Droite du slop et Wank mind virus

Sous couvert de lutte contre le wokisme, et au nom même de la Vérité, Elon Musk risque de favoriser malgré lui un mal plus ancien : celui de la sophistique. En relayant le contenu de Brivael, il donne une visibilité considérable à une production intellectuellement faible, mais parfaitement adaptée aux logiques d’engagement de X.

S’il faut retenir deux idées fondamentales de Platon, ce sont celles de l’éthique et de la politique. L’éthique est la nécessité de diriger l’âme vers le Bien. Cela part du principe qu’il existe des maladies de l’âme. La politique est alors l’art d’ordonner la cité de façon à former, corriger et soigner les âmes. Chez Platon, la Vérité est intimement liée au Bien. Contrairement à Aristote, chez qui le vrai consiste à dire de ce qui est qu’il est, et de ce qui n’est pas qu’il n’est pas, chez Platon elle est ce qui révèle l’ordre supérieur du réel à chercher par-delà les apparences. Cette conception entre en résonance avec certaines ambitions affichées par Musk : rendre Grok aussi orienté que possible vers la vérité, faire de xAI un instrument de compréhension de l’univers, et prendre au sérieux l’idée qu’il existe peut-être un niveau plus profond du réel derrière les apparences : une simulation de laquelle nous pourrions nous échapper. Brivael fait mine d’adopter cette posture en dénonçant la French Theory au nom de la vérité, mais ses actions trahissent une attitude qui est bien plus proche de la rhétorique de Gorgias. Il affirme que l’Occident repose sur la vérité objective accessible à la raison et défend le vrai, le bien et le beau, mais revendique trois posts plus tard de faire volontairement des fautes d’orthographe pour faire réagir des Bernard Pivot afin de booster ses posts et gagner plus d’argent. Il accuse l’Occident d’échouer à faire la distinction entre la vérité et l’opinion, mais dit que Rousseau « c’est de la merde » et que c’est « factuel ». Il use ainsi des mots pour défendre une position qu’il n’incarne pas dans ses actes. L’intention de ce Tartuffe n’est pas dirigée vers le Bien, mais vers l’efficacité et la rentabilité : comme Gorgias. L’inquiétude de Socrate dans ce texte, c’est que si une telle tournure d’esprit devenait la règle en politique, c’est-à-dire au sein de la classe dirigeante, cette dernière échouerait à guérir les maladies de l’âme des individus et elle échouerait à promouvoir un ordre sain, un cosmos. Sur X, c’est Musk qui occupe cette position singulière : ses choix de relais, ses prises de parole et les signaux qu’il envoie contribuent à définir ce que la plateforme récompense symboliquement.

Le post de Brivael n’est pas excessivement mauvais en soi et je peux être d’accord dans les grandes lignes présentant la French Theory comme une des sources idéologiques du wokisme qui s’est développé dans le contexte sociologique particulier des USA. Ce n’est pas spécialement nouveau, des gens comme Helen Pluckrose et James Lindsay avaient déjà mis ce sujet sur la table dans un livre écrit à quatre mains où ils accusent les penseurs français d’avoir détruit l’Occident. Rien que cela. Brivael leur emboîte le pas avec 10 ans de retard. Autrement dit, c’était une thèse moyennement intéressante, mais qui avait le courage d’être formulée à une époque où le wokisme était tout-puissant. Aujourd’hui, elle devient un simple signalement d’appartenance à une nouvelle norme. Les auteurs du livre avaient aussi le mérite de cerner que la French Theory était l’enfant bâtard de Nietzsche, alors que Brivael l’accuse d’être celui de Rousseau en imaginant que les auteurs ont radicalisé le même poison rousseauiste avec les outils du XXᵉ siècle. Le crime de Rousseau selon lui : imaginer que l’homme serait bon dans un état de nature précédant la société et qu’il faudrait tendre à le retrouver. D’une part, c’est une mauvaise interprétation de Rousseau, d’autre part, c’est un contre-sens complet de chercher ici une filiation entre Rousseau et la French Theory.

Cela trahit une mauvaise compréhension du sujet traité, ou du moins un certain angle qui est souvent celui favorisé par les libéraux. La modernité n’a pas attendu la French Theory pour rompre avec cette conception de la vérité. Leo Strauss me semble proposer une lecture pertinente du développement historique moderne quand il sépare cette période en trois vagues :

  • Première vague : le libéralisme moderne classique représenté par Hobbes marchant dans les pas de Machiavel.
  • Deuxième vague : historicisme et idéalisme représentés par Rousseau, Kant et Hegel.
  • Troisième vague : nihilisme de Nietzsche et Heidegger.

