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Est-ce mal de procréer avec sa cousine? Consanguinité et dépression hybride

25 avril 2019

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Est-ce mal de procréer avec sa cousine? Consanguinité et dépression hybride

Une question que vous ne vous êtes sûrement jamais posée mais je vais quand même y répondre. Oui et non, en fait, tout dépend de quelle proximité on parle. Je vous déconseille de tester cette aventure avec une cousine germaine. Même si a priori les femmes sélectionnent bien les spermatozoïdes, il y a toujours des déchets. Ne tentez pas le diable. En revanche, l’équilibre optimal pour éviter les désastres de la consanguinité tout en ayant les avantages de la sélection de parentèle est de se reproduire avec ses petits cousins. C’est-à-dire les personnes avec qui vous partagez un couple d’arrières-arrières-grands-parents.

Tableau de parenté

Ça peut sembler contre-intuitif comme ça. On a tous en tête le cassos du village à la lignée douteuse qui transpire la fatigue génétique. On s’imagine que la diversité est bénéfique car le brassage génétique permet d’éviter de conserver des mutations problématiques. Et c’est d’ailleurs vérifié scientifiquement. Un mariage entre cousins au premier degré double les risques de recevoir un double allèle défectueux mais un partenaire trop éloigné n’est pas meilleur. C’est ce qu’on appelle la dépression hybride.

L’impact de la consanguinité

On a observé un impact de la consanguinité sur le QI au sein des populations musulmanes du Nord de l’Inde. Ces populations ont un fort taux de mariages entre cousins germains. En contrôlant les biais socio-économiques, on observe qu’en moyenne, les enfants issus de ces couples ont un QI de 88,4 contre 99,6 pour les autres. De la même façon, au Royaume-Uni, 60% des mariages entre pakistanais se font entre cousins germains (même 75% à Bradford). Malgré le fait qu’ils ne représentent que 3,4% des naissances totales, ils comptent pour 30% des naissances présentant une maladie congénitale due à une double mutation génétique récessive.

Cependant, on sait aussi que la sélection de parentèle constitue un avantage sélectif. Des scientifiques se sont alors demandés quel serait le degré d’éloignement optimal pour créer des descendances le plus stable possible.

Une raison biologique sous-tend cette découverte d’un lien entre une descendance vaste et un équilibre entre pool génétique des parents

La dépression hybride, impliquant une reproduction entre deux entités fortement distinctes génétiquement, a été observée sur certains animaux. Notamment les poissons zèbres et une espèce d’escargots. Mais qu’en est-il des humains?

Des chercheurs de la CODE (Genetics company à Reykjavik) se sont penchés sur la question et ont comparé la descendance de 160 couples nées entre 1800 et 1965 en Islande. L’Islande est un paradis pour les généticiens. Les 500,000 habitants de l’île sont issus de plus ou moins 5 vikings, 2 irlandaises et 2 écossaises et ont vécu isolés les 1000 dernières années. Ce qui en fait un laboratoire à ciel ouvert.

Cette étude, menée par Dr. Kari Stefansson et publiée dans le journal Science, a donné les résultats suivant. Pour les femmes nées entre 1800 et 1824, les mariages entre petits cousins ont produit une moyenne de 4,04 enfants et 9,17 petits-enfants. Ceux entre cousins aux arrières-petits-cousins et plus ont donné une moyenne de 3,34 enfants et 7,31 petits enfants. On trouve des résultats similaires pour les femmes nées entre 1925 et 1949, les mariages entre cousins au 3ème degré ont donné 3,27 enfants et 6,64 petits-enfants et les couples d’arrières-petits-cousins et plus ont donné respectivement 2,45 et 4,86 enfants et petits-enfants.

