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Me ne frego ! L’affaire Camus : message de la jeune génération à la vieille droite boomeuse-bourgeoise

23 mai 2019

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Me ne frego ! L’affaire Camus : message de la jeune génération à la vieille droite boomeuse-bourgeoise

Quelques jours après l’opération de sidération médiatique sur fond de barbouzerie (marchés publics truqués au profit d’un supposé oligarque proche du Kremlin) ayant conduit à la démission du vice-Chancelier autrichien et leader du FPÖ Heinz-Christian Strache, ainsi qu’à l’implosion de la coalition de droite qu’il avait formée avec l’ÖVP de Sebastian Kurz à la veille des élections européennes, voici qu’un scénario analogue se répète en France : Renaud Camus, président du CNRE et tête de liste de la « Ligne Claire » (première liste politique axée sur la dénonciation explicite du « Grand Remplacement ») aux mêmes élections, vient lui-même de se saborder, lui, son équipage, et sa cargaison idéologique sur un coup de tête en reniant et se désolidarisant tout à coup et à grands cris de sa propre liste. Raison de la débandade ? Un cliché privé datant d’on ne sait quand, sur lequel l’une de ses colistières se met en scène de manière ironique devant une croix gammée tracée sur le sable est tombé entre les mains d’une feuille de chou de la presse régionale qui s’apprête à le publier. Panique à bord ! Branle-bas général ! Tout est perdu ! Chaloupes à la mer ! Abandonnez le navire ! Adieux, veaux, vaches, cochons ! A la r’voyure !


En l’espace de quelques minutes, la décision est prise, unilatérale, souveraine. Cela s’appelle, je crois : « crier avant d’avoir mal ». Mais Camus sait à cet instant quelle forme de tempête va s’abattre sur sa tête. Personne n’est préparé à un tel cataclysme. Pas même le célèbre détracteur médiatique du Grand Remplacement. Pourtant déjà complètement pestiféré depuis plusieurs années au sein du grand camp de rééducation mentale à ciel ouvert qu’est devenu l’arène publique en France, l’accusation de nazisme et celle, corrélative, d’antisémitisme est fatale. On peut survivre à tout sauf à elle. Impossible de s’en défendre, impossible de la relativiser, impossible de l’intellectualiser ou de l’esthétiser. Elle vous frappe et vous tue socialement sur le coup, sans autre forme de procès. On ne s’en remet pas. On ne s’en remet jamais. 

Il est donc assez facile de se mettre dans la tête de ce vif esprit lorsque la nouvelle lui est parvenue. Il est aisé d’imaginer les quelques secondes qui lui ont suffi pour être pris d’une terreur incommensurable. Lui qui déjà, il y a quelques années, avait innocemment, dans sa grande naïveté d’ancien homme de gauche, effleuré le tabou suprême en exprimant son étonnement devant la représentation communautaire qu’il observait sur certains plateaux de télévision et, partant, déclenché l’ire médiatique. C’est plusieurs années de labeur qu’il lui avait fallu pour faire à moitié pardonner et à moitié oublier le sacrilège qu’il avait alors commis. Combien de précautionneuses distanciations, de vigoureuses condamnations et de zélées dénonciations du nazisme et de l’antisémitisme : « Le nazisme, rappelle l’écrivain en pleine polémique, est le plus effroyable épisode d‘une histoire dont le remplacisme global est la continuation : celle de la déshumanisation industrielle de l’homme. »

Le procédé est habile. On élude l’accusation de toute proximité avec le nazisme tout en le faisant passer dans le camp adverse, en le désignant même comme la « cause première », le « début de la catastrophe ». On peut saluer la tactique. On peut même lui reconnaître une certaine validité dans le cadre de la dialectique historique hégélienne. Mais quoi que l’on en pense sur le fond, ces beaux échafaudages intellectuels ne sont d’aucune utilité lorsque la tempête médiatique se déchaîne. Elle balaie tout sur son passage, elle souffle tous les « masques » jusqu’à dévoiler le pot-aux-roses nazi nécessairement caché au fond de tout discours « de droite » un peu effronté ! Une fois une telle preuve exhumée, elle est statufiée, portée aux nues, exposée et imposée aux yeux de tous ! Les autorités médiatiques se repaissent alors avec délectation pendant des jours de la carcasse du vieux suspect idéologique enfin pris, enfin confondu, enfin nazifié, enfin terminé ! Une fois le cadavre définitivement consommé, la meute relève la tête et se met en demeure de démasquer une nouvelle victime.