Si l’on suit Strauss, la première vague moderne est celle du libéralisme classique qui commence avec Machiavel et Hobbes avant de se voir entraver par Rousseau. Voilà le coupable ! Celui qui a détruit leur paradis, leur rationalisme, leur vérité objective accessible à la raison ! Sur le terrain proprement épistémologique, la rupture décisive précède en fait Rousseau et passe surtout par Descartes. Brivael encense Descartes tout en accusant la French Theory d’avoir exporté le soupçon, mais c’est précisément Descartes qui place le doute au fondement de la méthode philosophique moderne. Alors que pour les Anciens la vérité se donnait d’abord dans l’étonnement devant le monde, elle doit désormais être reconstruite à partir du sujet connaissant et de la certitude qu’il peut atteindre. Descartes n’est évidemment pas un relativiste : il doute pour sortir du doute. Mais ce déplacement est décisif. Tout ce qui peut être mis en doute doit l’être, jusqu’à l’existence du corps et du monde sensible. La seule certitude première est celle du sujet pensant : je pense, donc je suis. Le monde extérieur ne redevient certain qu’après avoir été reconstruit par la méthode, par les idées claires et distinctes, et par la garantie divine. En ce sens, la vérité n’est plus d’abord l’adéquation spontanée de l’intellect au réel, mais le résultat d’une procédure de certitude centrée sur le sujet.

Savez-vous qui s’oppose au contraire à cette conception de la vérité ? Rousseau. Rousseau est fortement influencé par les penseurs antiques, tout en comprenant l’impossibilité de revenir purement et simplement à leur conception de la vérité. La vérité n’en demeure pas moins centrale pour lui : il fut prêt à renoncer aux plaisirs matériels et à l’estime sociale pour la défendre. Rousseau nous dit que la vérité n’est pas séparable de la formation morale de l’homme. Il ne dit pas que l’homme est né bon, contrairement à ce qu’affirme Brivael. Il est plutôt pré-moral, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore pris dans les rapports sociaux qui produisent comparaison, amour-propre, rivalité, prestige, humiliation, ressentiment. Il a des passions simples, l’amour de soi, la pitié naturelle, le souci de sa conservation. Il n’est pas un saint, mais il n’est pas encore l’homme social corrompu par les dynamiques sociales inhérentes à toute société. La formation morale de l’homme suppose alors de retrouver en soi une voix morale que la société a recouverte sous l’amour-propre, la comparaison, le prestige et la corruption. Ce geste constitue, selon Leo Strauss, l’un des moments décisifs de la seconde vague de la modernité : Rousseau critique la première modernité, puis ouvre la voie à l’idéalisme allemand, avec Kant qui effectuera ce qu’on percevra comme une révolution copernicienne. Kant inverse le rapport traditionnel entre le sujet et l’objet dans la connaissance. Avant Kant, on pense généralement que notre connaissance doit se régler sur les objets. Kant retourne cette relation en affirmant que ce sont les objets, tels que nous pouvons les connaître, qui doivent se régler sur les structures de notre esprit. Nous ne connaissons pas le réel tel qu’il est en lui-même ; nous connaissons le réel tel qu’il apparaît à un sujet humain doté de certaines structures de perception et de pensée. La vérité n’est plus simplement l’adéquation de l’esprit à un réel donné ; elle dépend aussi des conditions subjectives qui rendent l’expérience possible. Il conserve l’objectivité de la vérité au prix de l’égalisation du genre humain. Elle dépend du sujet, mais tous les humains doués de raison partagent les mêmes conditions d’expérience, donc la même façon de connaître et ainsi la même vérité.

