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Choisir entre le capitalisme et le climat : le faux dilemme

29 septembre 2020

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Choisir entre le capitalisme et le climat : le faux dilemme

Cet article est une traduction de Capitalism or the Climate? par Paul Zimet originalement publié sur Quillette.


L’environnement et le capitalisme peuvent-ils coexister durablement ? Un mouvement influent d’activistes pour le climat considère le capitalisme et l’environnement comme étant opposés. Selon le titre d’un article paru dans le Guardian, « Mettre fin au changement climatique nécessite la fin du capitalisme ». Un article de Foreign Policy, quant à lui, est sous-titré : « De nouvelles données prouvent que vous pouvez soutenir le capitalisme ou l’environnement, mais qu’il est difficile de faire les deux ». Et dans son livre à succès This Changes Everything : Capitalism vs. the Climate, Naomi Klein écrit : « En posant le changement climatique comme une bataille entre le capitalisme et la planète, je ne dis rien que nous ne sachions déjà ». Ce ne sont là que quelques-uns des innombrables exemples marquants.

Ce point de vue n’est pas seulement partagé dans les salles de presse, mais aussi dans les couloirs du gouvernement. La députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez, auteur de la résolution du Green New Deal de 2019 et suppléante de Bernie Sanders dans les primaires démocratiques de 2020, a déclaré à un auditoire de SXSW en 2019 : « Le capitalisme, pour moi, est une idéologie du capital. La chose la plus importante est la concentration du capital, et cela signifie que nous recherchons et priorisons le profit et l’accumulation d’argent par-dessus tout, et nous le recherchons à n’importe quel coût humain et environnemental. C’est ce que cela signifie. Et pour moi, cette idéologie n’est pas durable et ne peut être cautionnée ». Des implications similaires peuvent souvent être glanées dans les propos du sénateur Sanders lui-même :

En revanche, les environnementalistes modérés, comme l’économiste William Nordhaus, lauréat du prix Nobel, dans son livre The Climate Casino, affirment que la géo-ingénierie associée à une modeste taxation du carbone ou à des politiques de plafonnement et d’échange pourrait suffisamment atténuer le changement climatique sans pour autant affaiblir gravement la croissance économique. Mais que vous pensiez qu’un point de vue radical ou modéré est plus réaliste, il vaut la peine de poser la question : que devrions-nous faire si l’environnement et le capitalisme étaient vraiment incompatibles ?

Il est souvent considéré comme allant de soi que si nous ne pouvions avoir qu’un seul des deux, nous devrions mettre le capitalisme au rebut et préserver le climat. « Ce dont le climat a besoin pour éviter l’effondrement », a écrit Naomi Klein, « c’est d’une contraction de l’utilisation des ressources par l’humanité ; ce que notre modèle économique exige pour éviter l’effondrement, c’est une expansion sans entrave. Un seul de ces ensembles de règles peut être changé, et ce ne sont pas les lois de la nature ». Cette perspective commune résulte d’idées fausses très répandues, et leur renversement montrera que le capitalisme est plus critique pour l’avenir de l’humanité que l’environnementalisme.

Le mythe du vaisseau spatial Terre

Presque tout le monde croit à l’idée fausse d’un « Vaisseau spatial Terre », même s’ils n’ont pas de nom pour cela. J’étais moi-même croyant jusqu’à ce que je lise The Begining of Infinity de David Deutsch, physicien à l’université d’Oxford. Le vaisseau spatial Terre est la notion de notre planète comme une oasis de vie dans un univers essentiellement désolé. Selon cette notion, la Terre nous fournit toutes les ressources nécessaires pour maintenir la vie humaine, et il nous appartient soit de vivre durablement, soit de détruire le vaisseau servant de corne d’abondance dont nous dépendons.