Ce procédé de « nazification-carbonisation » utilisé par la gauche est le même depuis des années. Depuis des décennies à vrai dire. Depuis les années 70. Et il ne décroît pas, non. Depuis cette date il n’a même fait que s’intensifier. La gauche a « cornerisé » le troupeau de la droite en nazifiant progressivement tout son pâturage idéologique. La droite, craintive, n’a quant à elle cessé de reculer avec obéissance devant les injonctions tonnantes de la gauche. Elle s’est repliée dans un dernier carré intenable. A chaque tentative de percée, la stratégie est la même : atteindre l’objectif en tentant d’esquiver toutes les flèches, en enjambant tous les pièges. C’est la stratégie de la danseuse, de l’acrobate. A chaque fois, bien sûr, le résultat est le même : après quelques enjambées courageuses, après quelques sautillements aventureux, une lourde flèche nazifiante vient immanquablement se loger entre les deux yeux de l’impétrant qui se consume et disparaît dans l’instant. Il y a dix ou vingt ans déjà cette stratégie était perdante, absolument perdante. Mais la situation s’est encore aggravée avec l’apparition d’internet et l’ouverture de l’ère de l’hyper-communication qui s’avère être aussi celle de l’hyper-transparence.

Fiorina Lignier, seconde sur la liste de Renaud Camus, La Ligne Claire, faisant une prière devant une croix-gammée tracée dans le sable

Il y a une chose que la vieille droite boomeuse-bourgeoise, précautionneuse, craintive, culpabilisée jusqu’aux tréfonds de son être doit aujourd’hui comprendre : désormais, tout le monde est « nazi », qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou non, parce que tout le monde, absolument tout le monde, est « nazifiable ». « Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête des hommes de France, et j’y trouverai de quoi le faire pendre » se vantait déjà Laubardemont. Aujourd’hui, à l’ère des smartphones, des GAFA, des historiques de navigation, de la toile sur laquelle tout acte de la vie quotidienne s’imprime pour ne jamais plus disparaître, donnez-leur un nom, fût-ce celui du plus rigoureux, prudent et sérieux des hommes de droite, et ils trouveront matière à le « nazifier ». Cela n’est qu’une question de temps, d’énergie et d’opportunité. Tout résistant politique est, à compter de ce jour, en sursis. Sa réputation, son honneur et sa dignité, aussi solidement établis semblent-ils être, ne sont pourtant à chaque instant qu’à un claquement de doigts de l’anéantissement. Et ce, particulièrement en ce qui concerne les jeunes générations ayant grandi dans l’univers de la « culture internet » et tourné en dérision selon ses codes tous les tabous symboliques et idéologiques qui écrasaient jusqu’alors de tout leur poids la mauvaise conscience des « boomers » et les tenaient à distance – y compris, bien sûr, le nazisme – tout en étalant quotidiennement leur décomplexion sur la toile. Inutile d’expliquer en quoi ce cocktail est explosif. Il n’y a à ce jour probablement plus un représentant de la génération Y ou de celle des « millenials » qui n’ait pas apposé son « like » facétieux sur un mème compromettant, qui ne se soit jamais rendu coupable d’une blague « sexiste », « homophobe », « transphobe » ou « grossophobe », qui ne se soit jamais fendu d’un « hate speech » absolument irrégulier au détour d’une éructation réactionnelle aussi intempestive et passionnée que sans lendemain.

Une fois cet état de fait admis, inscrit au plus profond de vous, il n’y a plus pour quiconque ambitionnerait d’entrer en résistance, à quelque niveau que ce soit, contre le cataclysme en cours qu’une seule posture possible, celle de la vieille devise squadriste : « me ne frego ! » [littéralement : je m’en fous]. N’espérez rien conserver de votre réputation publique, de votre honneur, de la pureté de votre « antinazisme » –  fût-il absolument sincère. Vous serez nazifié et trainé dans la boue quoi qu’il arrive. D’une manière ou d’une autre. Dès le moment où vous vous engagez publiquement dans la résistance, vous renoncez à votre image et endossez malgré vous le « brassard à croix gammée ». Par conséquent, renoncez à essayer de vous en prémunir à tout prix. Sur les conseils avisés de Steve Bannon, Trump et Salvini ont commencé à montrer la voie de ce me ne frego ! salvateur. Flirtez avec les lignes rouges. Ne vous laissez jamais intimider, fût-ce par la pire des accusations. Ne laissez jamais sentir à votre adversaire le moindre point faible dans votre carapace symbolique. Jouez-en. Usez de dialectique. Ripostez. En un mot : sortez définitivement de cette posture de rentier idéologique craintif qui paralyse la droite depuis des décennies, considérez que vous avez – et nous avons – déjà tout perdu. Oubliez le fantasme du « sans faute » et acceptez donc de commencer à perdre des plumes. Car vous en perdrez. Mais vous serez également les premiers surpris de constater comment vos adversaires, trop habitués à vous voir baisser la tête de honte avant même qu’ils aient eu à élever la voix, sont tout à coup déstabilisés et désemparés, stupéfaits et interdits devant votre souveraine impassibilité. Il est vrai que la gauche n’a jamais connu son Nuremberg. Le stalinisme n’ayant jamais été condamné autrement que par l’Histoire, la gauche contemporaine en a conservé l’arrogance et les méthodes. Il est désormais grand temps de lui tenir tête par l’adoption systématique d’une de ces « défenses de rupture » que chérissait Jacques Vergès.

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