La troisième vague de la modernité, dont les auteurs de la French Theory en sont les héritiers, s’inscrit en opposition à cette conception morale et universelle de la vérité. Contrairement à ce que dit le LLM de Brivael, la French Theory ne reprend pas le poison de Rousseau, c’est Nietzsche qui sonne la charge. Il ne dit cependant pas que Rousseau est une merde. Il le classe parmi les 8 penseurs dignes d’intérêt avec lesquels il a le plus lutté. Avec Nietzsche, la vérité devient un problème généalogique : qui veut la vérité ? Pourquoi la veut-il ? À quelle forme de vie cette volonté de vérité sert-elle ? Nietzsche ne demande plus seulement si une proposition est vraie, mais quel type d’homme a besoin de croire en cette vérité. C’est lui qui brise l’objectivité de la vérité pour la rendre perspectiviste, avant que Heidegger ne lui emboîte le pas et brise l’objectalité. Il cherche un rapport plus originaire au monde que la simple opposition sujet/objet et critique la réduction de l’être à l’objectalité. C’est sûrement le plus difficile à expliquer simplement, mais je crois que c’est un détour inévitable afin de comprendre ce dont héritent les penseurs accusés. Il me semble aussi avoir trouvé une façon convenable de l’exposer. Heidegger s’attaque aux idoles métaphysiques de l’être en prenant à bras le corps la question fondamentale de la philosophie qui est : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? La science et la technologie s’occupent de comprendre comment est le monde, c’est-à-dire le « quelque chose » et Nietzsche ébranle la prétention de la métaphysique à formuler une réponse ultime au « pourquoi ». Que signifie être, c’est-à-dire ce « il y a » dans la question « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Heidegger note qu’on est face à un oubli de l’être, du « il y a » qui doit être pensé à l’aune du « plutôt que rien ». C’est cela qui l’amène à une distinction entre l’être et les étants. Les étants sont « quelque chose » et peuvent être des objets d’étude scientifique, mais l’être, le fait qu’« il y a » quelque chose, n’est pas un objet de connaissance. Il n’est pas un étant parmi les étants, mais l’ouverture même à partir de laquelle quelque chose peut apparaître plutôt que rien. La science ne pourra jamais formuler une réponse à ce mystère que constitue l’existence. C’est pour cela qu’il révise la notion de « vérité » qui n’est plus seulement pensée comme adéquation épistémologique entre un jugement et un étant, mais comme dévoilement ontologique, comme aléthéia. Ce qui l’inquiète dans la techno-science, c’est la possibilité de perdre l’importance de la question même en se concentrant seulement sur les étants. Il voit cela comme un oubli de l’oubli de l’être. C’est la distinction qu’il effectue entre une existence authentique ayant le souci de l’être et une existence inauthentique qui se laisse porter par le système technique.

Voilà le geste que reprendront, chacun à leur manière, Foucault, Derrida ou Deleuze. Ce geste ne peut pas être écarté d’un revers de main. Foucault ne dit pas simplement que tout est faux : il demande quels régimes de pouvoir produisent ce qu’une époque tient pour vrai. Deleuze ne dit pas qu’il faut renoncer à toute construction : il pense au contraire le désir comme production, agencement, création de formes de vie. C’est pourquoi il est risible de voir le prompt de Brivael opposer Girard d’un côté avec le désir mimétique et Deleuze de l’autre comme un penseur du soupçon rendant impossible toute construction. Brivael accuse la French Theory de ne penser que le devenir et non l’être, mais il ne se rend pas compte que l’être, tout comme la vérité, n’est pas une chose qu’il suffit de réaffirmer sans la questionner. Qu’est-ce que Musk entend par « la Vérité » d’ailleurs ? Sans clarification, l’appel à la Vérité risque de demeurer une intuition puissante, mais philosophiquement insuffisante face aux questions ouvertes par Nietzsche et Heidegger.

On pourrait toutefois lire l’intuition de Musk, et dans une moindre mesure celle de Brivael, comme une tentative confuse mais réelle de rejoindre le geste straussien : sortir du nihilisme moderne en réaffirmant une orientation vers le vrai, le bien et le beau. Alors même qu’il fut influencé par Nietzsche et Heidegger, Leo Strauss choisit de s’en affranchir et de dresser ainsi une voie vers la sortie de cette troisième vague. Il choisit d’effectuer un retour aux Anciens, mais cette piste me semble impossible pour une raison simple que Mitchell Heisman met en avant dans sa note de suicide. Strauss choisit d’échapper au relativisme de la modernité pour se diriger de nouveau vers l’absolu antique du Bien. Mais le simple fait que ce retour aux Anciens relève d’un choix semble déjà admettre qu’il n’est qu’une option parmi d’autres au sein du relativisme qu’il prétend dépasser. Il échoue à réfuter ce relativisme par les prémisses que son choix doit nécessairement impliquer. Brivael blâme Deleuze de favoriser le devenir plutôt que l’être, mais il ne perçoit pas la pertinence du propos heideggerien et sombre lui-même dans l’oubli de l’oubli de l’être en n’ayant comme alternative que celle de build. Mais construire quoi ? Dans quel but ? En quoi cela va nous sortir de cette impasse qu’il pointe sans réellement en comprendre les fondements sous-jacents ? Il ne voit même pas le problème.