Qu’est-ce qui ne va pas avec le concept de « vaisseau spatial Terre » ? En bref, la Terre n’est généralement pas capable de maintenir la vie. Environ 99,9 % de toutes les espèces qui ont existé sur Terre sont aujourd’hui éteintes, certaines en raison d’extinctions massives et d’autres en raison de ce que l’on appelle des extinctions de fond. En réalité, la Terre est donc presque entièrement inhospitalière. En revanche, on estime que 3,15 % des exécutions américaines entre 1890 et 2010 n’ont pas réussi à tuer leur victime. Une espèce sur Terre a plus de chances de s’éteindre qu’une personne a de chances d’être mise à mort efficacement sur une chaise électrique.

Deutsch souligne que s’il était soudainement transporté dans la vallée du Grand Rift à l’état primitif, il mourrait probablement en quelques heures. De même, la plupart des populations amazoniennes de l’histoire seraient rapidement mortes dans l’Arctique, et la plupart des populations arctiques seraient mortes en Amazonie. Très peu d’entre nous survivraient longtemps s’ils étaient soudainement transportés à un endroit et à un moment aléatoires sur Terre.

La connaissance, selon Deutsch, est la variable la plus pertinente pour notre épanouissement potentiel. Lorsque les populations arctiques survivent dans l’Arctique et les populations amazoniennes survivent en Amazonie, elles le font grâce à des connaissances spécifiques. Si Deutsch était soudainement transporté dans la vallée primitive du Grand Rift, il mourrait par manque de connaissances. Sans les connaissances requises, les humains mourraient pratiquement n’importe où. Avec les connaissances requises, encodées dans les cerveaux, les gènes, les ordinateurs ou d’autres substrats, les humains peuvent survivre pratiquement n’importe où, sur la Terre ou ailleurs dans l’espace :

La question de savoir si les humains pourraient vivre entièrement en dehors de la biosphère — disons, sur la lune — ne dépend pas des bizarreries de la biochimie humaine. Tout comme les humains font actuellement apparaître plus d’une tonne de vitamine C chaque semaine dans l’Oxfordshire (dans leurs fermes et leurs usines), ils pourraient faire de même sur la lune — et il en va de même pour l’air respirable, l’eau, une température confortable et tous leurs autres besoins paroissiaux. Ces besoins peuvent tous être satisfaits, si l’on dispose des connaissances nécessaires, en transformant d’autres ressources.

Deutsch explique que même aujourd’hui, les humains possèdent la technologie nécessaire pour coloniser la Lune et d’autres environnements stéréotypés et difficiles. À cette époque de l’histoire, coloniser la Lune aurait un coût prohibitif. Mais à l’heure actuelle, vous pouvez acheter un disque dur de 4 téraoctets sur Amazon pour moins de 100 dollars. En 1980, cette capacité de stockage coûtait environ 772 millions de dollars. Le prix de la technologie subit fréquemment d’énormes réductions au fur et à mesure que la science progresse. Étant donné que le prix de la mémoire numérique a été divisé par des millions en quelques décennies seulement, imaginez les sociétés extraterrestres que nous pourrions concevoir après peut-être quelques siècles de croissance scientifique et économique cumulée.

Cependant, mon argument n’est pas que nous ne coloniserons jamais l’espace, ni que nous devrions le prévoir. Comme le soutient Neil deGrasse Tyson, il sera probablement trivial de s’adapter à un large éventail de climats terrestres bien avant qu’il ne soit possible de coloniser la Lune ou Mars. Je souligne plutôt que toute dépendance que nous avons vis-à-vis de conditions environnementales spécifiques est le résultat d’une connaissance insuffisante.

Le capitalisme et la production de connaissances

Pendant presque toute l’histoire de l’humanité, il n’y a pas eu de croissance économique généralisée par habitant. La productivité par habitant a partout stagné ; génération après génération, millénaire après millénaire, l’extrême pauvreté est restée presque universelle et un progrès économique à grande échelle n’était même pas imaginable. Pratiquement tout le monde vivait avec moins de 3,50 dollars par jour en dollars d’aujourd’hui, selon les recherches de l’économiste Max Roser de l’université d’Oxford, et la personne moyenne vivait avec beaucoup moins. C’est encore pire qu’il n’y paraît, car (entre autres raisons) la plupart des choses que nous pouvons acheter aujourd’hui n’avaient pas encore été inventées, et les gens n’avaient pas accès à la plupart des informations qui éclairent nos achats au XXIe siècle.

