Pouvoir d’Achat, Le Grand Mensonge par Philippe Herlin (Partie 2)

Economie Société 12 décembre 2019

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Pouvoir d’Achat, Le Grand Mensonge par Philippe Herlin (Partie 2)

Nous l’avons vu dans la première partie, malgré les ajustements statistiques de l’INSEE, le fameux pouvoir d’achat général des français n’est pas au beau fixe et ce malgré la montée du pouvoir d’achat sur de nombreux produits.

C’est dû principalement à certains secteurs (comme l’automobile) qui n’ont pas fait réellement de progrès significatif et avant tout au secteur immobilier dont les prix se sont envolés continuellement surtout à partir du début des années 2000.

Néanmoins, il faut aussi regarder du côté des évolutions de salaire au cours de ces 50 dernières années et de la performance générale des entreprises françaises (l’effet mondialisation a permis la baisse de certains prix).

Beaucoup pourrait fustiger la « mondialisation » , une supposée cause du côté de la « libéralisation » de certaines secteurs qui a poussé à une « spéculation effrénée » et fait « monter à la hausse les prix de l’immobilier ». Selon Philippe Herlin c’est loin d’être aussi simple.

L’évolution des salaires

L’auteur rappelle qu’à la fin des Trente Glorieuses, la plupart des pays émergents n’existaient pas économiquement parlant. Le Japon restait un « pays atelier » qui vendait de l’électronique pas cher, quant à la Chine la seule chose qu’elle exportait c’était le petit livre rouge de Mao… Aujourd’hui c’est plutôt la France qui se désindustrialise et ces pays asiatiques qui exportent beaucoup de produits industriels.

Certes, un pays ne peut pas tout produire en mode autarcie et que la « tertiarisation » de l’économie occidentale est structurelle à son évolution capitaliste, néanmoins des pays limitrophes (Allemagne, Italie, Suisse par exemple) ont toujours su gardé leur part d’industrie tout en évoluant.

Philippe Herlin fusille l’argument « yaka augmenter les salaires » et autre « yaka augmenter le SMIC ».

En 1967, seulement 3 % des salariés étaient payés au SMIC. Ce chiffre est montée à 10% au début des années 80. Après la fameuse loi des 35 heures, on est passé successivement à 14 % en 1994 et 21% en 2002. L’échelle des bas salaires en entreprise s’est progressivement écrasée, sans compter évidemment les possibilités d’évolution de ce salaire, l’ascenseur social en a alors pris un coup…

Cette proportion de salariés au SMIC est d’autant plus important que les gains de productivité du secteur sont faibles : 40,8 % de salariés smicards dans les secteurs de la restauration rapide et la propreté contre 4 % pour le secteur automobile et les biens d’équipements selon des chiffres de 2007.

Et comme on parlait de l’évolution des salaires, une part importante de ces salariés payés au SMIC le reste longtemps : plus de 25% des salariés au SMIC ont plus de 10 ans d’ancienneté dans les entreprises de plus de 10 salariés. Certes, ils peuvent bénéficier de primes d’ancienneté pour mettre un peu de beurre dans les épinards.

Seulement la revalorisation arbitraire du SMIC, sans prendre en compte des gains de productivité effectifs, se transforme en une véritable « nasse » pour les salariés touchant ce SMIC.

L’économiste Jean-Marc Daniel, dans un livre intitulé Le Gâchis Français publié en 2015, répond à la fameuse phrase célèbre de Mitterand en 1993 « Contre le chômage on a tout essayé » :

« La formule suscitera une réponse rapide de plusieurs essayistes : ‘‘On a tout essayé, sauf ce qui marche’’. En 1994, Denis Olivennes, ancien conseiller technique du cabinet de Pierre Bérégovoy, publie une note qui frappe les esprits. Elle s’intitule ‘‘La préférence française pour le chômage’’. Il y écrit : ‘‘Ce qu’il est convenu d’appeler le faible contenu en emplois de la croissance française est donc un délicat euphémisme pour désigner une réalité plus triviale : des gains de productivité insuffisants par rapport à la progression des salaires réels, ou une progression des salaires réels trop importante compte tenu de nos gains de productivité.’’ »

Une autre fausse solution c’est l’histoire marxiste du « capital qui aurait pris trop de place par rapport au travail » avec les « actionnaires qui se gavent sur le dos des salariés et donc de leur pouvoir d’achat ».

Toute cette diatribe est reprise par l’INSEE avec ses calculs de de proportion travail/capital sauf qu’évidemment l’agence oublie dans l’histoire un troisième acteur : l’Etat.

Ce chiffre Philippe Herlin le rappelle, le taux de prélèvements obligatoires par rapport au PIB (somme des valeurs ajoutées du pays) est de 46 %. En clair, avant même qu’un patron « cupide » n’ait l’idée de rémunérer ses salariés/actionnaires et investisse pour l’avenir de son entreprise, l’Etat vient lui prendre quasi la moitié des richesses créées.

Quant à la fameuse répartition capital/travail, c’est le directeur général de l’INSEE dans un rapport de 2009 qui explique que les proportions sont restés stables au fil des décennies (hormis sur la phase de crise pétrolière des années 70).