Pour Brivael, le but est alors d’atteindre un monde d’abondance, produire plus de « quelque chose » qui signerait la fin du jeu à somme nulle et ferait entrer le monde dans un jeu à somme infinie. Peu importe la quantité de « quelque chose » qui sera produite, cela s’inscrira toujours dans le devenir et ne pourra jamais constituer une réponse à la question fondamentale de l’être, cet étonnement qu’« il y a » quelque chose en premier lieu. Pire encore, la quantité de biens produits ne pourra même pas amener ce monde à somme infinie que Brivael imagine. Si le désir est mimétique, comme l’affirme Girard, et qu’on désire toujours ce que les autres désirent, alors produire en masse les objets de désir qu’ils partagent serait la solution pour parvenir à un monde sans conflit. Si le coût de production tombe à zéro, alors on aura tous une Ferrari et il n’y aura plus de raison d’entrer en conflit, n’est-ce pas ? Il y a un problème avec cette réflexion, c’est que nous désirerons toujours des choses uniques. Nous désirerons par exemple la même femme et il sera impossible de la produire en série. Alors peut-être que la raison des builders est de dire qu’il est en fait tout à fait possible de la produire en série, et que nous nous adonnerons au sexe avec les robots comme l’imagine Laurent Alexandre dans son entretien pour Silicon Carne. Le robot, indépendamment de notre performance, nous dira « Oh qu’est-ce que tu m’as fait jouir » nous dit Laurent Alexandre. L’isolement serait alors la solution pour qu’il n’y ait plus de conflit. Chacun pourrait vivre pleinement satisfait dans sa bulle. Mais alors, en quoi êtes-vous en désaccord avec Rousseau ? Il pose simplement que la société fait émerger des dynamiques auxquelles l’homme hypothétique de l’état de nature n’est pas soumis. Brivael n’imagine rien de différent, si ce n’est que Rousseau a l’intelligence de voir que cet homme n’existe pas, alors que Brivael veut build le monde qui le permettrait. Ce monde n’arrivera pas, car il y a une faille plus profonde dans le raisonnement à laquelle on parvient en appliquant la réflexion de Girard de façon conséquente. Il y a une chose qui ne pourra jamais faire l’objet de l’abondance, c’est le statut au sein de la société. L’abondance matérielle peut augmenter les biens disponibles, mais elle ne peut pas produire davantage de statut pour tous, car le statut est par nature relatif. Même si tout le monde devenait le maître d’un village de robots, notre désir mimétique ne se satisferait pas de cette supériorité sur la machine et se porterait sur les autres humains chefs de leur village de robots. Nous sommes condamnés à ces dynamiques et l’économie, même si elle n’est pas un jeu à somme nulle, ne pourra jamais remplacer la politique qui, elle, l’est.

Il nous faudrait alors pouvoir dépasser cette troisième vague nihiliste de la modernité et réaffirmer l’idée de Bien comme but politique comme le souhaite Leo Strauss, mais il nous faudrait trouver une autre voie. C’est le but de mon livre Traité Néoréactionnaire et c’est une ambition qui dépasse sûrement mes capacités. Je le fais probablement de façon maladroite, mais ma proposition a le mérite d’être sincère et différente. Je pars du même constat que Leo Strauss (et Brivael pour ce que cela vaut) voulant que l’homme occidental moderne ne sait plus ce qu’il veut, qu’il ne croit plus possible la connaissance du bien et du mal, du bon et du mauvais, mais nous ne pouvons pas simplement faire le choix de retourner aux Anciens. Je tente d’établir une axiologie réaliste réaffirmant la possibilité du bien en partant d’une conception moderne de ce qui est : l’entropie. Si ce qui est doit son existence, en tant qu’étant dans l’espace, à sa capacité à maintenir sa structure dans le temps, alors on peut penser les étants à l’aune de la réduction d’entropie. Au final, la réduction d’entropie est statistique : l’entropie maximale est le plus probable, le plus chaotique et le plus répandu. Au contraire, chaque système doit théoriquement accepter un état hypothétique singulier où il est le plus extropique, le plus ordonné, le plus singulier. Cet état singulier doit être le but de la politique. Il ne peut cependant pas être connu a priori, mais se reconnaît aisément a posteriori et peut alors facilement être montré. On le retrouve donc dans ce que l’on construit, mais un individu guidé par la seule quête de l’efficacité et de la rentabilité peinera à le produire.