Puis, à partir de l’Europe occidentale aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, un optimisme sans précédent a émergé et a transformé la richesse (ressources accumulées dans des voûtes et des matelas) en capital (ressources investies dans la production et la découverte futures). Ainsi, le capitalisme est né et, avec lui, une croissance économique exponentielle a commencé à se répandre sur la plus grande partie de la Terre (un processus qui se poursuit encore aujourd’hui). En conséquence, les riches et les pauvres s’enrichissent rapidement pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Alors que 94 % de la population vivait dans l’extrême pauvreté en 1820, ce chiffre est tombé à 36 % en 1990 et à moins de 10 % en 2015. Et alors que le monde s’enrichit, d’innombrables choses importantes prolifèrent, comme l’accès à la nutrition, l’absence de violence, l’amélioration de l’espérance de vie et, bien sûr, l’accès aux connaissances scientifiques et technologiques et à leur production.

Le savoir est produit et diffusé de nombreuses manières. L’éducation est une variable cruciale, dans le but d’avoir à la fois une population d’innovateurs instruits et une communauté de recherche prospère. Selon une étude du Brookings Institute, les possibilités et les résultats en matière d’éducation pour les riches dépassent radicalement ceux des pauvres, non seulement entre les pays ou à l’intérieur de ceux-ci, mais partout. Il fallait s’y attendre. Qu’ils soient financés par des particuliers ou par des programmes gouvernementaux, la construction d’établissements d’enseignement solides et l’investissement dans l’éducation de générations d’étudiants coûtent cher. Les populations pauvres qui peuvent à peine se permettre un logement, de l’eau potable, de la nourriture et des médicaments n’ont plus grand-chose à investir dans des nécessités moins immédiates comme l’éducation. Et bien sûr, cela crée une boucle de rétroaction dont la cause va dans les deux sens : si une population n’est pas éduquée, il est beaucoup plus difficile d’échapper à la pauvreté ; si une population est pauvre, il est beaucoup plus difficile d’investir dans l’éducation.

Un autre outil fondamental pour la production de connaissances est l’innovation, que le capital et la recherche du profit facilitent. Une grande partie de l’innovation provient du capital excédentaire investi dans la recherche et le développement. Les populations pauvres, qu’elles soient sous-nationales, nationales ou mondiales, ont moins à investir dans de nouvelles inventions et de nouveaux processus dont les détails sont imprévisibles à l’avance. Aucun système n’incite mieux les investissements utiles et ne décourage les investissements inutiles que le système capitaliste, dans lequel le capital propre de l’investisseur est en jeu. Les incitations et la richesse sont les deux principales raisons pour lesquelles toutes les nations les plus innovantes, telles que les dix premières du Bloomberg Innovation Index 2020, sont des pays capitalistes. La sociologue Susan Cozzens du Georgia Institute of Technology offre une description succinte de ce processus :

Dans la littérature classique sur l’économie de l’innovation, les entreprises privées sont la force motrice. Elles recherchent un avantage concurrentiel sur le marché en introduisant de nouveaux produits qui leur confèrent un monopole temporaire. En pratiquant des prix élevés pendant la période de monopole temporaire, l’entreprise fait des bénéfices et se développe. L’introduction de nouveaux procédés peut se traduire par un avantage concurrentiel si cette étape réduit les coûts ou augmente la productivité. Dans cette optique, les entreprises favorisent l’innovation afin de survivre et de gagner sur le marché.

En effet, aucun critique sérieux du capitalisme ne soutient que tout autre système produirait une plus grande richesse matérielle et une plus grande innovation. Même les marxistes, les plus farouches adversaires du capitalisme, reconnaissent généralement qu’aucun système n’a jamais produit plus d’innovation et d’abondance. Dans Le Manifeste du parti communiste de 1848, Marx et Engels ont écrit ceci :

La bourgeoisie [classe capitaliste], pendant son règne de cent ans à peine, a créé des forces productives plus massives et plus colossales que toutes les générations précédentes réunies. Soumission des forces de la nature à l’homme, machines, application de la chimie à l’industrie et à l’agriculture, navigation à vapeur, chemins de fer, télégraphes électriques, défrichage de continents entiers pour la culture, canalisation des rivières, populations entières sorties de terre — quel siècle précédent avait même le pressentiment que de telles forces productives sommeillaient dans le giron du travail social ?