En fait cette répartition salariés/patrons dépend moins d’un « rapport de force » que du type d’entreprise, sans compter que la plupart des PMEs ne distribuent aucun dividende et même parmi celles du CAC40, même pas la moitié en distribue. Le problème est ailleurs :

« La croissance faible est le premier facteur explicatif du manque de dynamisme des salaires. »

La France : Un pays à la concurrence trop souvent entravée

Constatant qu’une montée des prix a commencé ses balbutiements à partir des années 80, Philippe Herlin s’est notamment penché sur les brochures d’ UFC Que Choisir (association de consommateurs) de l’époque. On peut dire qu’ils avaient beaucoup à faire à l’époque sur pas mal de secteurs.

Les banques :

« Pour cause d’inflation, le gouvernement, depuis quelques années, ‘’encadre’’ le crédit, c’est-à-dire impose à chaque banque une progression maximale de son crédit d’une année sur l’autre. l’ennui, c’est que cette progression est la même pour toutes les banques. Le résultat est simple : la concurrence annoncée par M. Monory (le Ministre des Finances) est très limitée entre les banques. »

En effet en restreignant le crédit aux banques les plus performantes, elles se voient alors obligés de refuser des clients. Ces derniers, refoulés, sont alors obligés de se tourner vers ses concurrentes moins performantes. Voilà qui n’incite pas à une concurrence saine (et a fortiori une baisse des prix).

Dans l’électroménager et la grande distribution, l’entente sur les prix règne en maître pour verrouiller un marché (concurrence artificielle entre marques d’un même groupe par exemple).

« Il n’y a donc, en 1979, qu’un seul fabricant de réfrigérateurs en France, Thomson, qui en outre livre ses concurrents, et par conséquent s’entend avec eux sur les prix. Comment s’étonner que l’électroménager de Thomson ait été balayé plus tard par la concurrence internationale ? »

Le secteur automobile n’est pas en reste, en 1981, Que Choisir dénonce ce secteur comme un marché fermé qui fait payer le prix fort au consommateur plutôt que de se restructurer (on le voit d’ailleurs aujourd’hui avec ses difficultés de montée en gamme…) :

« Quant aux pays où les voitures coûtent plus cher, ce sont ceux où l’inflation pénalise les constructeurs nationaux sur les marchés extérieurs ; ils imposent donc leurs prix élevés sur le marché intérieur. Ainsi de la France et de l’Italie qui ont besoin, pour appliquer cette politique, de stopper l’importation de voitures à des prix très bas sur lesquels il faudrait s’aligner. La France limite donc arbitrairement à 3% la part du marché des voitures nippones. »

Quant au logement – un facteur déterminant de l’absence de montée du pouvoir d’achat des français -, la juridiction trop favorable envers les locataires n’aide pas. En effet, on estime qu’il y a 2,6 millions de logements vacants en France dont 1 million dans les secteurs tendus comme Paris ou la région PACA. Pourquoi ce chiffre aussi élevé de propriétaires refusant de mettre en location ? La réticence à louer de peur de tomber sur un locataire négligeant (trop de problèmes) et de se retrouver démuni quand il faudra faire valoir leur (maigre) droit de propriétaire. Ce qui explique aussi la sévérité de plus en plus grande des conditions à remplir avant d’accéder à la location.

Il y a aussi tout le problème des normes kafkaïennes de construction présentes dans le droit français et la volonté de l’Etat de planifier, ce qui créent d’autres effets pervers :

« La cherté du logement qui étrangle les ménages est imputée à la ‘’spéculation immobilière’’, ce qui alimente la défiance vis-à-vis de l’économie de marché et augmente la demande en faveur d’une plus grande intervention des pouvoirs publics (logements sociaux, contrôle des loyers, etc..).

Pourtant, l’explosion des prix dans l’immobilier a des causes règlementaires avant tout chose. Dans la quasi-totalité des pays occidentaux, le développement de l’urbanisme est strictement encadré par des restrictions foncières mises en oeuvre dans le cadre d’une politique de planification des sols. La planfiication des sols permet à une poignée de bureaucrates de limiter la quantité de zones constructibles (…), ce qui raréfie logiquement l’offre immobilière en gonflant artificiellement le prix.

(…) Outre le fait qu’aucun bureaucrate n’est capable de déceler la ‘’bonne’’ articulation, la théorie des choix publics (…) suggère au contraire des motivations clientélistes. La planification des sols servirait surtout à acheter les faveurs des promoteurs et propriétaires immobiliers installés et qui n’ont aucun intérêt à favoriser l’abondance de l’offre immobilière. »

En conclusion, on est bien loin du mythe néo-marxiste de la « dérégulation des marchés » en France. En réalité, nos « gros cerveaux » hauts fonctionnaires et politiques (appuyés il faut le dire par ceux qui ont voté pour eux) ont tout simplement adopté la stratégie perdante de 1939 en créant une Ligne Maginot de réglementations et de protections.

Il s’est passé alors que le Blitzkrieg de la concurrence internationale a fait le reste (désindustrialisation). L’immobilier hors de prix est largement dû à des causes internes de réglementation et de négation du droit de propriété. Il n’est alors pas étonnant que depuis des décennies, les français ne voient pas ou peu la couleur de la montée de leur pouvoir d’achat.

Les solutions de Philippe Herlin pour la remontée du pouvoir d’achat se base sur deux points essentiels :
1. La libéralisation du secteur immobilier afin de permettre une véritable baisse des prix.
2. La réindustrialisation en focalisant le gouvernement non pas sur l’emploi (générateur de cadeaux indus, subventions et coercition des entreprises à créer des emplois improductifs), mais justement sur ce fameux pouvoir d’achat, donc la croissance économique, les gains de productivité et l’acception de la destruction créatrice schumpéterienne au bénéfice de tous les consommateurs.

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