Cela rejoint en quelque sorte la conclusion, trop peu discutée, à laquelle parvient Costin Alamariu dans Selective Breeding and the Birth of Philosophy. Il effectue une relecture du Gorgias pour soumettre l’idée que la position que défend Platon n’est ni celle défendue par Gorgias, ni celle défendue par Socrate, mais celle incarnée par Calliclès qu’il nous donne à voir. Autrement dit, contrairement à ce qu’on dit de Platon en lui attribuant la conception de la vérité de Socrate, il serait conscient que le vrai, le bon et le beau ne pourraient pas être défendus par la logique socratique, mais seulement être pointés du doigt dans les formes de vie où ils sont incarnés. Ainsi, Gorgias, Socrate et Calliclès illustrent chacun des types d’hommes que Platon nous donne à voir. Alamariu considère que Platon veut nous montrer Calliclès comme le bon type d’homme et affirme que La République elle-même devient alors lisible comme un immense projet eugénique et pédagogique : produire un certain type d’homme capable d’incarner le Bien politique. Derrière le Bien platonicien se cache peut-être une autre intuition : toute civilisation repose ultimement sur une anthropotechnique, c’est-à-dire sur la fabrication d’un certain homme. Et c’est là que cela devient fascinant, comme dirait Brivael, car selon cette lecture du Gorgias, Platon serait beaucoup plus proche de Nietzsche que de Socrate. Alamariu triomphe là où Strauss a échoué. Il ouvre une voie adéquate pour relire Platon en s’inscrivant dans la continuité de la modernité.

Le problème n’est pas alors de savoir si Brivael a produit son contenu avec l’aide d’un LLM, et si ce dernier est fidèle aux pensées des auteurs qu’il présente. La question est de savoir quelles sont les intentions de Brivael et comment cela traduit quel type d’homme il incarne. Il se rapproche plus de Gorgias en habits socratiques que de Calliclès. Le problème n’est pas qu’il soit sujet aux incitations financières, on l’est tous, mais il fait sciemment le choix de le revendiquer et d’orienter sa production de contenu intellectuel comme un moyen efficace et rentable de faire des vues, d’obtenir des followers, d’atteindre les puissants et tout cela pour lui permettre d’obtenir une vie de faste. Il se paiera encore le luxe de traiter Rousseau de merde au nom de l’importance de la vérité, alors même que Rousseau a témoigné infiniment plus de respect pour elle qu’il n’en aura jamais. Ce que l’on condamne chez Brivael, ce n’est ni son usage d’un LLM ni la grossièreté de ses propos, mais la vulgarité qu’il affiche et qui transpire de tous ses pores dans ses sorties masturbatoires.

En relayant ce type de contenu, Musk envoie peut-être malgré lui un signal sur le type de production intellectuelle que la plateforme tend à récompenser et le type d’homme qui va proliférer sur sa plateforme. Il dit en somme « Je vous offrirai la reconnaissance et les plaisirs matériels si vous aussi vous pondez des posts de slop en quantité astronomique ». Brivael est déjà à 9 000 posts en trois mois, là où je suis à 20 000 en 7 ans. Il est redoutablement efficace, mais mettez ses posts (1, 2, 3) dans un LLM et demandez-lui de les comparer à ma critique ici présente. Demandez-lui lequel est le plus proche de la Vérité (quelle que soit la façon de comprendre un tel mot).

Que va-t-il se passer pour X ? Brivael va faire des émules. En voulant combattre le woke mind virus, Musk risque de laisser émerger le wank mind virus. Si l’esprit woke conduisait à récompenser les marginaux biologiques, comme Spandrell le note dans son essai bioléninisme, le wank mind virus fait la promotion des branleurs médiocres boostés à l’IA qui singent les thèmes des anons pour quelques Elon bucks. Musk fera fuir les gens réellement brillants comme Alamariu, les vrais anons, qui observent ce cirque avec tout le mépris qui lui est dû.

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