Si seulement Marx et Engels pouvaient voir à quel point la richesse du prolétariat s’est accrue sous le capitalisme mondial depuis lors.

Les technologies de l’environnement

En 1894, 21 ans seulement avant la théorie de la relativité générale d’Einstein, le physicien Albert Michelson, lauréat du prix Nobel, a déclaré : « Les lois et les faits fondamentaux les plus importants de la science physique ont tous été découverts, et ils sont maintenant si fermement établis que la possibilité qu’ils soient un jour supplantés suite à de nouvelles découvertes est extrêmement faible ». Certains phénomènes, comme les blizzards et les orages, sont quelque peu prévisibles pour ceux qui disposent de l’équipement et de la formation nécessaires. Mais l’avenir de la connaissance humaine n’est pas un tel phénomène. Les découvertes, de par leur nature même, sont inconnues jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus. Les innovations sont souvent inimaginables jusqu’à ce qu’elles se produisent, car c’est l’acte de les imaginer qui les fait naître.

L’histoire des échecs de la prévision des connaissances futures est longue et solide. En 1901, deux ans avant qu’ils ne parviennent tous deux à voler par avion, Wilbur Wright a dit à son frère : « Ne pense pas que les hommes voleront pendant mille ans. » En 1932, six ans seulement avant la division réussie de l’atome, Albert Einstein a déclaré : « Il n’y a pas la moindre indication que l’énergie nucléaire sera un jour disponible. » En 1957, 12 ans avant que Neil Armstrong ne pose le pied sur la Lune, le père de la radio, Lee de Forest, déclarait : « L’homme n’atteindra jamais la Lune, quelles que soient les avancées scientifiques futures. »

Même après l’invention de technologies qui changent le monde, les estimations de leur utilité sont souvent très imprécises. Internet, les voitures et les téléphones ont chacun été rejetés comme des inventions insignifiantes dans les années précédant leur ascension universelle. Nous devons donc être sceptiques lorsque nous voyons des publications comme la BBC, Bloomberg et Forbes nier la plausibilité de progrès technologiques imminents sur nos problèmes climatiques. La vérité est que personne n’a la moindre idée de ce que les innovations et les découvertes salutaires feront ou ne feront pas dans notre avenir imminent.

De nombreuses solutions technologiques populaires aux problèmes environnementaux ont déjà été proposées ces dernières années. La technologie de capture et de séquestration du carbone est approuvée par les climatologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ainsi que par les membres du Congrès américain, tant du parti démocrate que du parti républicain. Des inventions sont en cours de réalisation pour retirer le plastique des océans. Des digues sont construites dans certaines communautés côtières et sont envisagées à plus grande échelle pour atténuer l’élévation du niveau de la mer.

Dans The Climate Casino, Nordhaus écrit : « Les estimations actuelles sont que la géo-ingénierie coûterait entre un dixième et un centième de ce que coûterait la réduction des émissions de CO2 pour une quantité équivalente de refroidissement ». Mais à leur niveau de développement actuel, ces technologies sont inadaptées à l’ampleur du problème car elles ne répondent pas suffisamment à certains dangers tels que l’acidification des océans. C’est pourquoi de nombreux environnementalistes préfèrent des réductions extrêmes des émissions de carbone, qui permettraient d’arrêter le changement climatique anthropique à la racine. Mais le changement climatique anthropique n’est pas seulement un phénomène d’avenir. Le Washington Post, le Los Angeles Times, CNN et d’autres organisations de presse ont noté qu’il avait déjà de graves effets ici et maintenant. La transition entre l’impact prévu et l’impact ressenti a eu lieu il y a plusieurs décennies. Alors, dans quelle mesure nous sommes-nous adaptés jusqu’à présent ?

