de sa collaboration avec les services de Police. Barry Mills prendrait de plus en plus de liberté dans la prise de décision en tant que « shot caller ». Il exécutait des gens avec lesquels il avait eu un problème personnel, et non des ennemis direct de la Aryan Brotherhood, comme l’exigeait la règle. Greschner déclara même que Barry avait pour projet de faire des attentats avec des camions chargés de bombes, de poser des explosifs dans des villes ou faire des colis piégés à grande échelle.

Le FBI parle d’Empire pour décrire la puissance de la Fraternité.

Depuis le procès et les investigations opérés par le FBI, la Fraternité a perdu de sa superbe et de son pouvoir surtout depuis que le Baron est mort en 2018 à l’âge de 70 ans. Il était très connu dans les prisons et très craint. Il avait quasiment coupé la tête d’un codetenu au cours d’une bagarre. Le gouvernement US estime que le Baron serait responsable de 14 meurtres.

Malgré ce procès, la Fraternité est encore bien présente et implantée dans la plupart des prisons américaines. Les plus naïfs ont été surpris de découvrir que la Fraternité avait conclu des marchés avec d‘autres ethnies comme les Hispaniques, notamment pour la fabrication et la distribution de methamphétamine via la Mafia mexicaine. Selon l’expression utilisée utilisée par ses membres, il est important de « polish the rock » c’est à dire de soigner les relations avec le monde extérieur pour assurer la distribution de drogues dans la rue, les assassinats et le recrutement de mules servant à transporter la drogue en prison. Car au delà de l’idéologie nazie plutôt grotesque utilisée par les leaders pour mener la masse des troupes, ce n’est en vérité pas que le suprémacisme blanc qui est visé mais le suprémacisme total.

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