Les chercheurs pensent qu’une raison biologique sous-tend cette découverte d’un lien entre une descendance vaste et un équilibre entre pool génétique des parents. Ils ont évidemment pris soin de contrôler tout biais socio-économique potentiel qui pourrait avoir un impact sur le nombre d’enfants,

“Il faut réaliser que la définition d’une espèce est ’un groupe d’individus qui sont suffisamment proches génétiquement pour se reproduire’. Cette définition induit que les individus qui se reproduisent doivent avoir une certaine proximité génétique »

Kari Stefansson

Une étude à la méthodologie irréprochable

D’autres études avaient été conduites précédemment en Afrique et en Asie sur le lien entre parenté et fertilité. Cependant, la méthode employée ne permettait pas d’offrir un contrôle des variables socio-économiques suffisant. Par exemple, une étude publiée en 1991 dans le journal Science, avait mis en avant qu’au sein de populations africaines et asiatiques, les mariages entre cousins au second degré produisaient plus d’enfants.

La différence dans cette étude menée sur les islandais est qu’elle concerne l’entièreté d’une nation aux profils socio-économiques relativement homogènes et une faible variation dans la taille des familles, l’utilisation de la contraception et les pratiques maritales.

Selon Stefansson, la raison par laquelle les couples proches génétiquement ont plus d’enfants serait leur parfaite combinaison de gènes. Ils seraient ni trop proches, ni trop éloignés.
Un avis que partage Dave Greenfiled, psychologue et directeur du Healing center de West Hartford.

“Ma supposition est qu’il y a une compatibilité inconnue qui serait légèrement plus grande parmi les petits cousins comparé au reste de la population”.

David Greenfield

Stefansson pense que cette découverte devrait avoir des effets retentissants sur la génétique future de la population mondiale.

Une base biologique à la dépression hybride confirmée par l’expérience

Une expérience réalisée par Barbara McClintock semble confirmer cette base biologique suspectée par les généticiens. Je vous reparlerai sûrement de Barbara McClintock dans un prochain article car elle a une vie plutôt originale. À la limite de l’autisme dans sa façon de gérer ses relations sociales, elle fut la première femme à recevoir seule le prix Nobel de Médecine et Physiologie. Mais revenons en à l’expérience qui nous intéresse aujourd’hui.

Voici ce qu’elle fit. Elle frotta les aisselles de quelques volontaires avec des cotons puis les mit dans des bocaux. Elle demanda alors à d’autres volontaires de les sentir et de dire si ça sentait bon ou pas. Ce qui en soit est peu ragoutant. Ce test montra que les odeurs notées les plus attirantes appartenaient… aux petits cousins.

Vous savez maintenant ce qu’est la dépression hybride!

Je conclurai sur cette note de Stefansson.

“Nous, en tant que société du 21ème siècle, avons été fermement contre les mariages de gens issus de lignées trop proches, parce que nous ne voyons pas cela comme désirable que des cousins aient des enfants […] mais, au delà du fait que combiner 2 allèles au caractère récessif puisse être mauvais, il y a clairement une sorte de sagesse biologique dans l’union de personnes relativement proches génétiquement.”

Stefansson

Erratum : Cet article a été modifié le 26/04/2019. Il faisait référence initialement aux « cousins au 3ème degré ». Le terme le plus approprié semble être « petits cousins ». de la même façon, le terme « cousin au 8ème degré a été remplacé par « arrière-petit-cousin ».

Les pieds sur Terre, celle de mes ancêtres, mais la tête dans les étoiles que j'aimerais voir explorées par mes descendants. Passionné par l'infiniment grand et l'infiniment petit. Amateur de Tit-for-Tat... c'est du langage à peine codé, ceux qui doivent comprendre comprendront.
2 Comments
  1. Gilles Barrique

    Ces traductions françaises sont totalement fantaisistes ! Vous mélangez deux terminologies dans votre traduction, et vous obtenez un résultat qui ne signifie plus rien en français !

    • RAGE

      Bonsoir Gilles, merci de votre commentaire. Il y avait effectivement une erreur de traduction. Nous avons ajouté un tableau de parenté et changé les termes pour gagner en clareté. Un erratum a été ajouté à la fin de l'article.

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