Scientific American rapporte que le réchauffement climatique pourrait déjà être responsable de 150 000 décès dans le monde chaque année en raison de ses effets sur la fréquence et l’ampleur des inondations et des ouragans, des sécheresses et des vagues de chaleur, de la propagation des maladies à transmission vectorielle, et d’autres facteurs. Cependant, les recherches de la Reason Foundation montrent que les décès causés par les événements climatiques extrêmes ont diminué de plus de 90 % depuis 1920. Les recherches de l’économiste Max Roser, de l’université d’Oxford, montrent que le fardeau des maladies, de la famine et d’autres problèmes pertinents a également diminué au cours des dernières années et décennies (les statistiques sur les maladies citées ci-dessus sont plus anciennes que la pandémie COVID-19, mais rien ne prouve que COVID-19 soit directement exacerbé par le changement climatique comme le sont les maladies à transmission vectorielle telles que la malaria et la dengue). En outre, l’espérance de vie mondiale est passée d’environ 34 ans en 1900 à environ 72 ans en 2019.

Pourquoi les taux de mortalité liés au climat diminuent-ils mondialement tandis que le changement climatique semble causer davantage de décès ? Parce qu’à mesure que l’activité économique continue de faire augmenter les émissions de carbone, les taux de croissance qui en résultent donnent à un plus grand nombre de communautés l’accès à des bâtiments solidement construits et climatisés, à l’éducation et aux fournitures médicales, à des infrastructures vitales telles que les hôpitaux et les réseaux d’eau potable, et à bien d’autres avantages considérables. Lorsque les médias et les activistes affirment que l’utilisation de combustibles fossiles n’a pas valu les dégâts causés à la vie humaine par le climat, ils comptent les victimes de la catastrophe climatique tout en ignorant les bénéficiaires de la croissance économique dans les pays en développement et ailleurs. C’est une erreur, car les deux sont inextricablement liés.

Choisissez votre propre extinction

Bien sûr, ce n’est pas parce que nous nous sommes extrêmement bien adaptés jusqu’à présent que la tendance va se poursuivre. Des points de basculement dangereux peuvent encore accélérer le problème jusqu’à l’emmener au-delà de notre capacité de réaction. En tant qu’organismes vivants, nous avons un problème d’ampleur évolutive : nous nous adaptons progressivement dans un environnement qui peut changer rapidement. Si nous continuons à exister comme n’importe quel autre animal, notre niche finira par changer si rapidement que nous ne pourrons pas nous adapter assez vite. C’est ce qui est arrivé à 99,9 % de toutes les espèces connues depuis le début de la vie sur Terre, il y a environ quatre milliards d’années. Ces changements, qui vont des impacts d’astéroïdes aux éruptions volcaniques, en passant par les pandémies virales et, bien sûr, l’activité humaine au cours des derniers millénaires, sont généralement imprévisibles pour les espèces qu’ils éliminent parce qu’ils proviennent de l’extérieur du contexte limité dans lequel ces espèces évoluent.

Certains affirment que l’homme n’est qu’un mammifère comme les autres et que toutes nos prétentions d’exception sont le fruit d’une ignorance et d’un orgueil démesurés. Si cela est vrai, nous sommes presque certainement condamnés à une extinction relativement imminente par des forces qui échappent à notre influence. Mais penser ainsi l’espèce humaine ne tient pas tout à fait compte des implications de la tendance à la croissance économique de ces derniers siècles. Dans son livre Scale, l’ancien président de l’Institut de Santa Fe, Geoffrey West, dont les recherches scientifiques renommées l’ont placé en 2006 sur la liste des 100 personnes les plus influentes du monde établie par Time Magazine, évoque un fait biologique profond concernant les espèces de mammifères : elles ont pratiquement toutes le même nombre moyen de battements de cœur par habitant. Un éléphant moyen a une longue durée de vie mais un rythme cardiaque lent, et une souris moyenne a une durée de vie courte mais un rythme cardiaque rapide. Tout cela représente environ un milliard et demi de battements de cœur au cours d’une vie. D’autres classes d’animaux suivent des lois similaires en matière de détartrage métabolique.

Il y a quelques centaines d’années, avant la montée du capitalisme, les humains n’étaient pas différents : ils vivaient environ 35 ans en moyenne et avaient environ un milliard et demi de battements de cœur comme n’importe quel autre mammifère. Mais les progrès réalisés depuis lors en matière de connaissances, comme les innovations dans les domaines de la médecine, de l’agriculture et de l’administration, ont approximativement doublé notre espérance de vie et donc le nombre moyen de battements de cœur par vie. (Certains chiens et autres animaux domestiques ont été modifiés de la même manière par l’accès aux innovations humaines.) Il s’agit là d’un écart sans précédent par rapport au statu quo biologique.

Les connaissances technologiques, alimentées par le capital, nous ont permis d’accomplir beaucoup de choses catégoriquement différentes des réalisations d’autres espèces. Encore faut-il que nous le sachions. Le paradigme de l’extinction universelle, qui a jusqu’à présent limité toutes les espèces de mammifères à une présence sur Terre d’un million d’années ou moins, devrait figurer en tête de notre liste de modèles avec lesquels rompre. Nous ne savons pas quelles menaces existentielles vont se présenter ni durant combien de temps nous devons nous y préparer, mais nous ne pouvons pas nous attendre à ce que l’ingéniosité humaine nous pousse à franchir la ligne d’arrivée à la dernière minute sans un contexte de progrès technologique et scientifique continu et généralisé jusqu’à ce point — un projet que seul le capitalisme semble pouvoir espérer financer.

David Deutsch observe que le mot « durable » fait généralement référence à l’absence ou à la prévention du changement. C’est ce que des environnementalistes comme Naomi Klein et Alexandria Ocasio-Cortez voudraient faire de notre environnement en mettant fin au capitalisme. Leur solution au changement climatique est ce que tous les animaux non humains ont toujours fait : laisser l’environnement fondamentalement intact en s’abstenant de la production à grande échelle, et attendre l’extinction. Malheureusement, comme l’écrit Deutsch, « les sociétés statiques finissent par échouer parce que leur incapacité caractéristique à créer rapidement des connaissances doit finalement transformer un problème en catastrophe ». Ainsi, ce n’est pas que le capitalisme soit le problème et que la durabilité soit la solution, mais que la durabilité soit le problème et que le capitalisme soit la solution.

Chaque année, le capitalisme mondial permet de financer davantage de départements de recherche et de développement. Chaque jour, il donne à plus de citoyens des pays riches et en développement la richesse matérielle nécessaire pour améliorer l’éducation et les technologies de l’information. La croissance économique, associée à l’augmentation des émissions de carbone, pourrait conduire à une apocalypse climatique — ou bien elle pourrait continuer à nous apporter le salut matériel et technologique. Nous ne pouvons pas vraiment le savoir à l’avance. Mais nous serions fous de choisir l’alternative éprouvée au capitalisme : l’extinction par la stagnation.

Saul Zimet est un écrivain et un artiste qui travaille sur les problèmes moraux de l’économie, de la philosophie et de l’histoire. Vous pouvez trouver son site web à l’adresse www.saulzimet.com et le suivre sur Instagram @saulzimet.

Nous sommes tous des marionnettes, Laurie. Je suis simplement une marionnette qui peut voir les ficelles.
5 Comments
  1. petitpois

    "Aucun système n’incite mieux les investissements utiles et ne décourage les investissements inutiles que le système capitaliste" J'ai bien ris, le capitalisme déploie des trésors d'ingéniosité pour créer des besoins et nous faire acheter (et produire) des machins inutiles qui finissent en décharge ou dans les océans.

    • Dr. Manhattan

      L'océan est un bon exemple : majoritairement non privatisé.

  2. Nicolas

    Excellent article, comme d'habitude !

    • Dr. Manhattan

      La qualité est toujours au rendez-vous chez Quillette !

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